Le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, a procédé le mercredi 15 avril 2026 au lancement officiel du Système intégré de gestion et de suivi des déchets industriels dangereux (SIGSDID) à Abidjan-Plateau. « Avec le SIGSDID, nous instaurons un système de vigilance permanent. Tout mouvement de déchets industriels dangereux sera désormais enregistré, contrôlé et traçable en temps réel. Aucun opérateur ne pourra plus invoquer l’opacité du système pour justifier une gestion irresponsable. » a indiqué M. Bamba.
Selon lui dans un contexte d’industrialisation accélérée de la Côte d’Ivoire, les autorités entendent reprendre le contrôle d’un secteur longtemps marqué par des insuffisances structurelles. Face à une production nationale de déchets industriels estimée à plus de 625 000 tonnes par an, le défi est autant environnemental que sanitaire. Car, selon les données évoquées, seule une fraction comprise entre 30 et 40 % de ces déchets est aujourd’hui effectivement prise en charge par les circuits agréés, laissant des centaines de milliers de tonnes hors de tout contrôle. « Ces chiffres masquent une réalité encore plus préoccupante », a insisté le ministre, évoquant les risques de pollution des sols, des eaux et de l’air, ainsi que les menaces sur la santé publique. Dans ce contexte, le SIGSDID apparaît comme une réponse structurelle à un déficit de traçabilité et de gouvernance.
Au-delà de sa dimension technique, le SIGSDID s’inscrit dans une vision plus large portée par le gouvernement ivoirien : celle d’une transition écologique articulée autour de l’innovation numérique. « Ce n’est pas seulement une plateforme technique, c’est un instrument de modernisation qui positionne la Côte d’Ivoire à l’avant-garde de la gestion environnementale en Afrique de l’Ouest », a soutenu le ministre. Poursuivant, il a fait savoir le SIGSDID marque la fin de l’impunité environnementale. « Toute entreprise ou tout opérateur en infraction sera identifié et sanctionné », a averti Abou Bamba.
Pensée comme un outil numérique centralisé, la plateforme introduit une rupture méthodologique dans la gestion des déchets industriels dangereux. Elle permet de suivre l’ensemble du cycle de vie des déchets, depuis leur production jusqu’à leur élimination finale, en passant par leur transport et leur traitement. La dématérialisation des bordereaux de suivi constitue l’un des pivots de cette transformation, tout comme la production de données fiables et actualisées destinées à éclairer la décision publique.
Pour Seyhi Brahima, directeur des déchets industriels et des substances chimiques, cette innovation marque « un tournant décisif dans la modernisation de la gouvernance environnementale ». Il souligne que la plateforme renforce à la fois la transparence, les mécanismes de contrôle et l’obligation de conformité des acteurs du secteur.
Partenaire technique du projet, le cabinet Tourex Corporate a accompagné le ministère depuis la phase d’étude jusqu’au déploiement. Son représentant, Kangah Jacob Bilé, a tenu à rassurer sur l’opérationnalité du dispositif. « La plateforme est déjà fonctionnelle. Une centaine d’acteurs ont été formés, et nous comptons actuellement plusieurs dizaines de transporteurs et de sites de traitement actifs qui effectuent leurs demandes d’agrément en ligne », a-t-il indiqué. Avant d’ajouter que le système couvre l’ensemble du processus, de l’agrément jusqu’au suivi en temps réel des déchets, sous le contrôle des autorités compétentes.
Le déploiement progressif du dispositif débutera avec certaines catégories de déchets, notamment les huiles usagées, dont la traçabilité demeure encore insuffisante malgré l’existence de mécanismes réglementaires antérieurs. À terme, l’objectif est de couvrir l’ensemble des flux de déchets industriels dangereux sur le territoire national.
Cyprien K.

