Le Premier Ministre ivoirien, Robert Beugré Mambé, a pris part ce jeudi 25 Juin 2025 à Abidjan-Cocody au symposium inaugural de l’Institut Laayel des Sciences religieuses de l’Université AIGRH des disciplines rares. Cette rencontre scientifique, organisée autour du thème '' L’Anthropocène et la problématique des sciences religieuses en Afrique subsaharienne '', a réuni universitaires, responsables administratifs, autorités politiques et acteurs du monde religieux au Cerap de Cocody.
Patron de la cérémonie, le Chef du gouvernement a mis en perspective les interactions entre l’être humain, son environnement et la transcendance, dans un contexte mondial marqué par les dérèglements écologiques, les mutations sociales et la reconfiguration des systèmes de pensée.
Robert Beugré Mambé a défendu l’idée selon laquelle les sociétés africaines entretiennent historiquement un rapport singulier avec la nature, rapport structuré par des représentations symboliques, spirituelles et communautaires qui méritent d’être revisitées à la lumière des crises contemporaines.
Dans son intervention, il a insisté sur la nécessité de repenser les fondements de la coexistence entre l’homme et son milieu de vie, en réintroduisant la dimension du sacré dans la compréhension des équilibres écologiques et anthropologiques.
Pour lui, l’intelligence humaine ne saurait se réduire à la maîtrise technique ou à la capacité de transformation du monde ; elle doit également intégrer la conscience de l’appartenance de l’homme à un ordre naturel qui le dépasse.
Le Premier Ministre a ainsi défendu une lecture tripartite de l’existence, fondée sur l’articulation entre l’homme, la nature et le divin, qu’il considère comme un principe cardinal des sociétés africaines.
Selon lui, cette conception se manifeste dans plusieurs pratiques traditionnelles, notamment dans les rites d’implantation des villages, les invocations aux ancêtres ou encore les médiations spirituelles opérées par les chefferies. Loin d’être de simples survivances culturelles, ces pratiques traduiraient, à ses yeux, une cosmologie africaine fondée sur l’interdépendance entre les êtres, les forces invisibles et les éléments du vivant.
Poursuivant son propos, Robert Beugré Mambé a établi un lien direct entre la crise climatique mondiale et ce qu’il perçoit comme une rupture progressive de l’homme avec son environnement naturel.
Il a estimé que l’Anthropocène, entendu comme l’ère où l’activité humaine devient une force de transformation majeure de la planète, interroge profondément les modes de production, de consommation, mais aussi les référentiels éthiques et spirituels qui encadrent l’action humaine.
Dans cette perspective, il a dénoncé les dérives d’une humanité convaincue de sa toute-puissance et détachée des limites écologiques de son existence.
Le recteur de l’Institut Laayel des Sciences religieuses de l’Université AIGRH des disciplines rares, Pr Essane Séraphin, a, pour sa part, inscrit son allocution dans une approche à la fois symbolique et épistémologique. Revenant sur la dénomination de l’Université Taharqa Sarê, il a expliqué que cette expression peuhle renvoie à plusieurs figures de sens, notamment celles de consulteur, bâtisseur et mystique, autant de notions qui traduisent l’ambition intellectuelle et spirituelle portée par l’institution.
Le responsable académique s’est félicité de la tenue de ce symposium, qu’il a présenté comme un espace de réflexion interdisciplinaire sur les sciences religieuses en Afrique subsaharienne, à la croisée de l’anthropologie, de la philosophie, de la théologie, de l’écologie et des sciences sociales.
Il a également exprimé sa reconnaissance au Premier Ministre, qu’il a qualifié de parrain académique de l’institution, pour son accompagnement et son intérêt pour la dynamique de recherche engagée.
En prélude aux allocutions officielles, une conférence inaugurale a été animée par le président honoraire de l’Académie des sciences, des arts, des cultures d’Afrique et des diasporas africaines (ASCAD), Pr Hauhouot Asseypo Antoine, co-parrain académique de l’événement aux côtés du président honoraire de l’Université Félix Houphouët-Boigny, Pr Kouakou N’Guessan François.
Cette communication a permis d’ouvrir le débat sur les implications intellectuelles, culturelles et spirituelles de l’Anthropocène dans les sociétés africaines contemporaines.
Le symposium s’est poursuivi par un panel scientifique au cours duquel plusieurs intervenants ont confronté leurs approches sur les liens entre dégradation environnementale, production du savoir religieux et recomposition des imaginaires sociaux.
Pr Kouakou N’Guessan François a notamment souligné la complexité des interactions entre l’Anthropocène et les sciences religieuses, estimant que le sujet exige une lecture transversale mobilisant aussi bien les humanités que les sciences de l’environnement.
EA

