Le Sénégal, à l'instar de la Côte d'Ivoire, a procédé à un ajustement de ses prix à la pompe, une décision liée à la hausse du coût des intrants spécifiques nécessaires à la production de carburants de qualité supérieure, selon l'expert Serge Dioman Parfait.
Transformer le pétrole brut en carburants nécessite des intrants spécifiques importés, dont le prix est fixé sur les marchés internationaux, explique l'expert international en industries pétrolières et énergies. Plus la qualité visée est élevée, plus ces intrants sont coûteux.
Devenu producteur d'un brut particulier, le Sénégal a achevé la modernisation de sa raffinerie, la Société Africaine de Raffinage (SAR), afin de traiter ce brut local tout en maintenant son choix de ne produire que du carburant de qualité supérieure, conforme aux normes AFRI-5 et AFRI-6 en vigueur sur le continent.
Cette stratégie est comparable à celle de la Côte d'Ivoire, qui s'appuie sur des unités de pointe de type hydrocraqueur (DHC) et hydroskimming (HSK) utilisant notamment des catalyseurs à base de zéolithes, a précisé l'expert.
Selon M. Dioman, l'ajustement actuel s'explique également par des facteurs exogènes, notamment les effets perdurants des tensions dans le détroit d'Ormuz, le Golfe d'Arabie et le Golfe d'Oman, zones névralgiques du transit pétrolier et gazier mondial. Cette situation a entraîné un renchérissement à la fois du baril de brut et des cargaisons d'intrants.
Face à cette conjoncture, trois postures sont observées sur le continent : des pays ayant anticipé et négocié un prix consensuel avec les organisations professionnelles, d'autres ayant d'abord écarté l'hypothèse d'une hausse avant de l'appliquer, et enfin des pays ayant opté pour des intrants moins coûteux destinés à produire un carburant de qualité ordinaire.
L'expert souligne que le carburant ordinaire, s'il est moins cher à l'achat, entraîne selon les cycles thermodynamiques d'Otto et de Diesel une usure prématurée des moteurs et une surconsommation liée à une combustion non optimisée, avec des conséquences sanitaires et environnementales.
Concernant les écarts de prix constatés en Afrique subsaharienne, il rappelle que des prix bas affichés dans les stations agréées s'expliquent dans certains pays par la concurrence de réseaux parallèles et clandestins - stations non agréées, contrebande, siphonnage de pipelines - qui proposent des carburants à prix cassés, obligeant les opérateurs légaux à s'aligner.
Aucun pays africain ne produisant à ce jour ces intrants essentiels au raffinage, l'expert plaide pour une mutualisation à l'échelle continentale, avec la création de raffineries fédérales et d'unités de production d'intrants, ainsi que la mise en place d'une place de marché pétrolière africaine.
R. K

