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Société Publié le lundi 7 septembre 2026 | Abidjan.net

Lutte contre l’orpaillage illégal : les communautés du Sud-Comoé appelées à se mobiliser

Lutte contre l’orpaillage illégal : les communautés du Sud-Comoé appelées à se mobiliser
© Abidjan.net Par DR
Lutte contre l’orpaillage illégal : les communautés du Sud-Comoé appelées à se mobiliser

La cinquième phase de la campagne nationale de sensibilisation contre l’orpaillage illégal s’est tenue, jeudi 3 septembre 2026, à la salle des fêtes d’Aboisso, dans la région du Sud-Comoé. La rencontre a réuni autorités administratives, élus locaux, chefs traditionnels, représentants des jeunes et acteurs du secteur minier autour des enjeux liés à la persistance de l’exploitation clandestine de l’or.


Cette campagne, lancée officiellement le 8 décembre 2023 à Yamoussoukro, vise à renforcer la sensibilisation des populations et à favoriser leur implication dans la lutte contre l’orpaillage illégal. Elle repose notamment sur une approche de proximité, au regard du rôle que peuvent jouer les communautés dans la prévention et le signalement des activités clandestines.


L’orpaillage illégal, qui désigne l’exploitation de l’or en dehors du cadre réglementaire, constitue un enjeu à la fois environnemental, économique et social. L’activité peut entraîner la dégradation des terres, la pollution des cours d’eau et la réduction des espaces disponibles pour l’agriculture.


Présentant l’état des lieux de la situation, le directeur général des Mines et de la Géologie, Seydou Coulibaly, a expliqué que la persistance de l’orpaillage illégal s’explique notamment par le potentiel aurifère de la Côte d’Ivoire, la hausse du prix de l’or et la recherche de revenus rapides.


Il a rappelé que les ressources minérales du sous-sol appartiennent à l’État et que leur exploitation est soumise à une réglementation. Toute activité minière menée sans autorisation ou dans des zones interdites, notamment les cours d’eau, les forêts classées, les parcs et les réserves, constitue une infraction.


Selon les données de l’étude présentée au cours de la rencontre, l’orpaillage illégal aurait généré une production de plus de 140 tonnes d’or, évaluée à plus de 4 600 milliards de FCFA. Le manque à gagner fiscal pour l’État est, pour sa part, estimé à plus de 700 milliards de FCFA.


Au-delà de ces pertes économiques, les conséquences environnementales constituent l’une des principales préoccupations soulevées au cours de la rencontre.


Le directeur général des Mines et de la Géologie a également attiré l’attention sur le rôle des communautés dans l’installation de certains exploitants clandestins. Selon l’étude présentée, 97 % des sites étudiés auraient fait l’objet d’un accord initial avec des communautés ou des propriétaires terriens. Il a donc appelé les populations à ne pas faciliter l’implantation de sites clandestins et à privilégier les procédures légales.


Intervenant au cours de la rencontre, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a rappelé les orientations de la politique gouvernementale en matière de valorisation des ressources minières.


Il a notamment insisté sur la nécessité de préserver l’agriculture et l’environnement dans le cadre de l’exploitation du sous-sol ivoirien.


« L’exploitation de notre sous-sol ne doit pas se faire au détriment de l’agriculture », a-t-il souligné, appelant ainsi à une meilleure conciliation entre activités minières, production agricole et préservation des ressources naturelles.


L’État mène, dans ce cadre, des actions combinant sensibilisation, répression, formalisation et encadrement des activités minières, ainsi que des opérations de réhabilitation des terres dégradées.


Seydou Coulibaly a par ailleurs rappelé que l’exploitation minière artisanale légale est soumise à l’intervention de plusieurs administrations, notamment celles chargées de l’Intérieur, de l’Environnement et de l’Agriculture. L’utilisation du mercure, du cyanure et des explosifs y est interdite.


Le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), Dr Eugène Aka Aouélé, a rappelé les importantes potentialités agricoles, énergétiques, minières et touristiques du Sud-Comoé.


Pour lui, la valorisation de ces potentialités doit s’effectuer dans un cadre légal et responsable, afin de soutenir le développement économique de la région tout en préservant son équilibre environnemental.


Évoquant les opérations menées contre l’orpaillage clandestin, il a cité une intervention conduite en juillet 2025 par le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage clandestin. Selon ses propos, celle-ci aurait permis l’interpellation de 95 personnes et le déguerpissement de 75 sites illégaux, dont certains dans le Sud-Comoé.


Dr Aka Aouélé a toutefois estimé que le démantèlement des sites clandestins ne saurait constituer une réponse suffisante. Il a appelé à une reconquête durable des territoires, à la restauration des écosystèmes dégradés et à la création de nouvelles perspectives économiques pour les populations.


La mobilisation des autorités coutumières constitue également un volet important de la stratégie de lutte.


Le président de la Chambre nationale des Rois et Chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, Sa Majesté Amon Tanoé Paul Désiré, a relevé les dommages causés par l’orpaillage illégal aux terres, aux cours d’eau et aux activités agricoles, ainsi que les risques sécuritaires liés à l’exploitation incontrôlée.


Il a estimé que la lutte doit être « globale, concertée et ancrée dans les réalités locales ».


Dans cette perspective, il a appelé les chefs traditionnels à sensibiliser les communautés, à contribuer à la prévention de l’installation des sites clandestins et à participer au signalement des auteurs et complices d’activités illégales. Il a également plaidé pour un renforcement du dialogue entre l’État et les autorités traditionnelles.


À l’ouverture de la rencontre, le maire d’Aboisso, Jérémie Alfred N’Gouan, a salué l’engagement des pouvoirs publics tout en mettant en avant les préoccupations des populations locales.


Il a notamment alerté sur la dégradation des ressources naturelles, des terres agricoles et des cours d’eau dans la région.


Selon son témoignage, plusieurs cours d’eau seraient exposés à la pollution liée à l’utilisation de substances toxiques dans les activités d’orpaillage. Il a notamment évoqué la Bia, dont l’eau serait devenue, selon ses propos, « rougeâtre et boueuse », alors qu’elle constituait auparavant une source de poissons et d’écrevisses pour les populations.


Le maire a ainsi appelé à une mobilisation collective pour préserver les ressources naturelles et rechercher des solutions durables. Il a également rappelé l’engagement de la Côte d’Ivoire dans la Convention de Minamata sur le mercure, qui vise notamment à protéger la santé humaine et l’environnement contre les émissions et rejets de mercure.


La question des alternatives économiques a également occupé une place importante dans les échanges.


La représentante des jeunes du département d’Aboisso, Assamoi Anne-Marie, a plaidé pour le renforcement de la formation et de l’accompagnement des jeunes afin de leur permettre d'accéder à des activités légales et durables.


Tout en reconnaissant les difficultés liées au chômage, à l’emploi et au financement, elle a estimé que celles-ci ne doivent pas pousser les jeunes vers des activités susceptibles de compromettre durablement leurs ressources et leur environnement.


Les jeunes ont ainsi appelé au développement d’opportunités dans l’agriculture moderne, l’élevage, la pêche, l’artisanat, le commerce, les métiers du numérique, la formation professionnelle et l’entrepreneuriat.


« Notre avenir est dans nos compétences, notre avenir est dans nos terres, notre avenir est dans nos entreprises, notre avenir est dans nos idées », a-t-elle déclaré.


Au terme de cette cinquième phase, l’enjeu apparaît donc autant dans la lutte contre les sites clandestins que dans la capacité à mobiliser durablement les communautés et à leur offrir des alternatives économiques. Dans le Sud-Comoé, autorités administratives, élus, chefs traditionnels et représentants de la jeunesse sont ainsi appelés à agir de manière concertée pour préserver les terres, les cours d’eau et les autres ressources naturelles de la région.


Cyprien K.

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