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Société Publié le mercredi 4 novembre 2026 | AFP

Les funérailles en Côte d'Ivoire, entre douleur, tractations et dépenses exorbitantes

Les funérailles en Côte d'Ivoire, entre douleur, tractations et dépenses exorbitantes
© AFP Par DR
La mort est un secteur très lucratif sur la côte ouest américaine, où les funérailles coûtent une fortune
Valérie Bli Lou est une commerçante issue d'une famille modeste, mais elle est déterminée à offrir à son défunt père les funérailles somptueuses que la tradition ivoirienne exige, qu'elle puisse se les permettre ou non.

Avec gravité, Valérie Bli Lou s'incline devant le portrait de son père, décédé fin juillet à Abidjan. Cette veillée mortuaire porte désormais les dépenses liées aux funérailles à plus de deux millions et demi de francs CFA (3.800 euros) et d'autres frais l'attendent encore jusqu'à l'inhumation.

La somme est considérable pour cette commerçante chrétienne issue d'une famille modeste de l'ouest de la Côte d'Ivoire.

Dans ce pays où le salaire moyen est valorisé par la Banque Mondiale autour de 150.000 FCFA (environ 228 euros), organisatrice de grandes obsèques pour un parent disparu relève quasiment du sacré et se fait souvent à coups de millions.

A l'inverse, y manquer est considéré comme un déshonneur fait au défunt.

Au décès de son père, Mme Bli Lou n'a pas eu les moyens d'organiser des funérailles à la hauteur des attentes. Cependant, hors de question pour cette sexagénaire de se soustraire à la tradition, au risque d'attirer sur elle mépris et critiques de la part de son village.

Elle décide alors d'utiliser à une méthode répandue dans le pays : conserver son corps dans une morgue pour environ 7.000 FCFA par jour (10 euros), avant de réussir à réunir l'argent nécessaire, avec l'aide de son entourage.

Comme chaque samedi dans le quartier populaire de Yopougon, à Abidjan, des dizaines de personnes convergent vers un vaste espace pour assister aux veillées mortuaires de leurs proches.

Le site est devenu célèbre pour ce genre d'événement, et les familles doivent souvent réserver des semaines à l'avance à raison de centaines de milliers de francs CFA (des centaines d'euros) pour espérer avoir une place.

- Festivités -

En cette nuit d'octobre, l'endroit accueille quatre veillées funèbres, dont celle en l'honneur du père de Valérie.

Rangées de tentes, sonos, orchestre... aucune des familles endeuillées n'a lésiné sur les moyens pour commémorer leurs disparus dont les portraits sont dressés sous des chapelles joliment décorées.

L'ambiance oscille entre festivités et tristesse, les pleurs et les étreintes se mêlant à la musique à plein volume et aux pas de danse.

Avec la conservation du corps de son père, l'achat de son cercueil, l'organisation de cette veillée, Mme Bli Lou a déjà dépensé plus de 2,5 millions de FCFA (3.800 euros).

Et elle doit encore gérer le transport du corps vers sa dernière demeure, à 500 kilomètres d'Abidjan, la construction de sa tombe, en plus des dépenses pour la prise en charge de centaines d'invités qui doivent être logés, nourris, blanchis parfois pendant plusieurs jours.

Malgré tout, Valérie se dit "fière" d'assurer toutes ces charges. "C'est mon père, c'est comme c'est mon deuxième Dieu : je dois l'honorer", confie-t-elle, vêtue d'une tunique rouge bordeaux et noire.

A quelques mètres de là, un DJ liste devant une autre famille les noms des personnes qui ont contribué en espèces ou en nature à l'organisation des obsèques de leur disparue, morte il ya trois mois.

Chez eux, les dépenses ont dépassé 5 millions de francs (7.600 euros), une somme réunie grâce à une cotisation familiale quasi obligatoire. Certains ont dû s'endetter.

- "Pression" -

"C'est une forte pression", reconnaît Mathias Zouh, l'un des responsables de la famille. "Nos parents et nos aïeux le font, donc nous aussi. Sinon tu serais mal vu au village", ajoute-t-il.

"Les funérailles sont des moments importants" dans certaines communautés ivoiriennes où "chacun veut montrer qui est qui et raffermir son statut social par le biais de l'argent", analyse Léo Montaz, un anthropologue qui a travaillé sur le sujet. Cela crée des « compétitions » et des « rivalités » entre les familles, poursuivies-il.

Tractations, réunions familiales incessantes, longs voyages, jours de congés à poser... l'organisation demande également beaucoup d'investissement en temps et en énergie.

Si la pratique est différente chez les musulmans, où les funérailles sont plus rapides, les diverses cérémonies peuvent également coûter cher.

Leur importance aux yeux de la société ivoirienne et les coûts générés ont fait naître une véritable économie autour de la mort.

Une dizaine de commerces proposant cercueils, habits mortuaires, gerbes artificielles, pierres tombales, parfums et bijoux pour la toilette des défunts s'alignent dans une allée de la commune de Yopougon.

Gertrude Brou travaille dans le secteur depuis 15 ans. En plus de vendre des articles mortuaires, elle propose ses services pour le bain et l'habillement des disparus.

"Le besoin de faire des funérailles est là et c'est un travail qui nourrit bien son homme", dit-elle.

"C'est un métier qui marche bien", renchérit son collègue Georges, qui assure avoir construit sa maison et envoyé ses enfants étudier à l'étranger grâce à sa société de pompes funèbres.

sjd/pid/bam/eba

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