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Tueries du régime Gbagbo/ Un rescapé témoigne : “Comment mes amis ont été tués”
Publié le jeudi 23 décembre 2010   |  Le Patriote




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Il se nomme Ouattara Yssouf. Arrêté dans des conditions tragiques le 16 décembre dernier lors de la marche sur la RTI, le jeune manifestant a été libéré le lundi 21 décembre dernier, aux environs de 19H. Juste après sa sortie de prison, il a accepté de nous raconter sa mésaventure. Par souci de sécurité, notre interlocuteur a préféré que sa photo ne paraisse pas dans le journal. Entretien.

Le Patriote : Que s’est-il passé le jeudi 16 décembre dernier ?

Ouattara Yssouf : Ce jour-là, répondant au mot d’ordre de marche sur la RTI, nous nous sommes retrouvés devant l’ENA (Ecole Nationale de l’Administration, ndlr). C’était aux environs de 11H. Venant d’Abobo, j’étais en compagnie de quatre de mes amis. En face de nous, ce trouvait un char et plusieurs hommes en armes. Il s’agissait de la Garde républicaine. Ces soldats étaient visiblement très menaçants, surtout avec leurs armes pointées, tout droit, en notre direction. En ce moment précis, avec mes amis Camara Moussa, Silué Adama, Cheick Fofana et Bouaké Coulibaly, nous nous demandions si ces hommes étaient capables de nous tirer dessus, puisque nous n’étions que des manifestants aux mains nues. Et c’est pendant que nous échangions sur cette question que, du coup, j’ai entendu des coups de feu. Sur le champ, j’ai vu mes quatre amis s’écrouler. Ils baignaient dans une mare de sang. Mes compagnons venaient juste d’être froidement abattus sous mes yeux. C’était horrible.

LP : Sur place, comment vous sentiez-vous ?

OY : J’avais l’impression de me retrouver dans un véritable cauchemar. Vous savez, voir des personnes que vous connaissez tomber comme des poulets, c’est difficile à supporter. C’est à la limite révoltant.

LP : Concrètement, comment s’est fait votre arrestation ?

OY : Après avoir vu mes amis tomber, j’ai essayé de m’enfuir en prenant la direction de la cité située non loin de l’école « La Farandole ». Mais j’ai été vite rattrapé par une patrouille de Police qui passait par là. Et je peux dire que je dois mon salut à cela. En effet, imaginez que j’ai été pris par les éléments de la Garde républicaine qui n’ont pas hésité un seul instant à ouvrir le feu, tuant quatre de mes proches. Je serais déjà mort. Ce sont donc les policiers qui m’ont pris. Ils m’ont attaché et ont fait le tour de quelques quartiers avec moi, avant de me déposer à la Préfecture de Police, au Plateau. Là-bas, j’ai retrouvé des centaines de personnes qui venaient, elles aussi, d’arriver. Toutes les cellules étaient donc pleines. Il y avait des hommes et des femmes, jeunes comme vieillards. Et parmi ces personnes, on comptait beaucoup de blessés. Certains portaient encore des balles dans le corps.


LP : Mais sur place, que s’est-il passé?

OY : Au moment de l’établissement du procès-verbal (PV), j’ai été surpris de constater qu’on m’accuse de « trouble à l’ordre public ». J’ai été d’autant plus choqué lorsque j’ai vu écrit dans le PV que je portais une kalachnikov lors de mon arrestation. Raison pour laquelle j’ai poliment refusé de signer le PV. Parce qu’on m’accusait là de quelque chose que j’ignorais.

LP : Mais à la télévision, on vous a présenté, vous et d’autres prisonniers, avec des armes.

OY : C’était un grossier montage. Quelques jours après notre arrestation, on nous a tous fait sortir devant les journalistes de la RTI. Ceux-là, sans aucune preuve, nous ont présentés comme des rebelles, des ennemis de la Côte d’Ivoire. Une manière cynique de salir notre image et porter atteinte à notre dignité.

LP : Quand et comment s’est fait votre libération ?

OY : J’ai été libéré le lundi (21 décembre dernier, ndlr), aux environs de 19H. Cela, après plusieurs interventions de certains proches, dont je préfère taire les noms. Et au moment où je regagnais mon domicile, plusieurs groupes de manifestants étaient en train d’être conduits à la MACA (Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, ndlr).

LP : Aujourd’hui que nous êtes libre, que ressentez-vous?

OY : Vraiment beaucoup de peine pour mon pays. Je ne pouvais imaginer que la Côte d’Ivoire retomberait dans une telle situation. C’était vraiment horrible. C’est malheureux que des Ivoiriens tuent ainsi leurs propres frères. Tout simplement pour une question de pouvoir.

LP : Quel message pouvez-vous lancer aux Ivoiriens ?

OY : Franchement, que tous reconnaissent la vérité qui est là, implacable. Tout le monde sait que c’est bel et bien le candidat Alassane Ouattara qui a été élu par les Ivoiriens comme président de la République. Alors, qu’on lui reconnaisse sa victoire et que justice soit fait. Aussi voudrais-je attirer l’attention des communautés, nationale et internationale, sur les conditions difficiles dans lesquelles vivent les détenus de la marche des 16 et 17 décembre derniers. Ces personnes ont beaucoup besoin de soutiens et de compassions. Car elles ne méritent pas d’être privées de leur droit à la liberté.

Réalisée par Diawara Samou

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