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Après les affrontements sanglants de début janvier : Duekoué renaît à la vie
Publié le mardi 18 janvier 2011   |  Soir Info


Situation
© Autre presse par ©CICR / C. Peglan
Personnes déplacées ayant trouvé refuge à la mission catholique de Duékoué


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Le 3 janvier 2011, la ville de Duekoué a été, récemment, le théâtre d`affrontements sanglants entre autochtones Wê et allogènes Malinké. Des heurts qui ont occasionné des pertes en vies humaines et de nombreux dégâts matériels. 10 jours après le déclenchement de ce conflit inter communautaire Duekoué renaît petit à petit à la vie. Notre reportage...

Le vent chaud et sec accompagné de brouillard de cette période d`harmattan souffle plus fort dans cette région de Duekoué, ce mercredi 12 janvier 2011 quand nous y entrons, en début d`après midi. Une ville qui, il y a quelques jours à peine, a connu de graves heurts qui ont occasionné des dizaines de morts et de blessés, des centaines de déplacés et des habitations ainsi que des commerces pillés et ou incendiés. La première impression qui frappe le visiteur c`est que, malgré tout, la vie reprend. Un tour au marché de la ville, nous a permis d`apprécier la situation. Un petit monde qui faisait des affaires. Le marché de vivrier étant le plus animé. Dans notre progression, nous remarquons que des stations services sont ouvertes. De même, nous constatons que le transport avait repris, bien que timidement. Les taxis communaux circulaient de même que les véhicules de transport en commun qui rallient Duekoué des autres villes du
pays. Par contre, les portes des banques et établissements financiers sont biens closes. « Les choses commencent à rentrer dans l`ordre après les folles journées que nous avons connues. Depuis le 6 janvier, l`ordre a été rétabli », a laissé entendre Boni Agnimel Salomon, préfet du département de Duekoué. Qui a toutefois relevé que l`école n`a pas repris ses droits, du fait que de nombreux fonctionnaires aient quitté le département. Autre souci majeur, l`eau potable. « Les rebelles pendant ces évènements ont vandalisé la station d`eau. Mais nous travaillons au rétablissement dans les meilleurs délais de l`eau potable. Comme palliatif, des camions citernes distribuent l`eau aux ménages », a rassuré le préfet. Au cours de nos échanges, l`autorité préfectorale a fait savoir sa préoccupation face à la question humanitaire qui se pose. « Des déplacés qui manquent de tout sur des sites d`accueil qui sont débordés.
Comment gérer l`après crise? Des maisons ont été pillées, d`autres incendiées. Il faut des actions de reconstruction », a-t-il noté. Au plan sécuritaire, le préfet a assuré que les dispositions sont prises. Les Forces de défense et de sécurité sont en nombre suffisant à Duekoué pour assurer la défense et le maintien de l`ordre public. Entre les communautés, la médiation se poursuit pour apaiser les cœurs et faire échouer toute velléité d`attaque ou de vengeance. « Je voudrais dire aux populations qui avaient quitté le département du fait des émeutes, de regagner Duekoué. La reconstruction de notre département incombe à tous. Nous avons besoin de toutes les intelligences . La situation générale de tension est dépassée. J`invite tous ceux qui ont perdu des biens à revenir pour qu`ensemble nous travaillions à la reconstruction de notre département. Je lance également un appel à tous les parents d`élèves, aux
élèves et aux enseignants à sauver l`école. Je demande instamment aux autres fonctionnaires de regagner leurs postes », a déclaré le préfet Boni Agnimel. Quand notre équipe de reportage traverse le quartier Guéré, l`écho de nos pas qui nous parvient confirme bien que nous sommes dans « une cité fantôme ». Nous avons fait le tour de plusieurs pattés de d`habitations sans rencontrer de vie humaine. Le spectacle est déplorable. Sur les circonstances de ces émeutes, Ba Tahi François, chef de canton et président de la coordination des chefs traditionnels du département de Duekoué raconte: « Ces évènements malheureux ont commencé le lundi 3 janvier 2011. J`étais à la maison quand le préfets m`a appelé et m`a fait savoir que la communauté Malinké a demandé à le rencontrer et qu`il m`invitait à prendre part à cette rencontre. J`y suis allé vers 8 h 30 et j`ai trouvé le préfet, ses collaborateurs, le capitaine de
l`armée et de commandant de brigade de gendarmerie. Environ 20 mn après les représentants de la communauté Malinké sont arrivés. Le préfet leur a demandé ce qui se passe. Ils ont expliqué qu`une commerçante Malinké est décédée des suites d`une attaque à main armée, dans un véhicule venant de Logoualé précisément entre Logoualé et Bangolo. Aussi, ont ils demandé au préfet de leur permettre en tant que transporteurs d`assurer eux-mêmes la sécurité sur ce tronçon. Le capitaine de l`armée a fait remarquer que cela n`est pas possible. On ne peut pas permettre aux civils d`ériger des barrages sur une route nationale. J`ai alors proposé au préfet de convier à une rencontre les chefs de villages et présidents des jeunes. Parce que les coupeurs de routes ne viennent ni de Daloa ni de Guiglo pour couper la route ici. Ce sont les jeunes gens des quartiers, dans les villages qui font cela. Nous étions en train de chercher des
solutions quand nous avons entendu des coup de fusils. Des jeunes Dioula ont pris des fusils pour aller contre les populations en plein marché de Duekoué. Or le lundi c`est jour de marché à Duekoué. Vous imaginez le monde qu`il y avait. Nous avons été beaucoup surpris. Pendant que nous réfléchissions à des solutions, ils ont attaqué », a-t-il témoigné. Ba Tahi a également souligné qu`il y avait un précédant à cette affaire. Une ancienne attaque de coupeurs de routes sur la voie qui mène à Man et qui avait fait un mort.
Représailles

« Quand nous sommes allés présenter nos condoléances à la famille éplorée, ils nous ont menacé de représailles si cela se répète. Cela est déplorable! Un coupeur de route tue quelqu`un et ce sont d`autres qui doivent payer. Et dire que ces attaques ne sont pas dirigées contre des groupes spécifiques. Nous sommes tous victimes. Voyez, le maire de Duekoué qui un jour avait accompagné sa femme dans un village du département a été objet d`une attaque à son retour, aux environs de 18H. Il a reçu les balles à l`épaule et au cou. Tous ces plombs n`ont pas été encore extraits de son corps. De même, une jeune dame de Gaoubli a été victime de ces malfaiteurs. On lui a amputé un bras. On a coupé la jambe à un adulte à Tiamouien. Cela ne doit pas être un motif pour bruler Duekoué. Pour ce dernier cas, les jeunes Malinké se sont révoltes et se sont organisés à notre insu », a expliqué le président de la coordination des
chefs traditionnels du département de Duekoué. Pourtant, a-t-il soutenu, il avait mis sur pied un comité de paix dans cette localité pour favoriser les échanges. « Nous sommes ensemble, nous faisons ensemble la sensibilisation dans les villages pour éviter ce genre de problèmes. Pendant la période électorale nous avons fait la sensibilisation. On a voté. Le citoyen a fait son devoir. Le reste c`est l`affaire des hauts cadres, à Abidjan. Nous avons fait le tour des quartiers pour sensibiliser la population », a-t-il expliqué. Ba Tahi s`est réjoui que grâce à l`action vigoureuse des Forces de défense et de sécurité, le calme soit revenu, cinq jours après. « J`invite mes frères Malinké à la discussion. Il faut qu`on se parle entre nous. Nous demandons aux cadres de venir pour qu`on échange. Qu`on demande aux Malinké qu`est-ce que leur ont fait leur tuteur Guéré pour qu`ils agissent de la sorte. Il faut qu`ils nous le
disent. Il ne s`agit pas de dire pardon. Il faut qu`on s`explique, pourquoi on tue les gens? Je viens de mettre sur pied un comité de crise qui travaille en ce moment », a-t-il noté. A la mission catholique Sainte Thérèse de l`Enfant Jésus où nous nous sommes rendu, avons découvert le triste spectacle de personnes démunis, qui partagent en commun la cour, sous des abris, comme dortoir. L`on touche de prêt la misère. Environ 15.000 personnes y cohabitent. Nous découvrons, à notre entrée dans la cour sur notre droite, des maçons et menuisiers en pleine construction de salle d`eau de fortune. Nous échangeons avec Glaou Bernard, un adulte d`environ 50 ans qui soutien être un rescapé de l`attaque meurtrière du 3 janvier 2011, à l`origine des émeutes. « J`étais à bord du véhicule de transport qui a été victime de l`attaque des coupeurs de route le lundi 3 janvier dernier. Quand les malfaiteurs ont fait feu, plusieurs
personnes ont été atteintes dont la femme Malinké qui a perdu la vie. Ce qui a mis le feu aux poudres. Nous avons pu rallier Duekoué à pied, en passant par la brousse. A mon arrivé la ville était déjà en ébullition. Ils ont tout pillé chez moi. Ma petite famille et moi avons pu avoir refuge à la mission catholique. C`est dur », a-t-il raconté. Glahi Jocelyne qui résidait à Man a, pour sa part, expliqué qu`avec sa famille, elle est arrivé quelques jours avant ces événement à Duekoué. « Quand Man a été attaquée par les rebelles, dans le mois de décembre nous avons fui par la brousse pour trouver refuge à Duekoué. Malheureusement le 3 janvier, Duekoué aussi s`est embrasée. Nous avons tout perdu, nous n`avons plus rien. Je lance un cri de détresse à tous les hommes et femmes de bonne volonté. Nous vivons dans des conditions difficiles », a-t-elle lancé. Même son de cloche pour Doué Tah Maurice originaire de
Guouedji, dans la sous préfecture de Bangolo. « Quand les rebelles ont attaqué Bangolo le 25 décembre nous avons pris la fuite. Nous avons fait 7 jours en brousse. Nous sommes des déplacés à Duekoué. Et la maison où nous avons trouvé refuge a été malheureusement incendiée. J`ai 9 enfants, et nous sommes sans abris, nous n`avons plus rien, sauvez nous », a imploré Tah Maurice. A la mission évangélique Ueesso (Union des églises évangéliques service et œuvre de Côte d`Ivoire) la détresse est également présente. Selon pasteur Kpeye Jean Marie, 609 personnes dont 16 femmes enceintes y séjournent. « Les gens continuent de venir », a-t-il souligné. Duekoué malgré tout renaît de ses cendres.

Jonas BAIKEH
(Envoyé spécial)


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