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Économie

Fahé Maurice (Economiste) à propos de l’interdiction des bateaux dans les ports ivoiriens - “C`est un rendez-vous avec la souffrance”
Publié le jeudi 20 janvier 2011   |  Le Patriote




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Les entités économiques qui permettent au pouvoir usurpé de Gbagbo de résister sont désormais sous embargo. L`Union Européen a pris des sanctions énergiques contre les Ports d`Abidjan et de San-Pédro en interdisant toutes transactions avec des bateaux en provenance des Ports européens. Dans cet entretien, M. Maurice Fahé, professeur de politique économique et d`économie de développement à l`Ecole Nationale d`Administration d`Abidjan (ENA), explique et présente l`acuité des risques que représentent ces sanctions à l`encontre de la Côte d`Ivoire.
Le Patriote : l`Union européenne a pris des sanctions contre les entités économiques qui soutiennent Gbagbo : les deux Ports de la Côte d`Ivoire. Comment s`opèrent techniquement ces sanctions sur le terrain ?
Maurice Fahé : Si je m`en tiens à la formulation de la sanction rapportée par la presse, parce que je n`ai pas pris connaissance de la formulation exacte, l`objectif est d`interdire à tous les bateaux européens qui commercent avec la Côte d`Ivoire de faire des transactions avec les deux ports que sont celui d`Abidjan et de San Pedro. Il faut avouer et reconnaitre que c`est extrêmement important comme décision, parce que la plupart des transactions de la Côte d`Ivoire ont lieu avec les pays de l`Union européenne. De ce point de vu, cela fait beaucoup de choses qui sont concernées. Il faut souligner que nos exportations de café et de cacao, et nos importations de produits de consommation, de matériels électroménagers… tous vont ou proviennent des ports des pays de l`UE. Si ces transactions, venaient à être sous embargo, comme c`est le cas, cela est très grave pour le port lui-même en tant qu`institution, énorme et visiblement insupportable pour la Côte d`Ivoire. Parce que le Port perd ses clients au profit d`autres ports. Ils vont très vite s`assécher. Voyez- vous, un port, c`est une institution, mais c`est un plateau technique qu`on présente aux usagers et aux entreprises qui transportent des marchandises. Si cet outil ne peut plus servir parce que sous embargo, comprenez que la perte en terme d`entrées directes en devises est énorme. Parce que ce sont les poumons de notre économie. Si on regarde la part des Impôts directs et les taxes des ports dans la constitution du budget ivoirien, on se rend compte que l`activité portuaire est d`une importance capitale. C`est comme si on coupait une jambe et un bras à un homme.

L.P : Peut-on dire que l`impact immédiat de ces sanctions est l`asphyxie totale ?
F.M : On ne peut pas spéculer sur le temps que cela prendra. Je dis que je n`ai pas vu la formulation exacte de la sanction, mais tel que rapporté, cela suppose que tout bateau en partance des ports européens, ou tout bateau en provenance de ports européens sont interdits ou frappés par la sanction. Mais je crois que l`immédiateté et l`efficacité dépend de la formulation. Si la sanction frappe uniquement tout bateau européen, il faut dire actuellement qu`il n`y a pas beaucoup. Mais si elle frappe tout bateau battant pavillon panaméen ou tout autre Etat, cela ressemblerait à un blocus. Je ne le souhaite pas, mais si c`est un blocus , je ne vois pas comment on pourrait tenir longtemps. Même s`il faut souligner que ce ne sont pas les Etats qui affrètent les navires, même si je puis vous dire que les intérêts des grandes entreprises européennes sont à mille lieues de ceux des Etats , il serait difficile pour la Côte d`Ivoire de contourner un blocus. Aussi, les retournements ne se font pas aussi rapidement comme certains voudraient faire croire. Mais, ce qu`il faut également souligner, il ne faut pas attendre toute suite et immédiatement des effets ipso facto. Car je le dis, ce ne sont pas les chefs d`Etats qui affrètent les bateaux, qui animent l`activité portuaire. Je peux vous dire que certaines entreprises continueront à faire ce qu`elles ont l`habitude de faire avec les ports ivoiriens. Il est évident que cela va gêner, mais l`aridité et la rigidité de ces sanctions seront progressives.

L.P : Le DG du Port d`Abidjan Marcel Gossio rétorque pour dire que l`Europe n`est pas le centre du monde et qu`une telle décision détournerait les ports ivoiriens vers d`autres opérateurs?
M.F : Ce n`est pas le DG du port d`Abidjan qui demande à un opérateur de venir au port d`Abidjan. Je ne souscris pas à cette affirmation et à l`analyse que fait le directeur général du port de cette mesure. Ce n`est pas les Etats qui décident avec qui il faut commercer. Si les choses étaient aussi simples, on ne ferait pas le tour de l`Afrique pour présenter les atouts d`un port afin que les opérateurs y viennent faire leurs Affaires. On prendrait un décret, un matin pour demander à tous les Nigériens de venir faire leurs affaires au port d`Abidjan. Je suis au regret de le dire. Cela ne se passe pas comme le prétend le DG. Les analyses que fait le DG du port en minimisant l`ampleur de ces sanctions sont erronées. Ce ne sont pas les Etats qui commercent, mais plutôt les opérateurs économiques de droit privés dont les intérêts comme je l`ai déjà dis, se situent parfois à mille lieues des intérêts des Etats. Dès l`instant où ils se rendront compte qu`on ne peut plus commercer avec le port d`Abidjan, ils se tourneront vers d`autres ports. Et cela fait des manques à gagner énormes.

L.P : Le port à conteneurs d`Abidjan est aux mains de Bolloré. Les sanctions n`auront-elles pas en certains points un effet boomerang?
M.F : Ecoutez, je vous ai dit que les entreprises sont de droit privé, les Etats ce sont des organisations politiques. Maintenant une décision est prise, malgré la présence de Bolloré et de Bouygues en Côte d`Ivoire, le camp Gbagbo ne cesse de dire que ce sont eux qui font qu`il y a tant de difficultés en Côte d`Ivoire, notamment la France. Les intérêts des Etats peuvent être contradictoires avec ceux des entreprises. Bolloré va -t-il souscrire ? Je n`en sais rien du tout. Une chose est sure, les sanctions vont ébranler, sinon réduire considérablement les activités portuaires et donc réduire les ressources produites par le port. Tout opérateur économique opérant au port d`Abidjan subira le contrecoup de la sanction. Mais une sanction reste une sanction. Il ne faut vouloir une chose et son contraire. Au plan même humanitaire, la Côte d`Ivoire va en souffrir, quand on sait que toutes les fournitures en terme de matériel médical se font par voie portuaire. Cela sera vraiment un coup dur pour la Côte d`Ivoire. Il faut dire que le pays prend rendez-vous avec les souffrances humaines et la pauvreté. Ce n`est pas seulement les agents économiques qui vont souffrir, la population ne sera pas en reste. Dans la chaine, tous ceux qui profitent des transactions avec l`extérieur vont souffrir.

L.P : Quel sera donc le sort des pays de l`hinterland dans cette situation de blocus ou embargo?
M.F : Je suis un panafricain. Quand vous posez la question des pays de l`hinterland, je puis vous dire que le sort du peuple ivoirien et le sort des peuples des pays de l`hinterland sont presque le même à quelques différences près pour les uns et les autres. Si les ressources qui proviennent des importations et des exportations viennent à diminuer, les possibilités de transits deviennent plus difficiles pour l`hinterland, ce sont des difficultés supplémentaires. Il y a un important manque à gagner pour l`hinterland, il est donc clair que ces pays sont en train de fuir les ports d`Abidjan, ils s`adressent au port de Téma (Ghana), le port de Cotonou, de Conakry, de Dakar etc.

L.P : Un commentaire sur le contrôle de BCEAO ?
M.F : Le système bancaire fonctionne de manière tout à fait simple. Tu fais des transactions avec quelqu`un et tu paies par chèque. Votre compte est domicilié dans une banque, la Société Générale par exemple. Ce dernier va le présenter au guichet- il faut préciser que généralement ce sont des chèques barrés- commence alors le procédé de la compensation. C`est le premier niveau. Tout le monde le sait, le Trésor public ivoirien a un compte à la BCEAO, la banque centrale, la décision du blocage du compte de la Côte d`Ivoire, c`est la réunion des chefs d`Etat qui peut prendre cette décision. Et comme vous le constatez, on en est pas encore là. La conférence des ministres fait une proposition, et c`est aux Chefs d’Etat des pays de l`UEMOA de décider. Mais cela sera une décision extraordinaire parce qu`elle n`est pas statutaire. A la conférence des ministres et à la réunion des chefs d`Etat, la France y participe. Elle a même un droit de véto. Si la seule voix de la France manque, la décision ne passera pas. Par contre, si la France est là, la décision peut passer, parce qu`elle dispose d`un poids réel et d`une voix prépondérante. Cela veut tout dire. Ce qui se passe, c`est que la Côte d`ivoire dispose de l`argent sur son compte. Cet argent, la BCEAO ne peut pas empêcher les mouvements sur ce compte, parce que ce sont les recettes des impôts, les recettes douanières, que l`agent comptable va déposer sur le compte du Trésor. Mais cet argent appartient à la Côte d`Ivoire. La BCEAO ne peut pas empêcher de mouvement sur ce compte. Si l`agent comptable va déposer, il a donc le droit de retirer cet argent. Pour moi, je trouve terriblement dommageable qu`on en soit arrivé à là. Ce peuple a tellement souffert et s`est fait tellement d`illusion. On lui a dit que les élections vont le sortir du chaos et qu`il va retrouver la paix. Il s`est massivement présenté à ces élections. 81% de taux de participation, c`est extraordinaire ! Le peuple de Côte d`Ivoire aspire profondément à la paix. C`est la façon la plus expressive qu`il fait en participant massivement à ces élections.
Réalisée par Moussa Keita


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