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Art et Culture

Enquête / Photographie - Dans l’univers des chasseurs d’images
Publié le lundi 31 janvier 2011   |  L'intelligent d'Abidjan




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Considérée comme un métier secondaire en Afrique, la photographie – un des composés des arts visuels – est devenue une profession qui attire de plus en plus de monde, tous genres confondus. A Abidjan, nombreux sont ceux qui se sont spécialisés en photo de presse. Un choix qui leur permet de se faire une place au soleil malgré les difficultés qu’ils rencontrent.

Amandine K., pure produit de la Facam (Formation des associations, camera art et musique) de la bibliothèque nationale, est arrivée à la photographie en 1996 alors que promue pour être sage femme. «Le rêve de mon père, c’était que j’embrasse le métier de sage femme. Mais je ne supportais pas le sang. C’est ainsi que j’ai opté pour la photographie qui est un métier passionnant », a révélé Amandine.

Une passion,
une professsion... De l’art.
Après trois années de formation et de stage, elle exerce en tant que photojournaliste au quotidien Notre Voie. «Quand j’ai déposé ma demande de stage dans la presse écrite, en particulier à Notre Voie qui à l’époque était encore dans l’opposition, les gens avaient des appréhensions. Ils avaient des craintes mais, chaque métier à ses risques », se souvient Amandine. Avec son premier appareil photo « Olympus », acheté par son père aux Etats-Unis, Amandine a su s’imposer dans ce métier où il y a avait très peu de femmes. « J’étais la seule femme. Cela n’a pas été facile. Déjà pour ma soutenance, j’avais pris pour thème : les mets africains que les gens ont pu moderniser. Et après le manuscrit, il fallait aller interroger les gens. La tâche n’a pas été facile parce qu’ils ont peur d’être vus et reconnus quelque soit le sujet. Mais, avec insistance et persévérance, j’y suis arrivée et j’ai pu soutenir », explique-t- elle. Pour Amandine, la photographie est une profession noble mais, contrairement à l’Europe, mal connue et exploitée en Afrique. « Les populations ici ne respectent pas ce corps. Pourtant nous sommes un maillon essentiel dans l’illustration des évènements dans tous les secteurs d’activité. Mais ceux qui le banalisent n’ont pas tort parce que la plupart d’entre nous n’accordent pas du crédit à la photographie », traduit-elle. Etre photographe-reporter ou photographe d’agence, il est important, selon Amandine K, de vivre en conséquence. «Regardez un peu les photographes de chez nous. Ils font pitié de part leur habillement et leur mode de vie. Non ! Pour s’entretenir on n’a pas besoin de beaucoup de moyens. Si vous vous s’y prenez bien, vous avez soit un studio (Ndlr ; photo) ou un bureau bien aménagé ; il n’y a pas de doute que vous ne vous en sortiez pas financièrement», admet-elle.
Venu à la photographie par amour mais, l’exerçant déjà pendant ses temps libres, Kobou Guy Serge (KGS) est chauffeur dans une entreprise de la place. Il a été piqué par le virus des flashes en classe de CM2. Une fois les vacances arrivées, il emprunte un appareil photo pour faire des tirages à but lucratif dans son village. «Je me suis mis à la photo, confie-t-il, il y a seulement quatre ans. Mais, j’aime cette profession depuis l’école primaire. J’ai fait des photos de mes parents au village et cela me rapportait de l’argent. Au-delà, mon penchant pour les souvenirs, a fait qu’aujourd’hui je suis revenu à mon premier amour : la photographie ». En lieu et place d’une formation au sein d’une école de formation en photographie, KGS a décidé de se perfectionner dans un studio de photo durant 9 mois. Après cette étape, il se bonifie et se spécialise dans la photographie de presse. Il justifie son orientation par son envie d’être au cœur des grands évènements tels que les rencontres des Chefs d’Etats. «J’aime être au premier plan de l’information en matière d’image. Je ne veux pas qu’on me raconte les évènements. Je veux être là quand ça se passe et faire un compte rendu imagé », a argumenté KGS qui soutient, tout comme Amandine, que la photographie est un métier complet.

comprendre le langage
de la photo
Contrairement à Amandine K. et Kobou Serge, Ester L., elle, est venue à la photo par le fait du ‘’hasard’’. Couturière après ses études qu’elle a arrêtées volontairement, Ester L. a suivi trois ans de formation en photographie sous prescription de son grand frère et son père. «J’étais brillante à l’école mais je ne voulais plus continuer. J’ai opté pour la couture. Mais mon père trouvait que j’avais un niveau qu’il fallait exploiter ailleurs. Après des recherches, mon aîné est tombé sur une affiche d’une école de formation des photographes à la bibliothèque nationale. Il en a parlé à mon père qui me l’a transmis», a-t-elle expliqué. Debut d’une reconversion. L’appétit venant en mangeant, elle a suivi sa formation jusqu’au bout. « Au début, se souvient Ester, je voulais faire de la camera. Mes parents étant pauvres, ils ne pouvaient pas m’acheter une camera qui coûte des millions. Je me suis finalement consacrée à la photo, j’y ai mis tout mon dévolu et mon père a pu m’offrir un appareil photo. Un canon argenté AE1». Pour être plus efficace dans son travail, Ester L. s’investit dans la photographie de presse au lieu de l’audio visuel où une proposition lui avait pourtant été faite. « J’avais la possibilité d’aller à la RTI mais j’ai estimé que les photographes là-bas n’allaient pas toujours sur le terrain. Or moi, j’aime être sur le terrain et non me confiner dans les bureaux », argumente Ester. Respectée par son entourage, Ester L. dit ne pas regretter son choix. C’est pour elle un métier passionnant qui donne beaucoup d’ouverture vers le monde et dans tous les domaines d’activités. Puisque grâce à son travail, Ester.L a participé à des résidences (séminaire de formation des photographes) dans plusieurs pays de la sous régions, entre autres le Mali et le Bénin. Ses photos ont fait parti d’une exposition de photos sur le Vaudou. C’est un gagne-pain, précise-t-elle, qui mérite le respect de la population et surtout de ceux qui l’exercent. « Je venais chaque fois au service avec ma voiture, toujours bien habillée. Et dans mon entourage, les gens se demandaient ce que j’exerçais comme métier. Quand je leur dit que je suis photographe, ils sont surpris. Parce que, pour eux, un photographe c’est un piètre homme. Pourtant c’est un travailleur comme tout autre. Généralement, ceux qui ne respectent pas ce métier le méconnaissent », commente-t-elle. Métier d’artiste, le tirage d’une image relève d’une extrême concentration dans le respect des règles qu’il faut connaître qu’on ait été formé sur le tas ou reçu une formation dans une école. « Faire de la photo, c’est faire de l’art. On ne prend jamais une image de façon fortuite. Il faut qu’elle ait un sens, qu’elle parle. C’est un peu complexe également parce que les positions changent selon les instants. Il y a des lignes à respecter », témoigne Ester L. Perpétuellement à la recherche de scoops et faits insolites, elle ne sort jamais sans son appareil photo. Mais c’est par ailleurs pour elle le reflexe d’un professionnel. « Je ne sors jamais sans mon appareil photo et je ne change pas de sac instantanément pour ne pas oublier mon matériel. Je suis comme un militaire. Je suis toujours prête. On peut tomber sur des faits uniques en leur genre et être la seule personne à l’avoir», confie-t-elle.

Investissement, don de soi, humilité font le meilleur photographe
Surnommé la Star dans le milieu du show-biz, Kouman Sécredou Pascal est devenu photographe people. Sa passion pour la photo s’est manifestée peu à peu dans les années 87 et 88. « J’aime les souvenirs qui se racontent avec des images et j’aime immortaliser les moments. J’ai fait mes premiers pas avec l’animateur AbouBakar Touré dit Tonton Bouba au cours de son émission ‘’Allocodrome’’ où je faisais les photos des artistes qui étaient invités », est-il revenu sur ses débuts. De photographe amateur, Sécrédou est aujourd’hui – grâce à sa persévérance et son dévouement – l’un des photojournalistes les plus populaires de sa génération. De jour comme de nuit, ce n’est pas de tout repos. Jean Marie Atteby, chasseur d’images et photographe au groupe Cyclone, ne dira pas le contraire. Lui qui a une réputation de veilleur, traque les artistes, hommes du show-biz, dans leurs retranchements dans l’ambiance des nuits abidjanaises, au point d’accorder très peu de temps au repos une fois la nuit tombée.
«Cette profession, avoue Sécrédou, aussi passionnante qu’elle soit, exige de l’investissement, le don de soi et l’humilité pour être meilleur ». auprès des ‘’doyens’’ dans le domaine de la presse écrite dont Tonga Behi, directeur de publication de l’hebdomadaire ‘’Top Visages’’, Sécrédou s’est perfectionné au fur et à mesure. Une formation sur le tas « mais complète parce que, dit-il, je maîtrise tous les paramètres de la photographie. Mon appareil photo est devenu mon meilleur ami et j’ai confiance en lui ». Sans toutefois décrier la situation sociopolitique qui, aux dires de la ‘’Star’’ des photojournalistes, freine les travaux. « Ce que vit la Côte d’Ivoire est embêtant pour nous autres. Nous sommes des artistes et nous n’arrivons plus à nous exprimer », a deploré Sécrédou.
Amany Kakou, ex-photojournaliste sportif au journal ‘’Mimosa Magazine’’ parce que ‘’converti’’ à la culture s’inquiète également de l’avenir de cette profession mal jugée mais prometteuse en Afrique en général, et en Côte d’Ivoire en particulier. « J’ai 17 ans de carrière et il faut dire que ce métier m’a permis de connaître plusieurs pays. Quand on voyage, les gens nous respectent parce qu’ils savent combien le photographe est important. Mais, ici (Ndlr ; Côte d’Ivoire), ce n’est pas le cas. Pourtant, une seule photo peut faire vendre un journal, un magazine quand la prise est excellente. Mais tout cela est vilipendé. Les photojournalistes sont au bas de l’échelle hiérarchique et cela n’encourage pas », fait remarquer Amany. Pour lui, il est possible de bâtir son avenir grâce à la photo si on prend cela au sérieux. « Tout ce que vous pensez et ressentez aujourd’hui crée votre avenir », encourage Amany Kacou. Ce que soutient Dosso Villard, photojournaliste à L’Intelligent d’Abidjan. Aujourd’hui, chef du service politique, Dosso Villard fait savoir que malgré les risques et les difficultés, la photographie est et restera un métier noble. « La photographie, souligne Villard, englobe tout. C’est vrai que nous sommes les plus exposés mais, c’est un métier passionnant. Nous avons une place de choix. Nous sommes obligés d’être sur le terrain. Et nous pouvons prendre à la fois des photos et récolter les informations »a-t-il argumenté.
Réalisée par P. Tanoh


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