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Politique

Venance Konan (journaliste-écrivain) depuis Paris : “Si M. Ouattara compte sur l`UA pour arriver au palais présidentiel, il n`y arrivera jamais” "Zuma adhère au discours anticolonialiste de Gbagbo sans réfléchir"
Publié le lundi 7 mars 2011   |  Le Repère


Presse
© L'expression par Christian
"L’Expression" a célébré son 1er anniversaire à Grand-Bassam, dans le cadre somptueux du Koral Beach, les 3 et 4 juin 2010. Le séminaire initié à cette occasion, et qui portait sur le renforcement et l’enrichissement de son offre éditorial a été animé par des plumes de référence telles que Alfred Dan Moussa, Zio Moussa et Venance Konan (photo). Plusieurs personnalités étaient présentes: les ministres Ibrahim Sy Savané et Konaté Sidiki, Sa Majesté Nanan Awula Tanoé Amon, Roi des N’zima Kotoko et le député-maire Jean-Michel Moulod


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anticolonialiste de Gbagbo sans réfléchir"
Le journaliste écrivain Venance Konan estime que " c`est à M. Ouattara de trouver les moyens d`aller s`installer au palais ". Depuis Paris où il est en exil depuis quelques semaines, il dit ne rien attendre du panel de l`Union africaine (Ua).
L`Ua a reporté les " décisions contraignantes " du panel. Quel est votre commentaire ? Pourquoi l`Ua a reporté ses décisions ?
Je ne m`attendais à rien de la part de ce panel. L`idée même de sa constitution voulait dire que l`Ua, qui avait déjà reconnu la victoire de M. Ouattara était en train de faire du surplace, pour ne pas dire marche arrière, faute de s`engager résolument. Et puis, lequel des chefs d`Etat qui composent ce panel a la légitimité nécessaire pour imposer la démocratie dans un autre pays ? Peut-être le Tanzanien et Jacob Zuma. Mais ce dernier, en raison de l`histoire de son pays, voit tout en noir et blanc; dès lors que l`occident blanc prend position pour une personne, il prend celle de son adversaire. Il adhère au discours anticolonialiste de Gbagbo sans réfléchir, depuis que Thabo Mbeki est arrivé en Côte d`Ivoire et a vu des soldats français à l`aéroport. Je crois aussi que si ce panel avait été conséquent, il aurait annulé son voyage à Abidjan, dès lors que Gbagbo avait envoyé ses partisans empêcher Compaoré (qui a été désigné par ses pairs pour être membre de ce panel) d`atterrir à Abidjan. De plus, il est celui qui connaît le mieux le dossier.

Quelles sont, pour les Ivoiriens, les conséquences de ce report ?
Evidemment, chaque jour qui passe ne fait qu`accroître les souffrances des Ivoiriens et le nombre de morts et de réfugiés dans les autres pays. Je ne sais pas si l`Ua a conscience de cela. Je me demande même si certains Etats africains ne trouvent pas intérêt à ce que la Côte d`Ivoire soit totalement disloquée.

D`ici là, que vont faire les deux camps belligérants ?
Je crois que si M. Ouattara compte sur l`Ua pour arriver au palais présidentiel, il n`y arrivera jamais. Il faut qu`il trouve sa propre stratégie. Gbagbo, lui, essaie de tenir autant qu`il peut, même s`il sait que c`est désespéré. Mais pour lui, chaque jour gagné est une victoire.

Qu`attendez-vous aujourd`hui de l`Ua et en général de la communauté internationale ?
Je n`attends rien de l`Ua comme je vous l`ai dit. Obiang Nguéma, le président de cette organisation, qui est au pouvoir depuis plus de 30 ans, qui fait fusiller et torturer ses opposants peut-elle imposer la démocratie? Il ne faut pas rêver. Quant au reste de la communauté internationale, je crois qu`elle a fait ce qu`elle devait faire, à savoir reconnaitre la victoire de M. Ouattara et imposer des sanctions au cambrioleur Gbagbo. Mais pour le reste, c`est à M. Ouattara de trouver les moyens d`aller s`installer au palais. Il ne faut surtout pas que les Ivoiriens pensent que quelqu`un viendra faire ce travail à leur place. Je crois que l`erreur des partisans de M. Ouattara a été de croire que des Togolais, Sénégalais, Burkinabé, Français, Américains, Pakistanais ou je ne sais qui, viendraient mourir à leur place pour que leur démocratie vive.

Qu`est-ce que vous attendez des Ivoiriens d`une part et d`autre part, des deux leaders politiques Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo ?
Les Ivoiriens doivent savoir que leur libération de la tyrannie de Gbagbo est dans leurs seules mains. C`est à eux de se battre pour leur liberté. De Gbagbo, je n`attends plus rien. Il a décidé de brûler le pays parce qu`il s`est refusé à lui. C`est aux Ivoiriens d`accepter ou de refuser cela. Je voudrais dire aux partisans de Gbagbo que ceux que Gbagbo sacrifie, c`est aussi eux. La souffrance ne distingue pas le parti de chacun. Qu`ils regardent en eux-mêmes et répondent à la question de savoir si Gbagbo a réellement gagné l`élection, et si, même si cela avait été le cas, s`il a le droit de traiter leur pays de cette façon, rien que pour conserver le pouvoir. Aujourd`hui, Abidjan est dans le chaos total. Qui en souffre ? Tous les habitants d`Abidjan. Le pays est dans le gouffre. Mérite-t-il de payer un tel prix pour le pouvoir de Gbagbo et de sa clique ? Gbagbo s`en ira de toutes les façons. Mais, même s`il réussit à s`accrocher, même si la communauté internationale qui a d`autres priorités le laisse faire comme on l`a vu au Zimbabwé et ailleurs, dans quel pays vivront-ils, ces partisans de Gbagbo ? Dans un pays isolé du reste du monde, sous couvre-feu permanent, avec de la fausse monnaie, avec des jeunes patriotes drogués qui font la loi dans les rues, sans eau, sans électricité, sans emploi ? Qui viendra investir dans un tel pays ? Qu`ils regardent le Zimbabwé pour se faire une idée. Ils croient que la Côte d`Ivoire peut vivre en vase clos ? Qu`ils reviennent sur terre. Gbagbo les conduit à la mort.

Certains militants pro-Ouattara se disent découragés, voire déçus de la façon dont leur leader gère la lutte pour assumer pleinement ses fonctions. Comment comprenez-vous cette exaspération ?
Je comprends parfaitement l`exaspération des partisans de M. Ouattara. Je suis aussi exaspéré qu`eux et l`exil forcé auquel je suis contraint n`est pas de nature à me remonter le moral, même si j`ai plus de chance que ceux qui vivent au pays, c`est-à-dire sans l`angoisse d`être tué par un escadron de la mort ou par les jeunes patriotes. Mais je ne sais pas si M. Ouattara aurait pu faire autrement. Ici à Paris, j`entends tout et son contraire. J`entends tout le monde dire que Ouattara aurait dû faire ceci, qu`il n`aurait pas dû faire cela. Nous sommes comme à un match de football. Tout le monde sait mieux que l`entraîneur ce qu`il faut faire pour gagner. Je crois qu`il a sans doute trop compté sur l`extérieur. Et le camp de Gbagbo communique beaucoup. Ici, j`ai fait des débats avec Alain Toussaint, Calixte Béyala et Gaston Kelman, je suis passé sur plusieurs radios et télés, et j`ai une série de conférences à donner dans toute la France. On se bat aussi à notre niveau comme on peut pour faire éclater la vérité. Mais si la situation ne se débloque pas rapidement, si Gbagbo se maintient encore longtemps au pouvoir, l`opinion de nos populations qui vivent dans la misère et dans la peur de la mort pourrait basculer. Que M. Ouattara en tienne compte. Mais ce que j`entends le plus ici, même dans certains milieux que je pourrais qualifier d`officiels, c`est que c`est aux Ivoiriens de trouver la solution à leur problème. (…)
Laisser Gbagbo gouverner, c`est trahir la volonté de la majorité du peuple ivoirien. Il n`y a aucune raison pour que le gagnant laisse le pouvoir au perdant. Même par amour du peuple. Je comprendrais cela s`il y avait eu des doutes sur la victoire de M. Ouattara. Mais comment peut-on laisser Gbagbo qui a perdu l`élection gouverner encore un peuple qu`il tue chaque jour ? Aime-t-il ce peuple lorsqu`il coupe l`eau et l`électricité dans le Nord ? Ne nous leurrons pas. Il y a un groupe qui est arrivé au pouvoir par accident, qui a goûté à ses délices et est prêt aux pires crimes pour ne pas perdre ce pouvoir. Mais comme il est évident qu`il ne pourra pas le garder, il a décidé de pratiquer la politique de la terre brûlée. Alors, laisser Gbagbo gouverner sans se battre, c`est livrer le pays à la pire des dictatures.

Depuis quelques jours, un mystérieux commando dit invisible tient les communes d`Abobo et d`Anyama. Des communiqués contradictoires font état de ce que c`est le sergent-chef IB qui serait derrière ce commando. Vous avez déjà rencontré l`homme, croyez-vous qu`il pourrait effectivement être le chef ou le cerveau de ce commando ? Comment jugez-vous les actions de ce commando ?
D`où je suis, il m`est difficile de dire quoique ce soit sur ce fameux commando. Je n`ai aucune information en dehors des communiqués que je lis. Je ne sais rien de sa stratégie ou de ses intentions non plus. J`ose croire qu`il se bat pour le respect de la volonté du peuple ivoirien.

En fin de compte, comment voyez-vous l`issue de cette crise, autrement dit, quel avenir proche pour la Côte d`Ivoire et pour les Ivoiriens ?
Le sang est en train de couler, et j`ai peur qu`il ne coule encore pendant longtemps. Il n`a pas arrêté de couler depuis que Gbagbo est arrivé à la tête de notre pays. Tant que Gbagbo et ses tueurs seront libres d`agir, il coulera toujours. Je ne vois pas d`autre solution qu`une résistance populaire contre cette bande d`assassins. La liberté se paie au prix du sang.

Quand rentrez-vous au pays ?
Si j`étais resté au pays je serais mort à l`heure actuelle. Et tant que Gbagbo aura la liberté de tuer, ce serait imprudent de ma part de repartir au pays. Je serais exécuté dès mon arrivée. L`exil n`est pas facile, surtout lorsque l`on a tout laissé derrière soi. Mais je crois être plus utile à notre lutte en étant vivant ici plutôt que mort à Abidjan.
Interview réalisée au téléphone
par Prince Béganssou


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