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Politique

Côte d`Ivoire: le calvaire des déplacés à la mission catholique de Duékoué (Reportage)
Publié le vendredi 8 avril 2011   |  AFP


Crise
© Getty Images
Crise post-électorale : Des familles quittent leur domicile pour se réfugier à l`Eglise Catholique St Ambroise d`Angré


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DUEKOUE (Côte d'Ivoire) - "Elle n'a plus de force", constate un infirmier de Médecins sans frontières. Une femme de 96 ans, restée trois jours sans manger, a été transportée d'urgence dans la clinique installée par MSF dans la mission catholique de Duékoué (ouest de la Côte
d'Ivoire).
Quelque 30.000 personnes, restées parfois des jours sans manger,
s'entassent dans cette mission fuyant les violences dans cette ville, prise le
29 mars par les forces d'Alassane Ouattara, président reconnu par la
communauté internationale.
Selon le prêtre de la mission, Cyprien Ahouré, ces personnes, d'ethnie
guéré, ont trouvé refuge dans la cour de la mission d'une superficie de 900
m2, par peur de représailles.
Duékoué est le fief de l'ethnie guéré qui soutient majoritairement le
président ivoirien sortant, Laurent Gbagbo, dont les hommes n'ont pu empêcher
qu'elle ne tombe aux mains des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) de
Ouattara.
Sous un abri en toile plastique, Anaï Alphonsine, 50 ans, la tête appuyée
sur sa main, semble pensive: "nous n'avons pas mangé depuis deux jours. Mes
enfants sont de plus en plus faibles", dit-elle, les larmes aux yeux.
Dans cet espace surpeuplé, la chaleur est suffocante. Les déplacés
dégoulinent de sueur. "Nous sommes 22 membres d'une même famille à nous
entasser là", raconte Djurê Jean Patrice, père de famille de 51 ans.
Blaise Bohou Kala, 53 ans, se trouve dans la mission catholique depuis huit
jours avec sa mère, son père et ses six enfants. "Mon plus grand souci, ce
sont mes parents. C'est terrible de rester deux à trois jours sans manger",
dit-il.
Près de lui, un responsable de la Mission portant un carton de biscuits est
assailli par des personnes affamées. Il se débat pour se dégager et s'en sort
avec une chemise déchirée. "Je ne leur en veux pas. La faim leur a fait perdre
la raison", dit-il.
Tout autour, des enfants, ventres ballonnés et yeux creusés. "Leur père est
dans la forêt et je n'ai rien à leur donner", affirme une mère, Monké Ruth.
A ses côtés, Nina Oulai, avec son bébé âgé d'une semaine, dit avoir
accouché dans la forêt où elle se cachait.
La majorité des déplacés à la mission viennent de Carrefour, un quartier de
la banlieue sud de Duékoué, à une centaine de mètres de là, et théâtre de
tueries, avant, pendant et après la prise de la ville par les forces
pro-Ouattara. Avant leur arrivée, Carrefour abritait la base des miliciens
pro-Gbagbo de la région.
"Nous avons passé cinq jours en brousse. On buvait de l'eau sale et
mangeait du manioc frais. On était chassés avec des chiens par les allogènes
(ceux qui ne sont pas de la région, ndlr) dont des Burkinabé qui se servaient
de torches la nuit. Des milliers de gens sont encore dans la forêt. Comment en
sortir sans se faire tuer ?", se demande Doué Justin, 23 ans.
Dans l'ouest ivoirien, au conflit politique s'ajoute celui entre
autochtones guéré (réputés pro-Gbagbo) et allogènes, étrangers ouest-africains
et d'autres tribus (considérés comme pro-Ouattara), un conflit souvent motivé
par des problèmes fonciers.
"C'était très dur dès le départ. Les gens affluaient de partout. On ne
savait plus où donner de la tête", affirme le Père Ahouré qui dit craindre un
"débordement".
"Les besoins sont énormes. Ils (les Guéré) sortent maintenant de la forêt
pour venir ici. Il faut sécuriser leurs villages pour qu'ils y retournent.
Pourquoi et qui ces personnes fuient-elles ?", s'interroge t-il.
Selon les Nations unies, plusieurs centaines de personnes ont péri dans des
massacres la semaine dernière à Duékoué où a été découvert un charnier qui
contiendrait 200 corps.

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