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Politique

Abobo, le déclencheur de la chute de Gbagbo
Publié le vendredi 29 avril 2011   |  Le Patriote


Crise
© Reuters par Luc Gnago
Crise post-électorale: Toujours des tirs à l`arme lourde à Abobo malgré les avertissements de la communauté internationale...
19 février 2011. Abidjan. Photo: Des manifestants dans le quartier d`Abobo


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Abobo, la martyre. Abobo, la résistante. Cette commune du District d`Abidjan aura réussi à inscrire son nom en lettres d`or dans le livre d`histoire des communes qui ont résisté à la dictature de la Refondation et contribué à la chute de Laurent Gbagbo. Retour sur les événements qui ont marqué la vie de cette commune qui a joué un rôle prépondérant dans la chute de Laurent Gbagbo.
On ne dira jamais assez que pendant que les différents prétendants à la Magistrature suprême préparaient les élections présidentielles, le président sortant, Laurent Gbagbo mettait en place une stratégie pour au mieux confisquer le pouvoir et au pire, déclencher une guerre civile atroce. Tout a commencé à 48 h du deuxième tour de l`élection quand le président sortant, Laurent Gbagbo, candidat à sa propre succession, décide de décréter un couvre-feu d`une semaine. Mais contre toute attente, ce couvre-feu sera prorogé pendant plusieurs jours après le hold-up que lui et ses stratèges en technologie électorale ont perpétré. Ayant pris conscience de ce que les communes d`Abobo et d`Anyama sont des bastions du RDR et donc leurs populations acquises à la cause du candidat Ouattara, les Forces de défense et de sécurité à la solde de Gbagbo y font des descentes musclées de façon régulière, dans le but de les réduire au silence. Les miliciens du régime illégitime entrent en scène. Dans la journée, des rafles systématiques sont opérées. La nuit tombée, avec la complicité des agents de l`ordre, les miliciens procèdent à des enlèvements d`innocentes personnes qui ne reviennent plus. Des crimes crapuleux. Les populations sont alors prises entre deux feux. Les miliciens et les soldats qui sont sans pitié pour elles. Alors, pour se défendre, elles organisent ce qu`on a appelé «les opérations casseroles» qui consistent à faire beaucoup de bruits avec les ustensiles de cuisine et tenir en éveil tout le quartier pour chasser les «tueurs de nuit». Ainsi sera rythmée la vie des populations d`Abobo pendant tout le mois de décembre 2010 et la première semaine de janvier 2011. La tension monte dans les quartiers des deux «communes rebelles». Peu à peu, les jeunes qui résistent aux assauts de militaires et mercenaires de Gbagbo prennent confiance en eux-mêmes. Dans les escarmouches avec les Forces de l`ordre, ils réussissent à leur arracher quelques kalachnikovs. Aussi, le groupe des «insurgés» s`agrandit. Et ce, jusqu`au 11 janvier 2011, quand les forces de l`ordre à la solde de Gbagbo appuyées de mercenaires, décident de mener une «opération de nettoyage » au quartier PK 18 d`Abobo, en prélude à un meeting que le chef des jeunes patriotes, Blé Goudé se propose d`y animer. L`opération de nettoyage qui a vu mobiliser une dizaine de chars et plus d`une centaine d`hommes, se solde par un fiasco total des sofas de Gbagbo. Officiellement, il y a eu 4 personnes tuées dont deux policiers là où des sources officieuses font état de plus d`une dizaine de sous-officiers tués. Le lendemain 12 janvier, le Gouvernement illégal de Gbagbo, dans sa volonté de museler les populations qui n`entendent pas se soumettre à son diktat, impose un couvre-feu à Abobo et Anyama. Ce couvre-feu sera sans cesse renouvelé. Le même jour, les Forces de l`ordre décident de venger leurs frères d`armes tombés la veille. Des moyens en armements et en hommes conséquents à la hauteur de la défaite cinglante de la veille sont déployés.

La population mobilisée derrière ses sauveurs

Sous couvre-feu, Gbagbo veut exterminer les populations d`Abobo. Les jeunes organisés en comités d`auto-défense opposent une farouche résistance. Les populations adhèrent à la lutte. Des personnes de bonne volonté leur offrent volontairement leurs voitures pour mener les opérations. Des femmes prennent en charge la cuisine pour la restauration des combattants. Des sages offrent leur service pour des conseils avisés de tout genre. La population est mobilisée derrière ses «sauveurs». Chaque famille vit la résistance. La vigilance est de mise. Ainsi, dans la nuit du 12 au 13 janvier, pour la première fois, des armes lourdes tonnent dans le ciel d`Abobo et d`Anyama. Le rond-point de la Mairie, est le théâtre d`affrontements meurtriers. Une demi-douzaine de cargos est détruite par les jeunes insurgés. Des dizaines de policiers et militaires sont tombés. Des véhicules de la BAE et du CeCOS et une importante quantité de munitions et d`armes sont emportés par le groupe des résistants d`Abobo. Pour la première fois également, l`on a évoqué le nom d`un «commando invisible». Abobo gagne le sobriquet de «Bagdad city» C`est l`onde de choc au niveau de toute l`armée de Gbagbo. Un sentiment de stupeur généralisé s`empare des combattants de Laurent Gbagbo. Le monde entier EST émerveillé par la capacité de résistance de jeunes gens organisés en comités d`auto-défense qui mettent en déroute une armée régulière. Des descentes fréquentes des soldats de Gbagbo dans les quartiers de Derrière- Rails, PK 18 sont constatées. Pendant ce temps, une opération d`envergure est en préparation.
Ainsi, le 22 Février, en début de soirée, les soldats et autres mercenaires à la solde de Laurent Gbagbo, déclenchent, après trois semaines de répit, une offensive d`envergure sur le quartier PK18, l`épicentre de la contestation est totalement bouclé. Le combat est rude et dure près de sept heures. De 14h à 21h, les soldats de Gbagbo pilonnent le quartier à la recherche disent-ils de «rebelles». Pour monter l`opération, les soldats de Gbagbo ouvrent deux fronts. Une colonne de chars part de Yopougon en empruntant la route de la prison civile tandis qu`une autre emprunte l`autoroute menant à Anyama. Les deux colonnes de véhicules blindés lourdement armés devraient prendre en sandwich le quartier pour neutraliser «l`ennemi». Peine perdue. Au contraire, face à des combattants «mystérieux ou invisibles», c`est selon, les soldats de Gbagbo essuient une autre défaite cuisante. En dépit des renforts en hommes et en armements aux combattants de l`ancien président, «la citadelle ne tombe pas». Le bilan est également très lourd. Des témoins affirment avoir vu plusieurs cargos venir ramasser les corps des soldats pro-Gbagbo tués. Le moral des troupes de l`armée est gravement atteint Malgré cette défaite, les soldats de Gbagbo ne démordent pas. Ils continuent de faire des descentes sporadiques sur Abobo. Les populations sont traumatisées par des tirs à l`arme lourde qui se déroulent toutes les nuits. Mais, la commune continue de résister.

Abobo démystifie l`armée de Gbagbo

Dans la nuit du samedi 26 février au dimanche 27 février, les insurgés d`Abobo sont informés d`une énième offensive en préparation contre le quartier PK18 via le quartier Céleste, Terminus de bus 52. La stratégie des hommes de Gbagbo, a-t-on appris, était de passer par la forêt du Banco pour surprendre « l`ennemi ». Des affrontements violents ont lieu. Les soldats de Gbagbo défaits prennent la poudre d`escampette et se réfugient dans la cour de l`émetteur de la RTI. Dans les échanges de tirs, une roquette tombe sur l`émetteur. La cabine technique part en fumée. Les dégâts matériels sont énormes ainsi que les pertes en vie humaine naturellement du côté de ceux qui ont attaqué le quartier. Le Gouvernement illégal de Gbagbo perd ainsi une manette importante de sa politique de propagande. Cette autre «victoire» amplifie l`emprise des jeunes gens sur la commune. Plus de deux mois que l`armée de Gbagbo tente en vain de reprendre Abobo et Anyama aux mains de jeunes insurgés. Désormais, ceux-ci ont à 80% le contrôle d`Abobo. Abobo et Anyama deviennent une véritable problématique pour le régime sortant. Les soldats en sont de plus en plus affectés d`autant qu`au cours d`un rassemblement, des éléments font savoir à leur hiérarchie qu`ils n`iront plus dans ces deux communes sans les officiers. Dans son ensemble, l`armée de Gbagbo est déroutée voire démystifiée. Elle se pose des questions. Abobo ouvre ainsi la voie de la résistance des Ivoiriens à la dictature de Gbagbo et celle de la sagesse à l`Armée qui, désormais, n`a aucun intérêt à se battre pour quelqu`un auquel le peuple a retiré sa confiance à travers son vote.

Le martyre des femmes

Pendant ce temps, les populations continuent à fuir Abobo. Les Forces de l`ordre ne sont pas en reste. Les uns après les autres, les commissariats de police baissent pavillon. La brigade de Gendarmerie en fait autant. On en était là quand les femmes de la commune décident d`organiser une marche pacifique pour réclamer le départ de Gbagbo et le retour de la paix. Jeudi matin, une foule de femmes, de tout âge, quitte Avocatier, emprunte la route du camp commando. Elles passent devant le camp sans incident. Ces braves dames qui, des balais en main, qui, des branchettes qu`elles brandissent en signe de paix, lancent des quolibets à l`endroit de Gbagbo à qui elles demandent de quitter immédiatement le pouvoir qu`il usurpe depuis trois mois. Le tout dans une ambiance d`allégresse. Au fur et à mesure qu`elles approchaient le rond point de la mairie, lieu du meeting, leur nombre grossissait. Par vagues successive, en provenance de tous les quartiers, PK18, Sagbé, Samaké, Anador, Marley, etc. les femmes déferlaient en direction du lieu du rassemblement. L`autoroute est noire de femmes. Les quelques hommes présents aux bords de l`autoroute, applaudissent et saluent le courage des femmes. Personne n`imaginait qu`un drame aussi horrible que terrifiant allait se produire dans les minutes qui suivraient. En effet, peu avant le drame, deux chars en provenance de la gendarmerie, dépassent un premier groupe de femmes au peu avant la mairie, puis un deuxième groupe avant le carrefour Banco. Ce groupe de femmes ralliait la place de la mairie. A quelques mètres de la foule de femmes, ils tournent leurs canons, les pointent sur elles et ouvrent le feu avant de prendre la fuite en direction d`Adjamé. La scène est horrible et les dégâts énormes. Six femmes meurent sur le coup tandis que des dizaines d`autres sont blessées. C`est la désolation totale. Aucune âme sensible ne peut retenir ses larmes. Les pleurs et cris de désolation fusent de partout. C`est un jeudi qui restera à jamais gravé dans la mémoire collective des Ivoiriens en général et des habitants d`Abobo en particulier. Le président américain, Barack Obama, n`a pas eu tort de qualifier cet acte odieux de «faillite morale». Dans sa volonté funeste d`exterminer les populations, Gbagbo emploie désormais de grands moyens contre les civils. Ainsi, jeudi, 17 mars, aux environs de 11 H 30mn, les mercenaires retranchés au camp commando d`Abobo lancent une offensive contre les populations civiles, estimant qu`ils ont été attaqués par les membres du «commando invisible». Du camp, ils balancent près d`une dizaine d`obus de longue portée (2 à 5 km) à partir des chars de combat. Ces obus tombent au quartier derrière-Rails, à la gare UTB d`Abobo, au marché. Le bilan est très lourd. On dénombrerait une trentaine de morts et des dizaines de blessés. L`obus tombé derrière la gare UTB aurait fait à ce seul lieu, douze (12) morts et une vingtaine de blessés. Des corps déchiquetés, des blessés graves, la scène est insoutenable. C`est un vrai carnage. Ce massacre ne décourage point les combattants d`Abobo qui réalisent un exploit le 25 mars. Ce jour-là, les jeunes insurgés, à la suite d`un combat acharné, réussissent à arracher deux chars aux hommes de Gbagbo. La libération d`Abobo que Gbagbo attendait avant de s`adresser à la Nation ne viendra jamais. Même l`engagement du Col Boniface Konan, comandant du théâtre des opérations ne changera rien à la donne.
Ibrahima B. Kamagaté


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