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Comment réussir le pari de la réconciliation - Le gros chantier qui attend Banny
Publié le vendredi 6 mai 2011   |  L'Inter


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© Getty Images
Institutions: le premier ministre Charles Konan Banny présidera la Commission Vérité-Réconciliation
Photo: l`ancien premier ministre Charles Konan Banny


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Après la guerre, la réconciliation. Depuis quelque temps, on ne parle plus que de réconciliation. On réconcilie à coups de mots, pour ainsi dire. La réconciliation, pourtant ne se décrète pas. Elle ne s’obtient pas à coups de baguette magique. « Il n’y a pas de solution miracle », a du reste prévenu l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, qui a séjourné récemment à Abidjan, pour faire partager aux Ivoiriens l’expérience de son pays en matière de réconciliation. Par delà l’enthousiasme que suscite ce désir de réapprendre à vivre ensemble après l’absurde guerre, il faudra se donner les moyens de réussir ce pari en s’inspirant notamment des échecs du passé. En effet, les derniers événements que vit le pays montrent bien que la réconciliation est un bien fragile, une quête continue. Au lendemain du contentieux électoral opposant les deux candidats à l’élection présidentielle, il a été constaté que les antagonismes et autres animosités intercommunautaires supposés dissipés, ont refait surface. On a vu des populations, qui semblaient vivre en bonne intelligence après des années passées à parler de réconciliation, se dresser les unes contre les autres. Les plaies que l’on croyait pansées voire cicatrisées, se sont brusquement rouvertes, comme si l’on n’avait pas consacré quantité de cérémonies à réconcilier les populations après de profondes divisions sociales. Durant une décennie, un ministère de la Réconciliation, sous la houlette du Pr Dano Djédjé, s’est attelé à recoudre les morceaux. On a régulièrement vu à la télévision, des populations de plusieurs localités du pays fumer le calumet de la paix, devant la camera. Même l’Onuci s’y est mise. Elle a prêché la nécessité de vivre ensemble à travers les contrées les plus reculées du pays. Mais à quoi avons-nous assisté dès qu’a éclaté la crise post-électorale ? Comme un château de cartes, le mur de cette réconciliation qu’on a passé des années à construire, s’est effondré. Il y a donc lieu de tirer les leçons de ce fiasco. Tout comme il faudra tirer les leçons de l’échec du Forum de réconciliation organisé d’octobre à décembre 2001, juste après l’accession au pouvoir de Laurent Gbagbo. Après plus de deux mois de grand oral, ce Forum avait accouché de résolutions qui n’ont pas été traduites dans les actes. Résultat : ce Forum dit de réconciliation ne nous a pas évité la tentative de coup d`Etat du 19 septembre 2002 muée en rébellion. Au moment où l’on s’apprête à remettre ça, il importe de tirer tous les enseignements de ces expériences ayant connu des fortunes diverses. C’est déjà bon de prendre conseil auprès des sages de « Elders », au nombre desquels l’archevêque sud-africain, Desmond Tutu, qui a présidé la Commission vérité et réconciliation mise sur pied dans son pays après des décennies d’apartheid. Pour avoir souffert des exactions de toutes sortes sous ce régime discriminatoire, l’Afrique du Sud nous sera d’une grande utilité. Tout comme on aura besoin de s’enrichir de l’expérience rwandaise. Après le génocide de 1994 consécutif à une guerre civile, le Rwanda de Paul Kagamé est en train de panser les plaies, tant bien que mal. Son expérience pourrait nourrir l’initiative ivoirienne. Par delà tout, il faudra surtout que la Commission dialogue, vérité et réconciliation aborde, sans faux fuyant, les questions de fond qui ont déchiré les Ivoiriens durant près de deux décennies : la nationalité et l’ivoirité, l’immigration, le foncier rural, les crimes engendrés par les violences sociopolitiques depuis les élections de 2000. Ces travaux devront mettre l’accent sur les échanges entre les acteurs, l’aveu des forfaits commis et la sincérité des engagements, pour éviter de retomber dans les travers du Forum de réconciliation de 2001. Enfin, il faudra, au-delà de la période impartie à la Commission dirigée par Charles Konan Banny, s’employer à semer dans la durée cette réconciliation au sein des communautés. Ce sera d’ailleurs le champ d’application de toutes les déclarations de bonnes intentions arrêtées durant les travaux de la Commission. C’est de la capacité à réussir ce volet de la réconciliation que dépendra le succès de cette entreprise.
Assane NIADA

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