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Plus d’un mois après la chute de l’ancien chef de l’Etat : Comment Mama vit l’après Gbagb
Publié le lundi 30 mai 2011   |  Le Patriote




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C’est un village comme il en existe partout en Côte d’Ivoire. Avec ses cases en banco, ses herbes et ses quelques bâtiments construits en briques. Mama, le village de l’ancien chef de l ‘Etat Laurent Gbagbo, dont la chute est intervenue le 11 avril dernier, n’a vraiment rien de bien différent avec les autres que nous avons traversés depuis Gagnoa en passant par Ouragahio. Sur le tronçon, un constat saute aux yeux. Les différents villages traversés, du moins la plupart d’entre eux, sont très calmes. Peu de personnes sont visibles dans les ruelles et sur les pistes qui conduisent dans les champs. Plus l’on avance vers Mama, plus l’on se rend compte que les villages se sont vidés de leurs populations. C’est le cas de Karahi et de Bodocipa, situés juste à quelques encablures de l’ex-village présidentiel. Lorsque nous arrivons à Mama, sous un soleil de plomb, nous ne sommes pas étonnés par ce que nous constatons. Une jeune fille qui habite le village et qui y retourne après des courses à Ouaragahio, nous averti : «Ah ! Vous allez à Mama? Il n’y a rien d’extraordinaire à voir là bas maintenant. D’ailleurs lorsque Gbagbo même était président, le village n’a pas vraiment changé, sauf que chaque week-end, il y a du monde qui y venait.» Dans le véhicule qui nous y conduit, la jeune fille qui dit se prénommer Angeline est mère de deux enfants. Une fille et un garçon, respectivement âgés de cinq et trois ans. Pendant ce temps, le vieux véhicule tout rouillé pris en location et à bord duquel est monté la jeune fille en question, après avoir presqu’en larmes soutenu qu’il fallait qu’elle rentre au village mais que son transport ne le lui permettait pas, avale les quelques kilomètres qui séparent la commune de Ouragahio de Mama. Le conducteur, un jeune homme, teint noir, vêtu d’un tricot vert défraichi et d’un pantalon dont on ne sait s’il porte encore la couleur d’origine, tant sa propreté est douteuse, a une parfaite maîtrise du tronçon. Sa conduite est facilitée par la qualité du bitume et par conséquent, roule à vive allure: «Ne t’inquiète pas mon ‘’vié’’, je gère» lance-t-il entre deux bouffées de cigarette. A Karahi, village situé juste à deux kilomètres de Ouragahio et à moins d’une dizaine de kilomètres de Mama, le conducteur salue et sympathise avec les éléments des FRCI qui y tiennent un corridor. Ici, le contrôle est strict. Il faut montrer patte blanche pour continuer son chemin surtout si vous allez dans le village de Gbagbo.

Le village de Gbagbo bien sécurisé

Fouille minutieuse du coffre du véhicule et de l’intérieur de la voiture, vérification de pièces d’identité et surtout, il faut avoir une bonne raison de se rendre à Mama. Si vos explications ne sont pas convaincantes et que les éléments des FRCI ne sont pas rassurés, ils vous font faire demi-tour sans état d’âme.

C’est le cas des occupants d’un véhicule de type 4X4 de couleur rouge avec à son bord, trois personnes. En provenance de Sinfra, et parvenus au corridor, ils se prêtent au contrôle de routine: «Où allez-vous ?» leur demande un des éléments des FRCI armé d’une kalachnikov. «On va à Mama,» répond celui qui est volant. Pendant que le véhicule s’apprête à poursuivre son chemin, un des chefs qui suit la scène un peu plus loin, lance à nouveau, cette fois-ci en direction du jeune soldat : «Ils disent qu’ils vont où?» Et le même conducteur de la 4X4 de répondre: «On va à Bodocipa.» Grand étonnement de celui qui l’a contrôlé: «Mais, tu viens de me dire que vous alliez à Mama. Et tu dis encore que tu vas à Bodocipa.» Ceci pousse celui qui semble être le chef de poste à s’approcher du véhicule et à toiser du regard les trois occupants : une petite discussion s’engage entre les deux parties.

-«Vous partez où au juste?»

Réponse du même conducteur : «On va voir un acheteur de produits à Bodocipa.»

-Comment s’appelle-t-il ?

Il ne dit pas le nom de l’acheteur de produits, mais se met plutôt à le décrire.

-Comment tu peux aller voir quelqu’un dont tu ne connais pas le nom? lui lance le responsable militaire

-J’ai oublié son nom, sinon je le connais

Pas du tout convaincu par leurs interlocuteurs, les FRCI demandent à leurs ‘’hôtes’’ de rebrousser chemin. Ce qu’ils font sans perdre une seule seconde. Quelques minutes plus tard, nous voilà à Mama.

La jeune fille revient à la charge : «C’est Mama qui est là comme ça», dit-elle avant de descendre du véhicule qui vient juste de garer à la place publique qui sert par la même occasion de gare routière. Le soleil darde ses rayons impitoyables sur le village. Assis sous un hagard de fortune, vêtus certains de chemises pagne et de tricots de corps pour d’autres, un groupe de villageois devisent. La mine patibulaire, la demie dizaine de sages que nous avons salués répond en chœur. Surtout, ne leur demandez de se prononcer sur ce qui s’est passé le 11 avril dernier. Ils ne diront rien. «Mon fils, si tu es de notre coutume et tradition, tu dois savoir que ce qui nous est arrivé est un malheur. Et en pays bété, lorsqu’il y a un malheur, on pleure. Laisse-nous pleurer», philosophe un d’entre eux qui a insisté pour garder l’anonymat et n’a pas souhaité être pris en photo. A la question de savoir s’il est possible de rencontrer le chef du village et d’échanger avec lui, motus et bouche cousue pour les sages. Nous comprenons alors que les ‘’vieux’’ n’entendent pas de sitôt se prononcer sur la chute de leur ‘’fils’’. Lorsque nous prenons place dans un restaurant de fortune pour commander de la nourriture, un jeune qui, sans doute, a suivi la conversation avec les ‘’vieux’’, nous rejoint. A son tour, il nous fait savoir que la chute de Gbagbo a surpris les populations et qu’elle est même mal acceptée par certains. Pour lui, les FRCI ont respecté la dignité du village : «Comme vous pouvez le constater vous-mêmes, il n’y a pas de présence des FRCI dans le village. Ils sont basés à Karahi et souvent, ils font des incursions ici pour voir comment se passent les choses, sinon, ils ne sont pas en permanence ici. Je pense personnellement que c’est une bonne chose,» avance-t-il : «(…) Mama n’a vraiment pas été touché. Dans la région de Gagnoa, aucun village n’a été rasé. A Mama même, évidemment, vous savez, la misère est grande. Bien que les gens aiment Gbagbo, dès l’instant qu’une porte est ouverte, l’on y entre. Il est donc arrivé aux gens de Mama de piquer ça et là, des choses chez Gbagbo. Mais les militaires, en passant ont eu des consignes.

Mama et le pardon

Ce serait trop gros d’aller faire sa vengeance à Mama. Au contraire, ils ont donné tort à tout le monde. Mama n’a pas été touché,» confiait un fils de la région, Louis Dacoury-Tabley, dans un entretien accordé au Patriote et publié le jeudi 19 mai dernier. En effet, lors de notre passage dans ce village, une semaine plus tôt, c’est-à-dire le jeudi 13 mai, notre interlocuteur l’avait déjà souligné. Il soutient que Mama a eu la chance de n’avoir pas connu ce qui s’est passé dans certains villages bété. Dans le village de Gbagbo, l’école primaire Henri Emmanuelli, reste toujours fermée. Les travaux du dispensaire et de l’église catholique, ainsi que de certains bâtiments en construction se sont arrêtés. La brousse commence petit-à-petit à envahir le goudron rétrécissant par la même occasion, la voie principale bitumée qui mène dans le village de sorte que la pancarte qui se trouve à l’entrée est envahie par les hautes herbes. Dans Mama même, seule la tombe du père de l’ancien chef de l’Etat, Koudou Zèpè Paul, qui se trouve au beau milieu du village, parce que justement située à cet endroit-là, est bien visible. Tout comme sa grande et impressionnante demeure qui se trouve à quelques mètres de là. La résidence de l’ancien chef de l’Etat a fière allure. La clôture s’étend sur des kilomètres et le portail vert foncé est hermétiquement fermé. Qui a donc dit que la maison de Gbagbo et son village avaient été pillés? «On a eu vraiment peur, très peur même dès les premiers jours où la région a été prise. Nous nous sommes réfugiés dans la brousse. Mais à présent, la peur est passée. Les responsables des FRCI nous ont sensibilisés et petit à petit, nos parents commencent à quitter les champs pour le village». En tout état de cause, les ‘’parents de Gbagbo’’, passée la tempête, sont disposés à s’inscrire dans la logique de la réconciliation prônée par le nouveau chef de l’état. «Ici, nos parents et nous-mêmes les jeunes sommes pour la réconciliation. Les vieux ne ratent pas les réunions qui se rapportent à la réconciliation. Toutes les fois qu’ils ont été appelés ou approchés pour ce genre de rencontres, ils ont effectué le déplacement ou ont accueilli les émissaires venus pour le faire. On ne peut pas construire un pays dans la rancœur», raconte le jeune. Comme les ‘’sages’’ du village, celui-ci n’a pas voulu, lui non plus être pris en photo. Un des fils de la région, Abel Djohoré est arrivé à Mama, «avec à la bouche, des mots apaisants. Il a demandé aux parents non seulement de quitter les forêts, mais aussi et surtout de rendre les armes que détenaient certains villageois», se souvient notre interlocuteur. Ce qui a été fait. Le chef du village, selon le Lieutenant Diomandé Vassezé, commandant des FRCI, a rendu quelques armes. Mais le premier responsable des FRCI dans la région du Fromager est convaincu, selon les informations en sa possession, que des armes circulent encore dans certains villages. C’est pourquoi, il exhorte les uns et les autres à les rendre avant que ses éléments et lui ne procèdent à «désarmement de force». Car, «un villageois ne travaille essentiellement qu’avec la machette et la daba. Si d’aventure, on voulait améliorer leurs conditions de travail, ce sont des tracteurs ou d’autres machines qu’on devrait leur donner. Cela n’a pas été fait. Donc, je leur ai clairement signifié que les armes ne leur appartiennent pas. Elles appartiennent à l’armée». Dans le village, les jeunes s’adonnent à des parties de jeu de cartes et de dames : «C’est notre seul moyen de divertissement,» justifie notre interlocuteur. Quant aux jeunes filles, elles se débrouillent comme elles peuvent en vendant de l’alloco, du poisson ou des œufs pour assurer le quotidien. Certes, les boutiques tenues pour la plupart par des ressortissants de la sous-région sont ouvertes, mais les maquis et autres restaurants qui donnaient à ce village ses allures de petite ville lorsque Gbagbo était aux affaires, ont tous fermé. Moins de deux mois seulement après la chute de l’ex-chef de l ‘Etat, son village est redevenu le faubourg qu’il était, caché quelque part, dans la sous-préfecture de Ouragahio. Yves-M. ABIET

Envoyé spécial à Mama

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