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L’archevêque Desmond Tutu : «La réconciliation implique la repentance»
Publié le mercredi 1 juin 2011   |  Nord-Sud


Annan,
© Getty Images
Annan, Tutu et Robinson rendent visite à Gbagbo à Korhogo
Les membres du groupe dit des Elders (Anciens) Kofi Annan, Desmond Tutu et Mary Robinson, sont arrivés lundi matin à Korhogo, dans le nord de la Côte d`Ivoire, pour rencontrer le président ivoirien déchu Laurent Gbagbo, placé en résidence surveillée


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En 1976, Desmond Tutu fut consacré évêque du Lesotho, une enclave indépendante d'Afrique du Sud; et en 1978, il accepta le poste de Secrétaire général du Conseil Sud-Africain des Eglises (Sacc). Le 16 octobre 1984, Desmond Tutu reçut le prix Nobel de la Paix. Après l'abolition de l'apartheid, il fut nommé président de la Commission ‘’Vérité et Réconciliation’’.


Le religieux sud-africain était membre de la délégation des Elders qui est venu soutenir l’œuvre de réconciliation du président Alassane Ouattara. Pour éclairer cette période importante de l’histoire de la Côte d’Ivoire, nous vous proposons une interview qu’il a accordée le 23 février 2007 à Aztag Daily, journal arménien publié au Liban.
Comment définiriez-vous "réconciliation" et "pardon" ?

La réconciliation peut être définie de différentes manières: la réconciliation politique : c'est un concept qui implique une volonté d'ex-ennemis et adversaires de s'engager l'un et l'autre, par des discours publics et des prises de décisions politiques, à entreprendre la résolution de ces problèmes susceptibles de déchirer la société. Ainsi, il implique la confiance, la cohésion sociale, et une décence commune.

La réconciliation personnelle impliquerait naturellement davantage. Elle exige la reconnaissance, la repentance, et la volonté de s'occuper de ce qui est souvent profondément enfoui dans des formes de trauma, d'animosité personnelle et de préjudice personnel.

Le pardon est la restauration de la relation. Si je vole votre stylo, je dois reconnaître le tort que je vous ai fait, et vous demander pardon. Il ne suffit pas pour vous de me pardonner – en plus d'accepter votre pardon, je dois vous rendre votre stylo. Cela implique une volonté de part et d'autre de s'étreindre à un niveau profond et spirituel, et ce faisant, de rejeter le passé derrière soi.

D'après votre expérience de chef religieux et en tant que président de la Commission d'Afrique du Sud Vérité et Réconciliation, y a-t-il un lien entre la vérité, le pardon et la réconciliation ?

Manifestement, il est difficile de s'engager soit dans la réconciliation, soit dans le pardon, sans s'investir personnellement dans la recherche de la vérité et sa reconnaissance. Si nous ignorons et ne reconnaissons pas la nature du conflit, nous ne sommes pas en position de considérer ni la réconciliation ni le pardon.

Le Dalaï Lama a dit que "la résolution des conflits, spécialement de ceux qui ont leurs racines dans le passé, ne peut être réalisée que sur la base du pardon. Pardonner ne veut pas dire oublier". Quel est votre point de vue à ce sujet ?

Quelqu'un a dit un jour que les exterminateurs ont une faculté d'oublier, et les victimes ont la malédiction d'une bonne mémoire. Il n'est jamais possible d'oublier un trauma et des souffrances. Il est possible toutefois de s'engager à mettre cela de côté, afin de se préparer à ne pas chercher à se venger, ni à faire preuve d'une animosité excessive.

La vérité peut-elle être étouffée par la violence ?

La vérité est à la fois têtue et résistante. Elle ne peut pas être réduite au silence indéfiniment. Soit nous composons avec elle d'une manière responsable, soit elle se manifestera d'elle-même d'une façon perturbatrice, alors que l'on s'y attend le moins. La vérité est souvent masquée par la crainte. L'histoire nous montre que la vérité a pu dormir pendant un certain temps, mais que finalement elle a transcendé toute tentative de suppression. Effectivement, l'injonction biblique est vraie: c'est la vérité, et la vérité seule, qui nous rendra libres.

Source : Aztag Daily

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