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Interview / Général Kili Fagnidi Fiacre ( Directeur Général de l’ONPC) : “Abidjan a un véritable problème d`assainissement”
Publié le samedi 25 juin 2011   |  Le Patriote




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La saison pluvieuse bat son plein en Côte d'Ivoire avec son cortège de dégâts et de victimes. A ce jour, le bilan fait état de neuf morts. Dans cet entretien, le Directeur Général de l'Office Nationale de la Protection Civile explique les différentes actions à mener afin de réduire au maximum le nombre de décès au cours de cette saison pluvieuse.
Le Patriote : Comment se porte le plan ORSEC ?
Général Kili Fiacre : Le plan ORSEC se porte bien. Ce plan qui est l'Organisation de la Réponse pour la Sécurité Civile face aux catastrophes est en œuvre dans le district d'Abidjan. Nous sommes en train de l'exécuter pour le bonheur de notre population.

LP : Nombre d'Ivoiriens soutiennent qu'ils ne voient pas ce que vous faites concrètement sur le terrain, ils disent que vous agissez comme des médecins après la mort…
GKF : Nous ne voulons pas être des médecins après la mort, nous anticipons. Ce, en attirant l'attention des administrations compétentes sur ce qu'il y a lieu de faire pour réduire les conséquences des pluies diluviennes. Lorsqu'il y a des voies à aménager, les habitations à reconstruire ou à démolir, nous attirons l'attention des autorités compétentes. L'Office National de la Protection Civile (ONPC) est un outil de Conseil non seulement au gouvernement, mais aussi pour les différentes administrations sur les mesures à prendre. L'ONPC n'a pas de moyens de coercition et de pouvoir d'agir dans certains domaines. Lorsque nous décidons par exemple d'une opération de curage de caniveau pour le bien-être de la population civile, nous ne pouvons le faire qu'avec la collaboration des communes. Et sous la supervision des préfets. Donc, nous ne sommes pas là seulement pour attendre qu'il y ait des catastrophes. Cette année, M. le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko nous a instruits dans ce sens. Pour être plus précis, chaque année, c'est à partir du mois d'avril et en prévision des saisons de pluie qui généralement interviennent en mai, juin et juillet, que nous alertons les différentes administrations. C'est vrai qu'on ne peut pas éviter le phénomène de pluie, mais au moins, on peut réduire ses effets. Nous pouvons faire en sorte qu'il y ait moins de morts, moins de routes abîmées par les pluies si les caniveaux sont faits à temps. Nous pouvons aussi préserver des vies humaines. Car, c'est l'objectif du gouvernement, faire en sorte que les Ivoiriens ne meurent pas à la suite des pluies.

LP : Quels sont les conseils d'usages à l'endroit des populations en cette saison pluvieuse ?
GKF. : Des spots vont passer certainement à partir d'aujourd'hui à la télé pour indiquer aux populations la conduite à tenir. C'est vrai, il y a des caniveaux qui transportent les eaux usées jusqu'à leur destination finale. Mais aussi, il y a des conseils d'usage quand on est dans sa propre maison. Lorsqu'on a construit au pied d'une colline, et qu'il y a un éboulement, un glissement de terrain, comment devez-vous vous comporter ? Il faut monter sur des talus. Et lorsque votre maison est dans un bassin d'orage, il faut déménager. Lorsque vous êtes dans votre maison et que vous êtes envahi par les eaux, il y a des réflexes que vous devez avoir : couper l'électricité, déguerpir des installations anarchiques, évacuer les nids de passage des eaux. Ce sont des messages que nous envoyons à la population et nous souhaitons vivement qu'ils soient entendus.

LP : Où en êtes-vous avec les sites de recasement des déguerpis ?
GKF : Il y a un phénomène sociologique et c'est très difficile de déplacer les populations. Finalement au bout de la chaîne, en lieu et place des sites de recasement, beaucoup de personnes, l'année dernière, ont été accueillies par des familles, le temps que passe la saison des pluies. Certains sont allés au village, d'autres sont restés là pour de bon et d'autres continuent de tourner autour de leurs anciens sites.

LP : Quand en est-il des dédommagements des déplacés de l'année dernière ?
GKF : On n'a pas parlé de dédommagement l'année dernière. On a parlé plutôt de mesures d'accompagnement.

LP : En quoi consistait cette mesure ?
GKF : La mesure d'accompagnement consiste pour le gouvernement de l'année dernière à aider les populations qui ont été déguerpies du fait des risques que présentait leur zone d'habitation à avoir un autre logement. Donc un concours financier leur a été apporté. La préfecture de région des Lagunes, préfet du département d'Abidjan, a coordonné cette activité. Des familles ont été recensées, près de 6.000 familles étaient implantées dans les zones à risque. On leur a remis de l'argent pour les aider à avoir d'autres logements. C'est ce qui a été fait. Sinon, ce ne sont pas des dédommagements en tant que tels.

LP : Combien chaque famille a-t-elle perçu ?
GKF : Chaque famille a perçu 100.000 FCFA l'année dernière. Puisqu'une étude menée au niveau de la préfecture a permis de savoir que la plupart de ces familles déguerpies occupait des logements de bas prix. Du moins, des maisons de fortune. Ils payaient la maison 15.000 F à 20.000 FCFA par mois. En leur remettant la somme de 100.000 FCFA, ces familles avaient la possibilité de payer par exemple 3 mois de loyer et 2 mois de caution pour s'installer.

LP : Les populations qui ont été déguerpies l'année précédente sont revenues sur les sites traditionnels. Quelles mesures prendrez-vous ?
GKF : Il n'y a pas d'autres mesures. Il faut les faire partir. Abidjan a un problème d'assainissement, nous pensons qu'il y a des départements techniques qui ont des attributions. Le ministère de l'Intérieur, en la matière, sera là pour les accompagner. Il faut que ceux qui ont en charge de l'assainissement prennent des décisions afin que les terrains non constructibles (terrains où on ne doit pas construire) ne soient pas habités. Je sais de quoi vous voulez parler, il y a le bassin du lycée technique. On a déguerpi des gens, aujourd'hui au vu et au su de tout le monde et personne ne réagit. Et quand il va avoir une catastrophe, on va alerter toutes les administrations. En son temps, l'ONPC a dressé un courrier au ministre de la Construction pour attirer son attention. Ça, c'est notre rôle ! Mon collaborateur le Lieutenant Kéké (responsable du département de la Prévention et de la protection de la population) avait traité ce dossier. Nous leur avons écrit pour leur dire de faire très attention et d'ouvrir les yeux sur le dossier. Ils avaient parlé de la construction d'un stade de Basket pour l'Afro Basket 2011, on a nettoyé le site et après, ce sont des habitations de fortune qui sont en train de pousser. On n'a pas encore eu de réaction jusqu'à ce jour. Mais, nous avons écrit l'année dernière, et nous allons retrouver les courriers pour les relancer. Parce que la question devient préoccupante.

LP : Quelles sont les zones à risques recensées cette année ?
GKF : Les zones à risques sont les mêmes que nous avons recensées l'année dernière. Le jeudi dernier, il a plu abondamment à Abidjan, tout comme depuis avant-hier nuit, il pleut. Les zones à risques se trouvent dans la quasi-totalité des quartiers d'Abidjan. A Cocody par exemple, on a des zones à risques : à Gobelet, vers Attoban, il y a un quartier qu'on appelle Boston. Avec la pluie d'avant-hier, la Riviera 3 était inaccessible. Yopougon est coupé d'Abidjan à cause de l'eau. Mais, le quartier où on a recensé le plus grand nombre de sous-quartiers à risques est Yopougon. En 2009, lorsqu'on a enregistré 21 morts, les conséquences néfastes de la saison des pluies sont devenues une préoccupation du gouvernement. Chaque année, à la même époque, il y a un recensement qui est mené par la Préfecture d'Abidjan en collaboration avec les services techniques des différentes mairies et Yopougon seule totalise 28 quartiers à risques. Ces derniers temps, nous avons constaté à travers le Programme d'Urgence du Président de la République (PUP) que le District a déjà entrepris des travaux dans beaucoup de quartiers à risques qu'on trouve partout. Ne nous arrêtons pas seulement à Abidjan, mais il y en a également à l'intérieur du pays. L'année dernière, nous sommes allées à Agboville où le fleuve N'Gbo est sorti de son lit, emportant toutes les habitations qui étaient aux abords. A Duékoué aussi, une grande partie de la population a été victime d'inondations. La ville de Gagnoa a été coupée en 2 par les eaux. Avec l'autorisation du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, nous envisageons de faire des tournées dans ces localités pour sensibiliser les autorités préfectorales et les différentes communautés qui y habitent pour ne pas qu'elles aient l'impression d'être abandonnées et que tous les efforts du gouvernement se consacrent uniquement à la population abidjanaise. La Côte d'Ivoire n'est pas qu'à Abidjan.

LP : Quel est le bilan des dégâts depuis le début de la saison pluvieuse ?
GKF : Il pleut sur Abidjan et la Côte d'Ivoire depuis le mois de Mai. Les prévisions météorologiques nous indiquent que les pluies vont continuer jusqu'à mi-juillet. Il y aura une accalmie et les pluies reprendront en septembre. On a enregistré au plan humain, 3 décès à Attécoubé, le jeudi dernier (16 juin 2011) suite aux fortes pluies, il y a eu 4 décès à Abobo. Aujourd'hui (Ndlr hier) au quartier millionnaire à Yopougon, on nous parle de 2 décès. Au total, nous sommes à 9 morts début de la saison pluvieuse. En ce qui concerne les infrastructures, il y a des maisons qui sont détruites par les inondations. On a demandé au Préfet d'Abidjan, préfet des Lagunes de faire le point avec les services techniques pour qu'on puisse communiquer un chiffre exact. Sinon, il y a des voies, des maisons détruites. A titre de rappel, à la Riviera 3, précisément, à la rue ministre, des maisons et des véhicules ont été emportés. Nous voudrons saisir l'occasion pour lancer un appel au District d'Abidjan. Dans le cadre de son programme d'urgence, qui est en train d'être mis en œuvre, il faut y insérer la réfection de ces voies. Aujourd'hui, la rue ministre est impraticable. Il y a un an qu'elle a été endommagée. Et en un an, rien n'a été fait. Nous sommes en train de chercher à avoir l'état des dégâts matériels causés par l'actuelle saison des pluies.

LP : Quel plan avez-vous mis en place pour réduire les éventuels catastrophes en 2011 ?
GKF : Chaque année, il pleut. On ne change pas notre méthode de travail. Depuis avril, nous avons préparé notre plan d'intervention pour faire face à la saison des pluies. Et ce plan d'intervention comportait deux volets.

LP : Lesquels ?
GKF : Il y a des activités de sensibilisation des populations. Il y a le volet sensibilisation et le volet opérationnel. Par volet prévention, il faut entendre les différentes campagnes que nous menons à l'endroit de la population. Aussi, dans les différents quartiers et communes, y a t-il des rencontres avec la population et souvent elles sont à l'initiative des préfets. L'ONPC est un organe central. Pour l'instant, c'est le préfet d'Abidjan qui est très actif. Nous participons aux différentes réunions des quartiers pour indiquer à la population les conduites à tenir. Quant au volet opérationnel, la partie la plus visible, c'est le curage des caniveaux qui permet aux eaux pluviales de couler normalement, parce que quand l'eau est bloquée dans sa trajectoire, elle dévie et cela peut entraîner d'autres dégâts. Il y a aussi la mise en place des comités de gestion dans les départements pour permettre aux préfets d'avoir l'outil nécessaire pour faire face à la situation. En tout cas, nous sommes sur le terrain, nous sommes en contact avec les sapeurs pompiers. Comme la sécurité civile est l'affaire de tout le monde, nous ne nous contentons pas que de nos rapports seulement avec les pompiers. Dans notre position, nous appelons le préfet d'Abidjan pour savoir ce qui se passe dans le district d'Abidjan. Et nous sommes à l'écoute de toutes ces autorités qui nous représentent également à l'intérieur du pays. Nous prions pour qu'on enregistre moins de dégâts cette année. C'est vrai qu'on ne peut pas souhaiter qu'il ne pleuve pas. On a aussi besoin de la pluie pour développer notre agriculture. L'ONPC joue son rôle d'organe pluri disciplinaire, nous sommes en contact avec tous ceux qui interviennent parce que la protection civile est l'affaire de tous.

LP : Avez-vous les moyens pour accomplir efficacement votre mission?
GKF : Oui, l'ONPC a des moyens pour accomplir ses missions. Le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, a mis à notre disposition des moyens qui nous permettent de travailler. Aujourd'hui, nous sommes sur le terrain et nous travaillons. Vous voyez ce que fait le préfet d'Abidjan ? Avant-hier (ndlr, mercredi), il était à Koumassi, hier (ndlr, jeudi), à Attécoubé et à Adjamé pour voir les bassins d'orage. Les moyens dont ils disposent, sont les moyens que le ministre d'Etat a mis à notre disposition. Et que nous, en tant que organe central de la Protection Civile, nous mettons à la disposition des préfets pour qu'ils soient opérationnels sur le terrain. Et ces moyens qui nous parviennent par l'entreprise du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, ce sont les moyens que l'Etat de Côte d'Ivoire peut dégager pour la protection civile de sa population. Pour l'année 2011, à titre de rappel, le ministre Hamed Bakayoko a fait beaucoup pour qu'on ait les moyens financiers que le gouvernement a prévus. Par rapport aux années précédentes, le ministre d'Etat s'est impliqué personnellement et c'est lui qui nous a permis d'avoir les moyens. Aujourd'hui, je dis à mes collaborateurs que j'ai des fonds qui sont là. Envoyez-moi vos projets. Et nous allons nous mettre au travail. Nous sommes à la disposition de la population et nous souhaitons son implication pour sa propre protection. Chaque année, mes collaborateurs et moi mettons sur pied un plan d'action. Nous le concoctons à partir du mois de mars. Pour qu'il prenne effet début avril, tout le monde connaît la situation en Côte d'Ivoire. En Avril, nul n'ignore ce qui s'est passé dans le pays. C'est la raison pour laquelle cette année, c'est début mai que nous avons introduit notre plan et le présenté au ministre de l'Intérieur, et nous lui avons expliqué les causes du retard. Le ministre nous a soutenus. C'est pourquoi, nous travaillons très bien. Autrement dit, ce plan prévoyait depuis avril la mise en place de l'équipe de gestion des inondations dans chaque département et commune, la sensibilisation sur les effets des inondations et des dispositions à prendre. Le curage et le nettoyage des caniveaux et autres dispositifs d'assainissement. Le recensement des infrastructures pouvant abriter des sinistrés (foyers, écoles, stades…)
La mise à disposition des structures de gestion des opérations, des moyens de fonctionnement, la prise en charge des blessés et des sans abris, la réhabilitation des zones à risques. La protection civile est l'affaire de tous.
AC

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