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Interview /Traoré Wodjo Fini (Coordinateur de la COSOPCI) : “Nous n’accepterons jamais qu’un pays africain serve de base-arrière pour détruire la Côte d’Ivoire”
Publié le samedi 30 juillet 2011   |  Le Patriote




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La crise postélectorale est bel et bien derrière les Ivoiriens. La société civile a joué un rôle déterminant dans cette crise. Dans le processus de réconciliation en cours, elle est également décidée à prendre sa place. Nous avons récemment rencontré l’un de ses principaux acteurs, M. Traoré Wodjo Fini, coordinateur de la COSOPCI. Dans cet entretien, il jette un regard critique sur ce qui s’est passé et sur l’actualité sociopolitique. Interview.
Le Patriote : M. le président de la COSQOPCI, vous êtes un membre actif de la société civile en Côte d’Ivoire. Comment jugez-vous le processus de réconciliation enclenché par le président de la République après la grave crise postélectorale qu’a connue la Côte d’Ivoire?
Traoré Wodjo Fini : Je voudrais tout d’abord remercie Le Patriote, on ne le dira jamais assez, a fait un travail de fond dans l’éclosion de la démocratie en Côte d’Ivoire. Le Patriote, comme nous le savons, a abattu un grand travail et continue de le faire. Même si de temps en temps, le journal a posé des actes qui étaient déplorables, il faut dire que dans l’ensemble ce journal a largement contribué à l’éclosion de la démocratie en Côte d’Ivoire Effectivement, avec ce qui s’est passé, pour réconciliation durable, les Ivoiriens doivent réapprendre à vivre. Parce que ce qui s’est passé, dépasse l’inimaginable. Nous avons vu des violations graves des droits de l’Homme. Au point que le tissu social s’est trouvé en difficulté. La vie sociale n’existait plus. Les Ivoiriens se regardaient en chiens de faïence. Les Ivoiriens du nord n’avaient plus confiance en leurs parents de l’ouest, de l’est, du centre ou du sud. La parenté à plaisanterie, elle-même, était en souffrance. Entre les sénoufos et les Yacouba, il y a une alliance. Entre les Sénoufos et les Gouros, il y a une alliance de plusieurs millénaires. La politique a fragilisé la cohésion sociale. Il faut donc qu’il y ait une réconciliation vraie. Pour qu’il y ait cette réconciliation vraie, il faut poser les véritables problèmes des Ivoiriens. Pourquoi les Ivoiriens sont désunis ? Qu’est-ce qui s’est passé pour qu’on en arrive là ? Il faut voir aussi le rôle important du foncier rural dans cette réconciliation. Il faut que la commission Dialogue, Vérité et Réconciliation qui est chargée de réconcilier les Ivoiriens prenne en compte le problème du foncier rural. Nous souhaitons que la commission amène dans sa quête les uns et les autres, à accepter la loi. Car c’est le foncier qui a alimenté la crise. Il faut qu’au sein de la Commission, le premier ministre Charles Konan Banny mette en place une sous-commission chargée uniquement du foncier rural. Il faut également que la promotion de l’Etat de droit soit une réalité. Parce qu’aucune réconciliation vraie et durable ne peut se faire en dehors de l’Etat de droit. La phase de réconciliation de 2002 n’a pas marché. Il faut que celle de 2011 puisse marcher.

LP : Que compte faire la COSOPCI, pour sa part, pour que la réconciliation soit effective ?
TWF : Vous savez, la COSOPCI est une grande coalition pour les droits de l’Homme et pour la démocratie. Le volet démocratie, nous l’avons déjà épuisé. Parce que nous avons participé à des élections libres et transparentes en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, nous avons un président démocratiquement élu qui dirige la Côte d’Ivoire. Le deuxième élément, c’est la paix et la cohésion sociale. Comment bâtir une paix durable ? Tel est l’actuel défi. Nous allons partout des actions de réconciliation et nous allons continuer toujours de mener des actions de réconciliation. Aujourd’hui, nous pouvons vous dire que nous avons un certain de ressources financières que nous avons mobilisés avec un partenaire américain, the National and Ormond of Democraty qui est une fondation nationale américain qui a accepté de financer un vaste programme qui va permettre aux Ivoiriens de réapprendre à vivre ensemble. Cette campagne, dans les deux mois à venir, va débuter dans la région de l’ouest, du sud-ouest et centre-ouest pour permettre aux Ivoiriens de réapprendre à vivre ensemble. Il s’agira pour nous d’aller exhorter les populations originaires du centre et du nord qui ne s’entendaient avec leur frère de ces régions de réapprendre à vivre ensemble, de reconstruire ensemble ce qu’elles ont détruit. Les autochtones vont construire les cases des allogènes et les allogènes vont construire les cases des autochtones. Cela contribuera à ciment cette foi en un bien commun qui est la maison qui ne doit pas être détruite. La terre également ne doit pas être détruite, parce qu’elle appartient à Dieu. Voici des choses sur lesquelles que nous allons travailler tout le long de l’année 2011 pour amener les Ivoiriens à réapprendre à vivre ensemble de façon durable. Il y a aussi la question liée aux étrangers. Il faut les intégrer dans le processus de réconciliation nationale. Parce qu’ils y sont pour beaucoup dans la phase de reconstruction de la Côte d’Ivoire nouvelle. Nous souhaitons qu’eux aussi soient interpellés pour qu’ensemble nous menions cette action qui va s’articuler autour de la sensibilisation. Des populations, la justice et l’Etat de droit. Parce que sans justice, il n’y a pas de réconciliation durable. Il ne faut pas oublier que les régions de Duékoué et Guiglo, il y a encore des populations qui meurent de faim en brousse. Et nous en tant que militant des droits de l’Homme, nous ne pouvons pas accepter cela. C’est pourquoi, nous avons demandé à l’Etat de Côte d’ivoire, à la Commission Dialogue, Vérité et réconciliation de réfléchir sur des scenarios qui puissent permettre aux populations de revenir vivre au village. Mais évidemment, avant de revenir vivre au village, il faut régler un certain nombre de choses. Certaines qui ont fui, ont peur. Parce qu’elles ont encore leurs bourreaux au village. D’autres ont besoin de kit alimentaire, parce qu’elles ont plus à manger. Houphouët-Boigny disait : « L’homme qui a faim n’est pas un homme libre ». Aujourd’hui, un homme qui a le ventre creux ne peut aller à la réconciliation.

LP : A côté du processus de réconciliation, il y a aussi l’action gouvernementale. Après trois mois de prise effective du pouvoir, comment jugez-vous la conduite des affaires d’Etat par le président Alassane Ouattara ?
TWF : J’apprécie à sa juste valeur le travail abattu en si peu de temps par le président Alassane Ouattara et son gouvernement. Depuis le président Houphouët-Boigny au président Gbagbo en passant par le président Bédié et le général Guéi, aucun gouvernement fut-il pléthorique, n’a abattu un tel travail en si peu de temps Evaluer le gouvernement et poser les bases d’un travail durable, nous pensons que cela augure d’un travail qui sera certainement apprécié par tous les Ivoiriens. Au niveau de la société civile, nous appelons cela le plan d’action stratégique. Quel est le plan d’action qui va guider les ministres dans les six mois à venir avec des résultats clairs et précis ? Chaque ministre doit avoir son plan d’action et les résultats qu’on attend de lui. Pour ce qui se passe déjà, je crois l’action gouvernementale est en train d’être codifiée dans un document stratégique qui va permettre à chacun de savoir pourquoi il est ministre de tel départemental. Qu’est-ce qui doit faire et avec quels moyens il doit le faire ? Voici ce que nous apprécions et je crois que pour nous société civile, c’est acte de gouvernance pertinent qui permettra au président de la république d’évaluer ses ministres. Nous félicitons donc le président de la République et son Premier ministre pour l’appel à candidature à la Primature. Et nous souhaitons que cela s’étende aux autres ministères.

LP : Des résultats. Rien que des résultats. Les Ivoiriens ont soif de respect des droits de l’Homme, de démocratie et ressources financières. Nous souhaitons une gestion axée sur les résultats qui prenne en compte les résultats du dernier séminaire gouvernemental et la vision du président Alassane Ouattara qui est de repositionner la Côte d’Ivoire comme un Etat moderne et fréquentable dans les six mois à venir.

LP : La société civile se résume aux déclarations dans la presse. On ne la sent pas trop sur le terrain. Que répondez-vous à ceux qui pensent ainsi ?
TWF : Depuis 2004 que nous existons, nous avons mené de vastes campagnes de sensibilisations et organiser des formations sur la cohésion sociale, la paix. Grâce à la société civile, le taux de participation à la dernière élection présidentielle a été historique, le plus élevé au monde. 83% au premier tour et 81% au second tour. Parce que nous avons sensibilisé les populations sur comment voter, où voter et pour qui voter. Apprécier les programmes des candidats. Ce travail a été fait sur toute l’étendue du territoire nationale avec la CEI qui avait décidé de nous associer à ce travail. Au niveau de la société civile, nous avons subdivisé la Côte d’Ivoire en en sept grandes régions. Parce qu’on avait sept têtes de pont. Que sont la COSPCI, la Convention de la société civile, FOSCAO, le RAIDH, le Resbroco, la COFECI, la coordination des femmes pour les élections... Nous nous sommes répartis le territoire ivoirien et nous sommes allés avec l’appui des bailleurs de fonds. Nous avons eu un financement de plus de 500 millions avec le PNUD. Nous avons sensibilisé les populations sur l’urgence de réapprendre à vivre ensemble d’abord. Ensuite, comment voter, où voter et pour qui voter. Nous avons lancé des messages aux populations d’aller voter. Elles ont pris part au vote massivement. Mais nous ne nous sommes pas arrêtés là. Nous avons déployé plus de 4000 observateurs le jour du scrutin. Et nous avons observé ces élections de façon transparente. Après le vote, nous avons dit que les élections se sont bien déroulées dans l’ensemble et qu’Alassane Dramane Ouattara était le vrai vainqueur de ces élections. Nous nous sommes donc battus pour faire reconnaitre le verdict des urnes jusque dans nos derniers retranchements.

LP : Est-ce que vous avez dit clairement dans une déclaration, au moment où se faisait le hold up électoral, dans laquelle vous avez dit que c’est Ouattara qui a gagné les élections ?
TWF : En ce qui concerne la COSOFCI et les autres associations alliées, nous nous sommes concertés et nous avons que Ouattara était le vainqueur de ces élections. Demandez à la radio ONUCI FM, on vous le dira. Pourquoi certains des nôtres ont été contraints à l’exil ? Parce qu’ils ont osé dire que le candidat qui avait recueilli le maximum de suffrages était le docteur Alassane Dramane Ouattara. Dans les moments les plus difficiles de notre pays, la société civile a fait son travail. A travers des communiqués parus dans la presse, nous avons clairement exprimé notre position. Nous avons fait notre travail. Nous avons pris des risques que les politiciens, eux-mêmes, n’ont pas pris. Nous n’avons pas fait une lutte ni pour Gbagbo ni pour Alassane Ouattara. Nous avons fait une lutte pour le processus démocratique. Il fallait que la vérité soit sue. Qui a gagné les élections ? C’est le candidat du RHDP. Et nous l’avons fait à Dakar avec Alioune Tine de la RADDHO. Nous avons fait partout des conférences de presse et dire voici ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Il ne faut pas que les gens soient amnésiques. Il faut que l’on sache une fois pour toutes que la société civile est un partenaire privilégié de l’Etat de Côte d’Ivoire dans la consolidation de la démocratie et l’Eta de droit. Pour terminer, nous souhaitons que la réconciliation nationale se fasse dans la justice. Nous souhaitons que la Commission dirigée par le premier ministre Charles Konan Banny joue pleinement son rôle. Nous avons déploré en son temps le fait que le mot « justice » n’apparait pas dans la dénomination de cette commission. Mais on nous a rassuré que le rôle du président Banny n’est pas celui d’un juge. Son rôle est de réconcilier. Après son travail, les juges prendront le relais pour juger ceux qui doivent être entendus par la justice. En ce qui concerne les menaces récurrentes de stabilisation du pays, nous voulons dire ceci. La société civile n’acceptera jamais qu’un pays africain soit utilisé comme base-arrière pour détruire la Côte d’Ivoire. Nous ne l’accepterons jamais. C’est pourquoi, nous prônons le dialogue pour régler ces problèmes. Mais en même temps nous disons qu’il faut rapidement ouvrir les procès des détenus afin que ceux qui n’ont rien à voir avec la justice soient libérés
Réalisée par Jean-Claude Coulibaly

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