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L’attaque meurtrière de Taï livre ses secrets, Les victimes et les populations accusent les Frci
Publié le vendredi 23 septembre 2011   |  Notre Voie


Crise
© Autre presse par DR
Crise post-électorale: éléments des Forces républicaines (FRCI)
Photo: soldats des ex-Forces armées des forces nouvelles en route quittant Bouaké


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La vérité est en train de rattraper le mensonge dans l’affaire relative à l’attaque meurtrière de Ziriglo (Taï) qui a entraîné la destruction du village et la mort de 23 personnes, le 16 septembre dernier. Il n’y a aucune trace de mercenaires libériens sur le terrain comme le font croire les nouvelles autorités ivoiriennes.
La thèse de crime crapuleux fait son chemin dans l’affaire « Attaque du village de Ziriglo », dans la sous-préfecture de Taï (650 km d’Abidjan, extrême-ouest de la Côte d’Ivoire). L’attaque meurtrière perpétrée contre le village de Ziriglo par des hommes armés non identifiés à 2h du matin le 16 septembre dernier et ayant occasionné 23 morts commence à livrer ses secrets. Tant à Guiglo, chef-lieu de département et de région, qu’à Taï, chef-lieu de sous-préfecture, les langues se délient. Battant carrément en brèche la position des autorités gouvernementales (Paul Koffi Koffi, ministre délégué à la Défense du gouvernement Ouattara) selon laquelle l’attaque en question est le fait d’un commando libérien venu du Liberia voisin. Sur le terrain, ce n’est pas ce qui se dit.

Crime crapuleux contre une zone cacaoyère

Ziriglo est un important village dans le canton Oubi (autochtones guéré) peuplé de riches producteurs de cacao pour la plupart Baoulé et Burkinabé. Leurs tuteurs autochtones guéré sont nettement moins nantis financièrement. C’est-à-dire qu’allogènes et allochtones tiennent le haut du pavé en termes de finances, car détenant de grandes plantations de cacao dans les forêts parfois classées. Et c’est pareil dans bien de villages du canton Oubi où se situe Ziriglo. Depuis quelques mois, cette région a été prise pour cible par tous les prédateurs financiers. « Ici, c’est une affaire de cacao. Les forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) nous demandent 500.000Fcfa par mois et par campement de producteurs. Si vous ne vous exécutez pas, le chef du village est pris et molesté. Nous avons payé jusqu’à maintenant », raconte un producteur de la zone, absent de Ziriglo au moment de l’attaque meurtrière du 16 septembre dernier. « A la fin du mois d’août 2011, les Frci sont revenues pour encaisser les planteurs. Nous leur avons répondu que nous n’avons rien vendu encore parce que le prix du kg du cacao a chuté et varie entre 200Fcfa et 300Fcfa. Nous attendons que les prix montent, avant de vendre. Dans tous les villages des producteurs, nous étions unanimes. Mais les Frci n’étaient pas contentes de nous et nous ont menacés dans les 8 villages », poursuit l’interlocuteur. Ces villages sont notamment Paulé-Oula, Goulego (Commune de Taï), Port gentil, Sakré, Sioblo-Oula, Tiéoulé-Oula et Ziriglo. Un autre planteur de la zone attaquée renchérit : « Le jour de l’attaque, ils sont venus dans la journée pour reposer le problème du paiement des 500.000Fcfa. Mais nous sommes restés sur notre position. Alors ils ont dit qu’on allait voir. Ils sont partis prendre des renforts et ont attaqué, à 2 h du matin, Ziriglo. Le gouvernement fait croire qu’il y a un Frci tué. C’est un montage. C’est totalement faux. Sinon qu’on nous montre le corps du soldat tué ! Certains Frci nous ont même dit que si on ne veut pas donner l’argent, un jour eux-mêmes vont vendre le cacao qu’on conserve dans nos magasins ».

Des aveux arrachés

Sur le site de l’attaque meurtrière, les populations sont sommées de témoigner dans le sens de la version officielle du gouvernement. C’est-à-dire faire de faux témoignages. Du moins, c’est ce qui ressort des témoignages de la zone abritant Ziriglo. « Si les enquêteurs viennent, on est obligé de dire que les assaillants sont venus du Liberia, parce que nous voulons sauver notre peau. Sinon on peut nous tuer par la suite. Celui qui fait un témoignage vrai va payer car ce sont les mêmes Frci qui viennent faire les enquêtes. On ne peut pas donc dire la vérité. Depuis que les Libériens sont partis pendant la guerre, ils ne sont jamais revenus ici », révèle un planteur interrogé, qui se veut plus explicite : « Personne n’est venu du Liberia pour nous attaquer. Mais si on ne dit pas officiellement que ce sont les Libériens qui ont attaqué, les Frci seront exposées. Tout le monde saura que c’est eux qui ont attaqué », ajoute-t-il.
Justement, cette propension visant à couvrir les auteurs du crime a amené les autorités locales à transférer les blessés de ladite attaque vers Ong médicales de Duékoué, évitant l’hôpital de Guiglo, question de prévenir toute fuite liée à la vérité.

Les confidences
des Frci

Au sein des Frci, il y a des soldats lucides qui travaillent tout de même pour l’éclatement ou le triomphe de la vérité. Ils optent pour les confidences pour ne pas s’exposer. « Les éléments des Frci qui se rendent dans les plantations agricoles font souvent ces missions sans prévenir qui que ce soit. Ils y vont de leur propre gré. Parfois, ils reviennent les mains chargées. C’est pendant ce temps que nous nous en rendons compte. Mais c’est quand c’est gâté, lorsque la mission tourne mal, que nous sommes obligés de les couvrir », confesse un dirigeant local des Frci. Non sans trouver ridicule la thèse de l’attaque imputée aux Libériens. « Les gens ont attaqué le vendredi 16 septembre, et, le jour suivant, c’est-à-dire le samedi 17 septembre, les mêmes assaillants ont remis ça en brûlant les campements des agriculteurs. C’est quel Libérien qui peut prendre tout ce temps sans être inquiété ? », ironise-t-il.
La situation de certains soldats Frci dans la région est dramatique. La plupart d’entre eux, selon des informations recueillies sur place, ne sont pas payés. « On n’a pas de salaire et on dit de ne pas racketter. C’est difficile pour nous », reconnaissent des soldats interrogés.
Aujourd’hui, dans le département de Guiglo, les Frci ont été chassées de l’axe bitumé. Alors elles se sont repliées sur les routes non bitumées dans les zones forestières qui sont le grenier de la région où pullulent de riches allogènes et allochtones qui, du coup, se retrouvent exposés face à tout individu affamé en arme. Surtout que les nouveaux paysans arrivés dans ces zones et en quête de terres cultivables sont prêts à employer tous les moyens pour se faire une place au soleil.
Félix Teha Dessrait
dessrait@yahoo.fr
envoyé spécial dans l’ouest

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