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Filière café – cacao : Non application du prix bord champ Mécontents, les paysans refusent de livrer leurs produits
Publié le jeudi 27 octobre 2011   |  Parole d'Afrique




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L’annonce du prix du kilogramme de cacao, faite par le président du comité de gestion de la filière café-cacao, le 1er octobre 2010, à San-Pedro, n’a rien changé aux habitudes des acheteurs. Les paysans tentent de leur tenir tête.

L’avènement du président Alassane Ouattara au pouvoir n’a, visiblement, pas encore affecté le monde paysan, notamment les producteurs de cacao. Ils continuent de subir les désidératas des acheteurs. Au point que, plusieurs d’entre eux refusent, aujourd’hui, de vendre leurs productions. Au lieu de 1000 F CFA annoncés à titre indicatif, le cacao est acheté au prix de 600 F CFA /Kg bord champ. Ce qui provoque le courroux des producteurs. 1000 FCFA, le prix bord-champ du kilogramme de cacao pour la campagne 2011-2012. Tel est celui annoncé par la présidente du comité de gestion de la filière café-cacao (Cgfcc), Mme Touré-Liste. Le kilogramme de cacao, au titre de la campagne agricole 2011/2012, enregistrant une baisse de 100F par rapport au prix de l’année dernière qui était de 1100F CFA/kg. Nonobstant ce prix officiel, le cacao se négocie entre 500 et 700 FCFA dans les plantations. Dans les ports d’Abidjan et San-Pedro, les exportateurs le récupèrent à 800 F CFA.
C’est tout excédée par cette situation que l’Union nationale des producteurs agricoles de Côte d’Ivoire (Unapaci), a donné de la voix. Son président, Germain Banny, a dénoncé, en début de semaine dernière, la contradiction entre l’annonce de la présidente du comité de gestion traduisant la volonté du gouvernement et la réalité du terrain. Pour “faire entendre le cri de cœur des paysans”.
“A l’heure où je vous parle, le kilogramme de cacao se négocie à 840 F CFA au port d’Abidjan. Tout en sachant que le gouvernement a fixé la somme de 1000 F comme prix d’achat au paysan. Avec cette situation, vous convenez avec moi que l’enlèvement se fera à des prix dérisoires dans les zones de production. Aujourd’hui, les planteurs que nous sommes font face à des multinationales qui ne nous laissent que la misère et l’endettement”, a-t-il déploré.
Germain Banny s’est aussi élevé contre le manque de clarté dans la distribution des produits phytosanitaires.
Production record

La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, devrait s’attendre à une production-record de 1,5 million de tonnes pour près de 1.000 milliards de F CFA de recettes. Arme économique, politique, stratégique, le cacao n’enrichit plus les petits planteurs ivoiriens. Depuis plusieurs décennies, les revenus des fèves si prisées des consommateurs américains et surtout européens alimentent les caisses de l’État ivoirien et les coffres des dirigeants, de leurs alliés et amis, au gré des événements et des circonstances. Pilier de l’économie nationale, la filière est l’objet de chantages et de détournements de fonds permanents, alors que ses structures ont été bâties pour défendre les intérêts des planteurs. Le 24 janvier dernier, le président élu, Alassane Ouattara, demandait aux exportateurs de cacao (et de café) de suspendre leurs activités. Les sociétés américaines Cargill et Archer Daniels Midland (24,89% des exportations), Barry Callebaut (Suisse), Olam (Singapour), Armajaro (Royaume-Uni) obtempérèrent. L’embargo soutenu par l’Union européenne visait à priver le président sortant, Laurent Gbagbo, des taxes récoltées sur l’exportation du cacao. Le 7 mars 2011, ce dernier qui contestait les résultats de la présidentielle de novembre 2010, jusqu’à sa chute le 11 avril, avait décrété que seul l’État était autorisé à acheter les fèves de cacao et les cerises de café aux paysans. Mais, le 1er avril, le Port de San Pedro finit par passer sous le contrôle des forces pro-Ouattara, au grand soulagement des exportateurs. Le 10 mai 2011, un premier navire quittait le port d’Abidjan avec 1 800 t de fèves de cacao. Le 30 mai, le Ghana, pays voisin également producteur de cacao, annonçait une augmentation de 53,9% de sa production pour la saison 2010/2011, par rapport à l’année précédente. En juin dernier, Alassane Ouattara annonçait une nouvelle réforme de la filière cacao. Celle-ci est mise en chantier depuis quelques temps. Elle a abouti, pour l’instant, à la dissolution de plusieurs structures créées sous l’ancien régime. La Côte d’Ivoire, premier exportateur mondial, a atteint un record de près d’1,5 millions de tonnes en 2010-2011, effaçant le contrecoup de la crise postélectorale grâce à des conditions climatiques favorables, le comité de gestion. La production « a atteint un niveau record de plus de 1,48 millions de tonnes au 25 septembre 2011, soit une hausse de plus de 25% par rapport à son niveau de 2010″, a déclaré la présidente de cette structure publique, Massandjé Touré-Litse, lors du lancement de la campagne 2011-2012 à Abidjan. La Côte d’Ivoire a profité notamment de « conditions climatiques favorables » alors que « le marché anticipait une baisse drastique de la production ivoirienne » en raison de la grave crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011, a-t-elle souligné. En 2011, les exportations de fèves se sont établies à « 1,417 millions de tonnes » contre environ 1,2 million l’an dernier, soit une hausse de 16%, selon la responsable. La filière cacao a été un enjeu de la crise entre l’ex-président Laurent Gbagbo, qui refusait de reconnaître sa défaite au scrutin de novembre 2010, et le nouveau chef d’Etat Alassane Ouattara, finalement investi en mai. Pour asphyxier le régime alors en place, Alassane Ouattara avait obtenu, début 2011, des chocolatiers internationaux qu’ils boycottent le cacao ivoirien jusqu’à la fin de la crise. Les mesures d’allègements fiscaux prises par le gouvernement Ouattara après la crise ont favorisé l’évacuation des stocks accumulés, selon le comité de gestion. Le gouvernement Gbagbo avait fixé ce prix, en 2010, à 1.100 FCFA, un montant jugé souvent « électoraliste », juste avant la
présidentielle. La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao avec plus de 40% de parts de marché. Le cacao et le café représentent 40% des recettes d’exportation du pays et environ 20% de son PIB.

Les dangers qui guettent la filière

Le marché mondial du cacao, caractérisé par une forte hausse de la production risque de connaître une forte récession dans les années à venir s’il n’y a pas une adéquation de l’offre et de la demande, prédit le directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao (Oic) , l’Ivoirien Jean-Marc Anga qui appelle à la tenue d’un « sommet » pour se pencher sur la question. Dans le but d’éviter un effondrement du secteur, « nous appelons à un sommet mondial du cacao à la mi-2012, regroupant les principaux intervenants dans l’écosystème du cacao », a notamment plaidé l’expert ivoirien dont le pays demeure le plus grand exportateur de fèves au monde. « Notre véritable problème dans les prochaines années n’est pas la menace de l’approvisionnement en cacao mais plutôt le manque de vision stratégique et de coordination entre l’offre et la demande », a-t-il indiqué dans une tribune libre publiée par
l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique. Cette situation aura comme effet « d’alimenter la volatilité des prix et l’incertitude, menant à des pics suivis d’un effondrement… et c’est ce que nous devons éviter à tout prix », a ajouté M. Anga. Le secteur du cacao se caractérise aujourd’hui par une forte production, boostée essentiellement par le Ghana qui, avec plus de 900.000 tonnes récoltées en 2011 talonne désormais son voisin ivoirien, qui reste le leader mondial avec environ une production de 1,5 millions de tonnes. En plus de ses deux pays ouest africains, d’autres nations productrices visent aussi une augmentation de leur récolte, selon le directeur exécutif de l’OIC qui cite des acteurs comme le Nigeria, le Cameroun, l’Equateur et la Papouasie-Nouvelle Guinée. Même si l’OIC prévoit « un excédent de près de 190.000 tonnes, voire plus pour cette année, la plupart des observateurs en
particulier dans l’industrie du chocolat, croient que nous sommes dans une période de déficit structurel de l’offre qui pourrait durer des années », a averti M. Anga. Selon lui, parallèlement à l’action des gouvernements, les fabricants de chocolat en compétition pour les fèves parrainent eux aussi des projets dans le but de permettre aux producteurs d’accroitre leurs récoltes. « Ces initiatives ne sont pas coordonnées et aucune tentative n’est faite pour éviter leur possible impact négatif sur les prix du cacao dans un avenir proche », a-t-il regretté. Le sommet auquel le patron de l’OIC invite les acteurs de la filière devrait déboucher sur l’adoption d’un programme qui assurerait une économie cacaoyère mondiale durable et la mise en place d’un mécanisme visant à mobiliser les ressources nécessaires pour mettre en œuvre l’agenda mondial du cacao. En attendant ce sommet, chacun des pays concernés affiche
ses ambitions nationales : le Ghana vise une production de 1,2 millions de tonnes en 2012 alors qu’il n’affichait que 600.000 tonnes en 2009 ; quant à l’Indonésie, elle veut passer d’un peu plus de 500.000 à 1,3 millions de tonnes en 2013. La Côte d’Ivoire dont l’économie se remet petit à petit d’une violente crise sociopolitique qui a duré une décennie n’a pas encore dévoilé ses intentions.
Kouassi Victoire

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