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Entretien / Sarah Béboï Kuta Kala-Lobè, psychologue clinicienne : ‘’En politique, les femmes pensent plus à elles-mêmes qu’à l’intérêt général’’
Publié le lundi 14 novembre 2011   |  L'intelligent d'Abidjan




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A bientôt 85 ans, celle que l’on appelle affectueusement «Mama Nono», du fait de son dévouement à la cause des enfants, est l’une des toutes premières psychologues africaines. Diplômée des universités françaises au milieu des années 1970, elle est rappelée par l’Etat camerounais pour mettre ses compétences au service de son pays. Aujourd’hui, l’ancienne militante de l’Union des populations du Cameroun(UPC), parti nationaliste fondé par le regretté Ruben Um Nyobé, a quitté la sphère des partis politiques pour servir autrement son pays, l’Afrique et le monde. Trésorière de la Fédération internationale des associations des personnes âgées(FIAPA), vice-présidente du Comité international des femmes africaines pour le développement(CIFAD), elle est aussi présidente de la Mutuelle des personnes âgées du Cameroun (MUPAC). Elle évoque dans cette interview, les 25 ans de son Centre socio-éducatif, ses années de militante de l’UPC, l’engouement grandissant des femmes pour la politique, et pose son regard sur l’Afrique, un demi-siècle après les indépendances.
Voilà 25 ans que vous avez créé le Centre socio-éducatif «Les enfants de Mama Nono», à Douala au Cameroun. Comment vous est venue l’idée de mettre sur pied cette institution ?
J’ai une formation professionnelle de psychologue clinicienne qui m’a permis de travailler, en France, avec les enfants à problèmes, des infirmes moteurs cérébraux, handicapés physiques et mentaux. C’est probablement ce qui m’a conduit à être sensible au projet d’un centre socio-éducatif. Quand j’ai eu mon diplôme de psychologue en 1976, avec le regretté René Zazzo, j’ai été par la suite rappelée par le ministre camerounais de l’Education nationale pour m’occuper de la formation des enseignants des écoles maternelles. Ma double casquette de pédagogue et psychologue m’a orientée vers la sensibilisation des problèmes auxquels les enfants étaient confrontés, particulièrement ceux liés à la petite enfance, c’est-à-dire de la naissance jusqu’à l’âge de six ans. Le système d’enseignement maternel et primaire était alors dans un état de délabrement innommable. Par ailleurs, sur le plan personnel, j’allais devenir grand-mère. Je me suis dit qu’il était hors de question que mes petits enfants aillent dans ce système éducatif si délabré. Il me fallait donc mettre sur pied une structure qui puisse accueillir de manière digne non seulement mes propres petits enfants, mais tous les petits enfants qui voudront bien y venir. Cela a également contribué à ma détermination à créer le centre.

Quel bilan faites-vous des 25 ans d’existence de votre centre socio-éducatif? Combien d’enfants avez-vous réussi à réintégrer socialement?
Je ne donnerai pas de chiffre. Tout ce que je peux dire, c’est que des dizaines d’enfants sont sortis du centre pour retrouver un circuit ordinaire d’enseignement, ce qui est l’un de nos objectifs. D’autres sont dans le circuit professionnel. Dans tous les cas, personne ne se souvient plus d’eux comme ayant été des enfants qui avaient des problèmes à un moment donné. Par ailleurs, le fait que des parents camerounais, africains et européens, continuent de nous confier leurs enfants, est aussi la preuve que l’enseignement fonctionne. Encore une fois, on ne naît que rarement autiste, handicapé mental…on le devient davantage du fait des blocages dont on a été victime, j’en suis intimement convaincue.

On imagine aisément qu’un tel enseignement nécessite de gros moyens. Par ailleurs, vous aurez bientôt 85 ans. Comment se prépare le passage de témoin?
C’est vrai que depuis 2009, l’Etat du Cameroun nous accorde une aide d’environ deux millions de francs CFA par an, qui ne suffit même pas pour payer nos enseignants. Par ailleurs, le matériel didactique est également très coûteux. On arrive à faire avec ce que nous avons. Quant à la relève, une équipe est en place. Elle connaît la philosophie de notre enseignement. Je ne doute pas un seul instant qu’après moi, cette équipe saura perpétuer ce qui a toujours fait la raison d’être du centre. Mais peut-être que l’Etat accroîtra alors son aide…tout étant politique de nos jours.

Vous parlez de politique. Ça tombe bien. Vous avez été secrétaire générale de la section femme de l’UPC, dans le Littoral, jusqu’à la mort de Ruben Um Nyobé. Pourquoi avez-vous abandonné le militantisme politique?
J’ai effectivement été secrétaire générale de l’Union des populations du Cameroun, l’UPC, dans le Littoral pour la branche féminine dans les années 1950 jusqu’à l’assassinat de Ruben Um Nyobé, le 13 septembre 1958 par les troupes colonialistes. J’avais estimé que la politique était devenue trop dangereuse pour que je continue mon militantisme. Quand on décide de l’assassinat d’un leader politique, c’est qu’on est prêt à tuer tous les militants de ce parti. A l’époque de l’élimination de Um Nyobé, j’étais en Guinée du côté de Conakry en provenance de l’Europe. Je devais aller rendre visite à ma belle sœur qui avait épousé Ismaël Touré, le frère du président Sékou Touré. J’en avais d’ailleurs profité pour rencontrer également le président de la République de Guinée qui était également mon camarade puisque nous partagions la même idéologie, la même philosophie politique.

Quel genre d’homme était le président Sékou Touré au moment où vous l’avez rencontré?
C’était un homme ordinaire, convaincu qu’il avait fait le bon choix en disant ‘’non’’ au référendum proposé par le Général De Gaulle. Mais c’était aussi un homme de plus en plus isolé du fait même de cette décision. Isolé politiquement, mais surtout économiquement. La France n’exploitait plus les matières premières de la Guinée et cette dernière ne pouvait plus bénéficier des finances de l’Hexagone. Mais le président Sékou Touré, en dépit de cette situation, tentait de garder la tête haute. On sait comment il a fini avec les membres de sa famille.

Vous n’avez jamais pensé à reprendre l’engagement politique que vous avez délaissé au lendemain de la mort de Ruben Um Nyobé ?
En 1990, suite à la loi sur la libéralisation démocratique, j’ai failli reprendre ma carte de militante de l’UPC. Puisque cette loi autorisait à nouveau ce parti à avoir pignon sur rue après plusieurs décennies d’interdiction. Mais, des divergences de vue sont apparues avec certains des membres du parti quant à la stratégie à suivre. Ma position était que les cadres du parti devaient encourager l’émergence d’une jeune garde afin de préparer l’avenir. D’autres pensaient, au contraire, qu’il fallait consolider les arrières du parti en confiant davantage de responsabilités aux cadres. Le plus insupportable, à mes yeux, a été de constater qu’en réalité tout le monde voulait prendre la direction de l’UPC, alors que tout le monde n’était pas un Ruben Um Nyobé ou un Félix Moumié. J’ai donc décidé de ne plus faire de la politique dans un parti.

Vous tournez le dos à la politique alors que de plus en plus de femmes s’y intéressent. Comment expliquez-vous l’engouement grandissant des femmes pour la gestion des affaires de la cité?
Tout dans le monde est suspendu aux décisions politiques. La plupart des femmes pensent qu’en étant au cœur de la prise des décisions, elles participent concrètement au changement de leur statut voire leur condition et, partant, à la prise de positions qui vont transformer l’ordre mondial. Or, quand je prends les cas de Golda Meir, qui a été Premier ministre en Israël entre 1969 et 1974, Indira Ghandi en Inde ou même Margaret Tatcher en Angleterre et Edith Cresson en France, pour ne citer que celles-là, on se rend compte que ces femmes agissaient davantage par souci de vengeance personnelle que dans l’optique de bouleverser l’ordre mondial. Une femme politique comme Ellen Johnson Sirleaf, qui vient d’être réélue à la tête du Libéria, a plus apporté à son pays dans la stabilité politique et la prévention des conflits qu’elle n’a contribué au bien-être des Libériens. Le Libéria reste, avec un taux de chômage de 85%, un des pays les plus pauvres de la planète. Avoir un instinct maternel est certainement un atout. Mais très peu de femmes politiques ont réussi à développer économiquement leur pays de manière durable. Le paradoxe, c’est que les femmes sont reconnues comme d’excellentes gestionnaires. Mais elles sont également plus égoïstes que les hommes. Peut-être parce qu’elles sont plus habituées à recevoir de ces mêmes hommes, à tendre la main, qu’à donner. C’est une réalité, un constat implacable.

Quel regard portez-vous sur l’Afrique un demi-siècle après les indépendances? Comment entrevoyez-vous l’avenir de ce continent qui va être le troisième plus peuplé du monde à l’horizon 2050 ?
René Dumont, le militant écologiste, disait en son temps que l’Afrique noire était mal partie. Se basant sur le fait que le continent avait eu quelques modèles, des hommes et femmes qui défendaient l’Afrique dans ce qu’elle a d’essentiel, son indépendance politique, ses spécificités culturelles, ses potentialités en matière de ressources économiques. Mais ces exemples, qui représentaient des personnalités hors du commun, ont tous été éliminés généralement à la veille des indépendances, et quelques-uns comme Thomas Sankara, après l’accession à la souveraineté nationale. L’idée des colons étant de placer à la tête des Etats africains théoriquement indépendants, des néocolonialistes. En tout cas, des marionnettes à la solde de la métropole qui permettaient aux colons de poursuivre honteusement l’exploitation des ressources minières africaines, en contrepartie de leur maintien au pouvoir indéfiniment. Cette situation a porté un énorme préjudice au continent, particulièrement à l’Afrique francophone. Aujourd’hui, le vent semble tourner. Les peuples africains, dont l’écrasante majorité vit dans la paupérisation pendant qu’un petit groupe arrivé au pouvoir se la coule douce, ne l’entendent plus de cette oreille. Regardez les révolutions arabes ou la Côte d’Ivoire, et vous comprendrez qu’une nouvelle donne diplomatique domine désormais les relations internationales. Les soutiens d’hier se défont sans ménagement, dès que les grandes puissances ont le sentiment que leurs intérêts sont menacés. A cela, s’ajoute la pression de plus en plus grande de la majorité du peuple, qui réclame une répartition plus équitable des fruits de l’économie africaine. Ils savent qu’ils doivent se battre pour trouver de quoi manger. Si leurs revendications ne sont pas prises en compte, on devra s’attendre à des révoltes de plus en plus violentes. Ceci est d’autant plus vrai que l’Afrique sera le troisième continent le plus peuplé du monde en 2050. Ce qui implique nécessairement des responsabilités accrues de la part des dirigeants africains. Parions qu’ils sauront en tenir compte pour adopter, dès aujourd’hui, de véritables politiques de planification et de gestion des richesses du continent.
Mené par JANSEE à Paris

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