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Interview/ Cathérine Delon (Opératrice économique expatriée à Bouaké) : “Abidjan ressemble maintenant à une ville ; J’aurais aimé qu’on supprime l’appelation RTI’’
Publié le mercredi 16 novembre 2011   |  Le Mandat




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Mme Catherine Delon, directrice d’une grande librairie à Bouaké, était déjà intervenue dans les colonnes de ‘’Le Mandat’’ au moment où la crise post électorale battait son plein, en faveur de la légalité. Un peu plus de six mois après la libération de la Côte d’Ivoire, nous l’avons rencontrée dans la capitale du Centre. Toujours fidèle à son franc-parler, elle critique les premiers pas d’Alassane Ouattara au pouvoir et fait des propositions.

Au moment où la crise battait son plein, vous vous êtes prononcée ouvertement en faveur du Rhdp. Plus de six mois après l’installation officielle du président Ouattara, quelle observation faites-vous en tant qu’opérateur économique ?
Moi, je suis un opérateur économique certes, mais je suis un opérateur expatrié. La première observation que je fais, c’est qu’à mon retour après la crise, tout a changé à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan. Maintenant, on vous reçoit autrement, les documents que l’on vous demande sont des documents normaux, c'est-à-dire qu’on vous demande une carte de séjour, une carte consulaire, etc. Donc, on n’a plus de problème à l’arrivée. Il y a beaucoup moins de pagaille à l’aéroport. C’est déjà une très bonne chose, c’est rassurant. Lorsqu’on arrive dans un pays et qu’on se sent mieux accueilli, c’est bien. La seconde remarque, c’est que les trottoirs sont débarrassés de tout ce qui les encombrait. Je n’ai pas reconnu Abidjan à mon retour. Les poubelles ont disparu, donc, on se trompe même de chemin, on ne reconnait pas toujours son quartier ! Vraiment, Abidjan ressemble à une ville et il en va de même pour Yamoussoukro. Là, je dis bravo. Cela doit continuer. Les gens, c’est vrai, l’ont mal vécu parce qu’on change les habitudes mauvaises acquises en dix ans. Mais je pense que tout a été pensé et que ceux qui ont été déguerpis ont eu un autre point de chute. Maintenant, moi, j’habite Bouaké. Ici, rien n’a encore changé. Toutes les routes sont très dégradées. En plus de ce problème préoccupant, il y a le phénomène des coupeurs de route dont tout le monde parle. Et puis, il y a une jeunesse désœuvrée, donc sans travail. Sa seule possibilité de manger, c’est d’attaquer les véhicules. Cela explique la réticence des gens à venir à Bouaké, et c’est dommage.

Tout est donc à refaire à Bouaké…
Bouaké c’est une véritable catastrophe. Il n’y a plus personne pour s’en occuper. Vous avez vu vous-même la route entre la poste et notre établissement, en plein centre-ville. Même pour le Paris-Dakar, on ne voit pas des routes comme on en voit ici. Pendant la crise, on n’a pas pu passer de permis de conduire ici. Donc, les gens roulent dans l’ignorance du code de la route. C’est l’anarchie totale sur les routes, les trottoirs n’existent plus. Bouaké n’est pas encore nettoyée mais on sait que, bientôt, ce sera fait. Il y a donc espoir.

Au plan économique, rien n’a encore bougé ?
En tant qu’opérateur économique, j’ai été agréablement surprise que le Trésor nous téléphone de Yamoussoukro pour nous inviter à rentrer en possession des factures qui nous sont dues depuis 2000. A l’époque, on avait une succursale appelée Librairie de Côte d’Ivoire à Yamoussoukro qui a été détruite en novembre 2004 et même brûlée. Le Trésor nous a donc téléphoné pour nous dire qu’on a des factures impayées depuis 2000 et nous a demandé de nous mettre en rapport avec les services compétents. Sur ce point, je dis chapeau au président et à son équipe parce qu’on ne s’y attendait pas. C’est un nouveau départ, une vraie bouffée d’oxygène. Cela prouve qu’on a maintenant un vrai gouvernement qui se met en place, à tous les niveaux. Avec beaucoup d’arriérés, c’est difficile pour nous de tourner.
Bientôt les législatives. Un commentaire ?
On va avoir bientôt les élections législatives et c’est une très bonne chose. On va avoir des députés qui vont aider le gouvernement à faire quelque pour le pays. Ensuite, on aura les municipales et les régionales. On voit que tout se met en place, tout se met en route.

Aujourd’hui, on parle de réconciliation. Est-ce que vous y croyez ?
Vous savez, moi, je n’entrevois pas la réconciliation comme un devoir. Je pense que c’est une évidence. Elle va être réelle à partir du moment où vous avez un gouvernement uni, où vous n’avez plus de racket dans un pays, où vous avez un tribunal. Là, on remet tout en place et on ne peut qu’être admiratif de ce travail qui est en train de se faire. C’est un travail ingrat parce qu’il ne se voit pas tout de suite.

La sécurité des biens et des personnes à Bouaké aujourd’hui, un autre problème…
Ecoutez, pour moi, les problèmes de sécurité sont aujourd’hui comme ils étaient hier. A l’extérieur de Bouaké, on vous parle partout des coupeurs de route. Pour le moment, et en ce qui me concerne, je ne sens pas les problèmes d’insécurité à Bouaké. C’est vrai que maintenant les responsables des Forces nouvelles qui étaient ici sont descendus à Abidjan mais ceux qu’ils ont laissés en place essaient, du mieux qu’ils peuvent, de protéger les populations et leurs biens.

Est-ce que, selon vous, les perspectives s’annoncent vraiment radieuses ?
Radieuses, on ne va pas employer ce mot-là encore, mais franchement, je croix en l’avenir sinon, je ne serais plus là. Ça, c’est clair. Depuis que le président Ouattara est au pouvoir, sincèrement, je crois fortement en l’avenir de la Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens que je connais croient en l’avenir. C’est le présent qui est le plus difficile à vivre.

En février dernier, vous déclariez dans nos colonnes que la RTI était une télévision démentielle. Aujourd’hui, quel regard vous portez sur la nouvelle configuration de cette chaine ?
Effectivement, la RTI n’est plus la même. La seule chose que je regrette sincèrement, c’est qu’on n’ait pas changé son nom parce que pour nous, la RTI, en 2004, était très difficile à vivre ; on a vu des images extrêmement violentes et moi, j’aurais bien aimé justement que ce problème de réconciliation supprime ce mot RTI. TCI, c’était très joli, c’est dommage qu’on ne l’ait pas gardé. Cette télévision ne ressemble plus aucunement à l’autre, mais j’ai encore beaucoup de difficultés à aller sur la RTI parce que ça me laisse trop de séquelles. On aurait pu lui changer de nom pour vraiment tourner la page et lui donner une allure extérieure nouvelle.

Bouaké retrouve peu à peu l’administration publique. Cela doit vous réjouir en tant qu’opérateur économique !
Effectivement, nous sommes les premiers à être contents de voir l’administration surtout quand il s’agit des enseignants, des agents de santé etc. Les impôts sont là et font leur travail correctement. Ils sont passés nous voir il y a deux ans. Moi, je paie mes impôts tous les mois, on nous a fait des facilités. Mais, c’est le Burida qui vient de façon pas très respectueuse vis-à-vis des gens qui sont là. Ses agents arrivent agressifs, dans des hôtels qui ne font même pas 5% de leur capacité normale, et d’un seul coup, on les oblige à payer les taxes sur la télévision, on les menace souvent de fermeture, ce n’est pas très élégant. Côté justice, ce n’est pas encore ça. C’est une très bonne chose qu’elle se mette en place, on espère que les juges feront leur travail, en leur âme et conscience, et qu’ils oublieront le passé.

Un regard sur la municipalité ?
Non, attendez, vous ne pouvez pas parler de municipalité aujourd’hui à Bouaké. Elle a été inexistante pendant toute la crise, à part collecter des taxes. Elle est encore là parce qu’elle ne peut pas faire autrement. Heureusement, il va y avoir les municipales bientôt pour pouvoir faire redémarrer les villes et avoir des maires et des équipes qui tiennent la route. Je ne dis pas que les équipes actuelles ne sont pas bonnes, mais je dis qu’elles sont inexistantes.

Si on vous demandait de choisir le secteur par lequel vous aurez voulu que les activités redémarrent véritablement à Bouaké ?
L’économie. Nous n’avons pas aujourd’hui à Bouaké l’espoir d’une entreprise qui va ouvrir. On a des entreprises fermées, le taux de chômage est évalué à 95%. C’est l’économie qui fera repartir Bouaké. Il faut rouvrir les entreprises. Il y aussi l’agriculture. On en parle assez. Regardez dans quelle position nous sommes aujourd’hui dans le secteur du coton. Les paysans ne cultivent plus actuellement les champs de coton dans le Nord qui était recouvert de l’or blanc. Il y a très peu de coton par rapport à autrefois. Cela fait que les usines qui fonctionnent avec le coton ou ses grains tournent au ralenti ou sont fermées. Or, ce sont ces usines qui sont l’avenir de Bouaké. Il faut les relancer et en ouvrir d’autres. Sans cela, on aura des voleurs, on aura l’instabilité et les problèmes viendront toujours.

N’est-ce pas ce que le président Ouattara cherche à résoudre ?
Oui, c’est pourquoi on y croit. Il va booster l’économie, c’est un économiste, il faudrait qu’il arrive à travailler avec son Premier ministre. Si l’économie redémarre, on aura moins de problèmes de sécurité, le social va s’améliorer et la Côte d’Ivoire s’en portera mieux.

Réalisée à Bouaké par MASS DOMI

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