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Un an après le début de la crise post-électorale : Kacou Guikahué raconte le blocus du Golf
Publié le jeudi 1 decembre 2011   |  Nord-Sud




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1er décembre 2010-1er décembre 2011. Il y a un an, la Côte d’Ivoire sombrait dans une crise post-électorale, après le second tour de la présidentielle, le 28 novembre. Le Pr Maurice Kacou Guikahué fait partie des leaders du Rhdp restés confinés au Golf Hôtel durant les quatre mois qu’a duré cette crise.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué quand vous étiez au Golf hôtel?
Au Golf, ce qui m’a marqué, c’est qu’il y avait des gens déterminés. Nous avions une conviction, un objectif : Gbagbo ne doit pas usurper le pouvoir. C’était cela le leitmotiv. On s’était oubliés nous-mêmes, l’essentiel était qu’il fallait se battre pour ne pas que Gbagbo confisque le pouvoir. Donc, on s’est organisé autour de cet objectif. Tout ce qu’on a organisé ne visait que cela. Faire respecter la victoire du président Ouattara. La cause était noble. Au début, on ne le sentait pas parce qu’il y avait la lutte. Puis les choses ont commencé à durer. Ce que je peux dire, c’est que je suis vraiment peiné que tout ce qui s’est passé soit arrivé.

Comment vous êtes-vous retrouvé au Golf ?

J’étais le directeur de campagne du président Ouattara à Gagnoa et donc j’ai voté là-bas. Après quoi, je suis rentré pour la nuit électorale. On était parti au Golf hôtel, notre état-major, pour attendre les résultats. On y tenait des réunions en permanence, jusqu’à ce que le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, donne les résultats. Nous pensions alors être au bout de nos peines. Mais, Yao N’Dré a donné d’autres résultats et la crise s’est enclenchée. Au départ, on dormait sur place. Mais, il y avait la possibilité de sortir. Et puis, le 16 décembre, nous avons organisé la marche sur la Rti. Le comité d’organisation était composé des ministres Koné Kafana, Sidiki Konaté, de Malick Cissé et de Blé Guirao et de moi-même. C’est après cette marche, qu’il y a eu le blocus du Golf. On ne pouvait plus quitter les lieux. Ils voulaient nous affamer. C’était cela leur stratégie.

Ne vous attendiez-vous pas à des violences ?

Gbagbo nous avait habitués à la violence depuis longtemps. Mais, là où on attendait vraiment la violence, c’était à la télévision. On n’avait jamais pensé que ça commencerait dans les quartiers. Cela était déjà arrivé en 2004 mais, la masse populaire était telle que c’est la télé que nous redoutions. Vers 4h du matin, j’étais encore en chambre, quand les premières nouvelles nous sont parvenues. Le premier mort est tombé entre 5h30 et 6h. Le ministre Jeannot Ahoussou m’a demandé de me rendre à la salle où le conseil des ministres se réunissait. Ils étaient tous présents, avec le Premier ministre en tête. J’ai fait le point. Et, dans cette même journée, nous avons enregistré, à Abidjan seulement, 60 morts. Chaque fois qu’il y avait un mort, on nous appelait.

Pourquoi rien n’a été fait pour surseoir à la marche ?

Personne ne pouvait le faire ! Elle était gigantesque. Nous, nous étions au Golf, mais on sentait la détermination des uns et des autres. Chaque fois que quelqu’un tombait, la foule enjambait les corps pour continuer. C’était le cas à Abobo, au carrefour Plaque, à Cocody, vers le Lycée technique, etc. Le mouvement était gigantesque ! Aujourd’hui, on se rend compte que s’il n’y avait pas eu la répression, un flot humain aurait submergé tout Cocody. Les gens venaient de partout.

Comment s’est faite la lutte par la suite?

J’ai vécu personnellement trois étapes au Golf : l’avant radio. Il n’y avait pas de radio ; donc on ne communiquait pas. Il y avait une coupure entre les dirigeants et la base. Il y avait le téléphone, la voix ; mais on ne pouvait pas aller plus loin. Et puis cette idée de radio est venue. Cela nous a détendus un peu. Mais, le camp adverse avait développé un outil important, la télévision sur laquelle ils diffusaient des idées macabres. La radio était importante. Mais, elle a commencé à montrer ses limites. Parce que les gens nous entendaient mais ils ne nous voyaient pas et ils se demandaient si on existait vraiment. Et ce fut l’avènement de la Tci (Télé Côte d’Ivoire, ndlr). Les premières réactions de la population m’ont donné l’intime conviction que notre victoire n’était plus loin. Parce que, quand les gens ont commencé à voir nos visages, la mobilisation a repris. Le découragement a quitté les militants. Pour vous dire que l’émission de la télévision a été capitale. Et c’est là que j’ai vu la détermination d’une dame, Mme Ouattara. Elle a fait la décoration elle-même. Elle était au four et au moulin. Non seulement on avait la conviction, on avait la raison avec nous parce qu’on avait gagné, mais on venait d’avoir maintenant avec nous un instrument de la diffusion de nos idées et surtout de nos visages. La télévision a jeté un pont entre les populations et nous. L’âme de la lutte a été la Tci y compris le courage de Ouattara et de Bédié.

Comment avez-vous survécu ?

L’Onuci, ayant reconnu la victoire de Ouattara, ne pouvait pas le laisser tomber. Le président ayant prêté serment, il incarnait du coup la République. L’Onuci s’est donc organisée pour protéger le Golf et le groupe qui le soutenait. Elle nous approvisionnait en vivres et non-vivres par pont aérien. A un moment donné, c’était dur. Mais, une chose est sûre, ce blocus nous a été favorable, car nos forces étaient réunies.

N’avez-vous pas douté à un certain moment ?

Je n’ai jamais douté parce que j’étais à l’organisation de la campagne du président Bédié. Nous avons tourné pendant deux ans donc je savais que Gbagbo ne pouvait pas gagner car je connaissais déjà les réalités du terrain. Nous avons aussi eu des signaux forts. Même la communauté internationale l’a certifiée et il faut savoir comment celle-ci fonctionne. Quand un problème se pose, c’est d’abord la Cedeao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, ndlr) qui décide. Tant qu’elle n’a rien dit l’Union africaine ne peut rien et tant que cette dernière n’a rien dit non plus, l’Onu ne peut rien faire. Et, comme toutes ces organisations ont légitimé cette victoire sans tâche, nous n’avions pas à douter. De plus, à partir du moment où l’Onuci a pris la protection du président en charge, elle ne pouvait pas perdre devant l’armée de Gbagbo. Ils ont attaqué le Golf et nous avons riposté. Ce qui était de la légitime défense et 48 heures après, Gbagbo a été capturé. Cela a vraiment été une délivrance pour nous tous, car les tueries allaient cesser. Tout le monde était en joie.

Comment les cadres qui étaient au golf ont pu assurer la sécurité de leurs familles ?

Il faut mettre cela au compte de Dieu. Car, étant au Golf, on ne pouvait pas assurer la sécurité de nos familles. Quand tu as raison, Dieu te protège.

On a aussi entendu dire que le président de la République ne dormait pas au Golf, mais au 43ème Bima. Vrai ou faux ?

Non ! Le président vivait avec nous. Je peux le dire maintenant. Le président Ouattara et le président Bédié vivaient avec nous au Golf et ils avaient leurs chambres qui se faisaient face. Ils étaient là et tout le monde les voyait. La situation était certes douloureuse, mais vue politiquement, ç’a été un très bon moment au Golf. On était ensemble et soudés. On avait oublié nos clivages politiques, ethniques, religieux. C’était vraiment une famille. Je considère cette période comme l’un des moments les plus importants de ma vie politique. Aujourd’hui, je suis en train de relire toutes mes notes parce que j’envisage d’écrire un livre sur tout ce que nous avons vécu.

Est-ce que le président sortait parfois rencontrer les militants, créer une proximité entre eux et lui ?

Bien sûr ! Et, il veillait surtout à ce qu’on donne à manger à tout le monde. Parce qu’il y en avait qui étaient dans la cour, sous les bâches. Vous savez qu’il n’y avait pas assez de chambres. Le Golf hôtel, c’est 300 chambres. Avant qu’on arrive, les Forces nouvelles vivaient déjà là-bas. Nous nous sommes ajoutés et après, il n’y avait plus de chambres. Tout le monde était bloqué, personne ne pouvait sortir. Parce que, ces jeunes-là étaient venus pour la marche et ils ont été bloqués aussi. Ils vivaient donc sous les bâches. On leur donnait à manger tous les jours sur la ration du Golf et le président veillait à cela. C’est un hôtel et donc on payait à manger.

C’est dire que l’Onuci livrait les vivres que l’hôtel cuisinait, et ensuite, vous deviez payer avant de manger ?

Non ! Ce que le Golf préparait, c’était son avitaillement. A un moment donné, les camions de livraison étaient bloqués ou même saccagés. Vous avez vu cela à la télévision ! La décision a donc été prise de protéger les repas de l’hôtel. C’est ainsi que les vivres étaient maintenant acheminés par voie aérienne. Il fallait bien qu’ils aient de quoi préparer. On payait avant de manger. Au début, c’était au prix réel de l’hôtel. Mais, comme on était là de façon exclusive, ils ont réduit le prix de moitié.

Le séjour était-il pris en charge ou chacun payait de sa poche ?

Tout était pris en charge par le président. Nous étions tous devenus ses pensionnaires, par la force des choses. C’est vrai qu’au début, chacun payait sa chambre. C’était le cas jusque vers le 20 décembre 2010. Après, le chef de l’Etat a vu que tout le monde ne pouvait plus rentrer chez lui. Alors, il a tout pris en charge. Il nous aidait aussi de temps en temps pour les parents restés à l’extérieur.

La crise a fait beaucoup de victimes qui, aujourd’hui, vivent encore avec des séquelles. Est-ce que quelque chose est entrepris pour ces dernières ?

J’ai été beaucoup plus touché parce que chaque fois qu’il y avait un mort quelque part, même si c’était à 3h du matin, on m’appelait et j’enregistrais au fur et à mesure.
Aujourd’hui, nous avons élaboré un document qui sera certainement mis en œuvre après les élections législatives. Il s’agit de voir comment s’occuper des uns et des autres, en ce qui concerne leur état de santé notamment. Le président de la République compte mettre sur pied un mécanisme pour venir en aide à ces gens-là, mais de façon plus personnalisée. Nous travaillons là-dessus actuellement.

Laurent Gbagbo vient d’être transféré à la CPI. Quelle est votre réaction?

Je n’ai pas de réaction pour l’instant.

Entretien réalisé par Anne-Marie Eba

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