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Thierry Tanoh : “ la Côte d’ivoire ne peut se dérober de son rôle de leader de la sous-région ”
Publié le samedi 31 decembre 2011   |  Fraternité Matin


Thierry
© Fraternité Matin par bosson honoré
Thierry Tanoh


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Vice-président à la société financière internationale (Ifc), thierry tanoh a été nommé au poste de directeur général du groupe écobank. Il apporte un éclairage sur un certain nombre de questions concernant la marche de son pays.


M. Thierry Tanoh, vous êtes annoncé au groupe Ecobank en qualité de directeur général. Qu’en est-il?


J’ai décidé, après 18 ans passées dans le groupe de la banque mondiale, de prendre une retraite anticipée pour rejoindre le secteur privé et continuer le travail entrepris dans la sous-région. Je suis un très grand partisan de l’intégration sous-régionale. Dans ce contexte-là, je pense que le groupe Ecobank entre dans la ligne de ce à quoi j’aspire et ce pourquoi j’ai travaillé toute la vie.



Quand on a été un haut fonctionnaire dans le groupe de la Banque mondiale, quels challenges y a-t-il à être à la tête d’une banque commerciale?


Le challenge au niveau d’une banque comme Ecobank est énorme. c’est une grande institution panafricaine présente dans 32 pays. Je suis convaincu que c’est le fer de lance du secteur bancaire en Afrique subsaharienne. c’est une institution qui a un énorme potentiel. Je suis très content de rejoinder cette institution financière.

Grâce à la collaboration des employés, je compte contribuer à la hisser à un niveau supérieur.



Quel est cet énorme potential que le groupe bancaire possède?



Je pense que le secteur bancaire a un rôle à jouer dans le développement économique de la sous-région. Le taux de bancarisation en Afrique subsaharienne est faible. Il y a donc beaucoup à faire. Il s’agit de relever le niveau de cette bancarisation

non seulement pour que l’économie soit mieux financée, mais aussi pour amener les populations des pays concernés à bénéficier des services bancaires.

A savoir le crédit à la consommation, l’acquisition de biens immobiliers, le paiement par carte bancaire, l’association des services bancaires avec le téléphone mobile… bref, il y a tellement de choses à faire que je suis convaincu qu’avec l’équipe d’Ecobank, nous allons réussir à faire croître ce groupe.



Que gagne un groupe bancaire comme Ecobank en étant dirigée par un ancient fonctionnaire du système de la Banque mondiale?


Je ne suis pas sûr d’être la meilleure personne pour répondre à cette question. Je crois qu’il faut plutôt la poser à Ecobank. Pour ce qui me concerne, ce que j’espère pouvoir apporter au groupe bancaire, c’est ma connaissance de l’Afrique subsaharienne.

L’expertise que j’ai acquise au niveau de la sous-région et les contacts que j’y ai développés, conjugués avec mes capacités à gérer des équipes, pourront, je l’espère bien, être mis au service d’Ecobank. Encore une fois, j’attends énormément du personnel de la banque pour qu’ensemble, nous puissions faire croître ce groupe qui, pour moi, est un joyau.



Le reproche souvent fait aux banques commerciales est de ne pas faire assez pour le financement des entreprises en Afrique. Qu’en pensezvous, vous qui, de votre poste actuel, avez cherché à les aider à mieux répondre aux sollicitations?



J’ai toujours dit que le secteur bancaire pourrait faire plus.

Mais, j’ai souvent ajouté qu’il était important que les Etats accompagnent les banques pour ce qui est de l’environnement réglementaire afin de leur permettre de jouer pleinement et en toute sécurité leur rôle de financement de l’économie.



A ce propos, dans le cadre du cheminement vers le point d’achèvement Ppte, il y a parmi les réformes demandées à la Côte d’Ivoire, une qui est relative au secteur bancaire pour un meilleur financement des entreprises. Croyez-vous que le pays puisse réussir sur ce point précis ? Et que doit faire l’Etat de façon precise ?



La côte d’Ivoire est la plus grosse économie de la sousrégion, excepté le nigeria. Le pays a les infrastructures pour permettre au secteur bancaire d’être dynamique et solvable.

Dans un tel contexte, je ne vois absolument aucun obstacle pouvant empêcher cette condition d’être honorée pour le point d’achèvement. ce qu’il convient de faire maintenant, c’est de voir avec le gouvernement dans quelle mesure le secteur bancaire peut faire encore plus. Il s’agit de lever les contraintes qui peuvent entraver l’évolution correcte des choses. Il faut aussi un meilleur dialogue entre l’Etat et le secteur bancaire représenté par l’Association professionnelle des établissements financiers et bancaires.



L’Etat est très présent dans le secteur bancaire en Côte d’Ivoire. Quelle appreciation faites-vous de cette donne?



J’ai toujours prêché pour un secteur privé fort. Qui, dirigé par des gens qui se comportment bien, est bon pour tout pays.

Cela permet à la société civile de se développer. Et aussi à l’Etat de dégager des ressources importantes d’un secteur qui, dans le reste du monde, est aux mains du privé, pour les allouer dans les secteurs sociaux qui en ont fortement besoin.
Pour moi, la présence de l’Etat dans le secteur bancaire a eu sa justification, il y a quelques
années. Mais dans le context actuel, je verrais très bien son désengagement graduel du secteur bancaire afin de pouvoir utiliser les ressources où le secteur privé n’intervient pas.




Dans 7 mois, vous quittez IFC. Dites-nous, quelles sont les perspectives entre la Côte d’Ivoire et l’institution?



Je pense que la société financière internationale a fait un grand pari sur la Côte d’Ivoire comme pays post-conflit. Nous allons y investir beaucoup de ressources. Comme je l’ai annoncé au Président de la république récemment, nous comptons apporter à l’économie
ivoirienne, plus de 200 millions de dollars, dans les 18 prochains mois. Ce qui est énorme, lorsqu’on considère que la Côte d’Ivoire est pays post-conflit.

Mais, cela est faible quand on regarde le potentiel du pays. Je suis content de voir les directions que prennent certaines mesures pour le moment au niveau macroéconomique. Je le suis, d’autant plus que le secteur privé reprend sa place. Je constate que, de plus en plus, les hôtels sont remplis, que les avions sont pleins, que les investisseurs reviennent et
voient la Côte d’Ivoire comme un pays où il faut investir.
A la société financière internationale, nous faisons un pari à long terme sur la Côte d’Ivoire.
nous allons donc faire des investissements à long terme dans ce pays afin, justement, de
démontrer aux investisseurs étrangers que notre perception de la Côte d’Ivoire est celle
d’un développement économique qui va s’avérer stable dans les dix prochaines années.
D’où notre désir très fort d’investir dans les infrastructures.



Où allez-vous injecter précisément les sommes annoncées?



Rien qu’à la Centrale d’Azito, nous allons investir 140 millions de dollars. Pour la construction du troisième pont, ce sont 20 millions de dollars qui seront décaissés. Dans le
secteur bancaire, nous comptons investir 40 à 45 millions de dollars.
J’aimerais bien que nous fassions un peu plus dans le secteur agroalimentaire. nous
avons commencé à y regarder pour voir ce que nous pourrions financer.

Une chose est sûre, ce sont près de 250 millions de dollars que nous allons investir ici.
Elément très important pour lequel je remercie le Conseil des ministres de l’Uemoa, c’est
qu’il nous a donné l’autorisation d’émettre des emprunts obligataires dans les mois à venir. Cela va nous permettre de mobiliser des ressources et de financer en monnaie locale les
Pme. C’est vraiment une grande avancée, le rôle que la société financière internationale pourrait avoir, dans les prochaines années, dans le financement des petites entreprises en monnaie locale. J’en suis vraiment très heureux. Je remercie les autorités de la sous-région de nous avoir soutenus. Ce programme de mobilisation de ressources se chiffre à 500 millions de dollars sur une période de dix ans.



Quand est-ce que ce programme sera-t-il lancé?



nous avons eu l’approbation. Nous allons pouvoir financer, au travers d’un emprunt obligataire à long terme, une partie des infrastructures. soit le Port, soit Azito, soit des autoroutes à péage dans un schema Partenariat public-privé, si l’Etat le retient.

Cela fait bientôt 9 mois que le pouvoir actuel s’est installé effectivement. Quelle est votre appréciation de la conduit des affaires au plan économique?



Vous savez, la Côte d’Ivoire revient de loin. Pour moi, les actions qui ont été menées par
le gouvernement au niveau économique vont dans le bons sens.
Il est important que le secteur privé joue un rôle preponderant dans les mois et années à venir pour que l’Economie amorce sa croissance réelle. La Côte d’Ivoire doit se remettre au travail.
Elle l’a déjà commencé. on constate une certaine confiance au niveau du secteur privé. Je pense que la bonne gouvernance va être un element clé pour espérer attirer de façon
massive les investisseurs. Nous attendons de voir le gouvernement poser des actes pour permettre la transparence au niveau de la Justice. C’est un element extrêmement important pour le secteur privé. Il faut qu’on pense à mettre en place les tribunaux
de commerce. Il faut absolument un environnement des affaires sain pour que ceux
qui investissent en Côte d’Ivoire se sentent dans un pays de droit où la Justice est rendue.
Lorsque j’ai rencontré le Président Alassane ouattara, récemment, il m’a conforté dans mon optimisme. Il a fait savoir qu’en ce qui le concerne, tout ce qui est gouvernance, tout ce qui est rôle du secteur privé sont des éléments importants pour lui. Il compte mettre en
place avec son gouvernement le nécessaire. Fort de cela, je pense que dans les années à
venir, le pays aura beaucoup plus d’investissements qu’il en a eus ces dix dernières années.



Dans un précédent entretien, vous souteniez que pour qu’une région marche, il faut des pays qui prennent le leadership. Et que la Côte d’Ivoire avait cette obligation.
Avez-vous le sentiment que les autorités actuelles sont dans cette dynamique?



Lors de mes rencontres avec le Président de la république, ce sont des points que j’ai abordés.
Je constate que nous partageons la même passion. Je constate aussi avec bonheur que depuis qu’il a pris fonction, il a mis un point d’honneur à aller à la rencontre des Chefs d’Etat de la sous-région. Il est actif au niveau des institutions de la zone. nous espérons que cela va aboutir à des prises de positions majeures et à des nominations d’Ivoiriens à des postes communautaires.

Il est temps que la Côte d’Ivoire se remette à la place de leader de la sous-région, tout en
respectant le rôle des autres économies. Mais, soyons d’accord, il est impossible pour elle
de se dérober de ce rôle de leadership.

C’est le cas au niveau de l’Union européenne avec la France et l’Allemagne. Le président
de la république a l’expérience et la réputation qu’il faut pour tirer la sous-région
vers le haut. A la société financière internationale et plus généralement au niveau du groupe de la banque mondiale, nous ferons ce qu’il faut pour le soutenir. Parce que le challenge est de développer l’intégration et le marché sous-régional, si nous voulons arriver à un développement à la fois de nos economies et des populations. Pour avoir des hôpitaux de qualité, des universités de qualité, il nous faut penser au niveau de la sous-région, plutôt que de se limiter au niveau de chaque Etat.

Limitons-nous à la Côte d’Ivoire, pour vous faire remarquer que votre nom revient ces derniers temps dans la presse, sur la liste des probables ministres du prochain gouvernement. Monsieur le vice-président, il n’y a jamais de fume sans feu, dit-on…


Dans le cas d’espèce, il y a vraiment de la fumée sans feu. Je peux vous le garantir. on m’a plusieurs fois posé la question.

Je vais y répondre de façon très claire. on peut aider son pays à plusieurs niveaux. En étant à la société financière internationale, j’espère avoir apporté ma contribution au développement de ce pays. En rejoignant le groupe Ecobank qui est un groupe panafricain avec une forte présence en Côte d’Ivoire, j’espère aussi pouvoir continuer les efforts. Comme je l’ai dit, les Ivoiriens comme moi, sont à sa disposition pour lui apporter
tout le soutien dont il aura besoin pour le développement de notre pays et de la sousrégion. on associe très souvent le soutien à son pays à un role ministériel. Je pense qu’il y a beaucoup d’autres postes à partir desquels on peut travailler pour son pays. Pour le moment, j’entre dans le groupe Ecobank.

Je serai basé à Lomé, à une heure d’avion d’Abidjan. J’espère pouvoir venir beaucoup plus souvent en Côte d’Ivoire que par le passé. notamment, à titre personnel.

Je pourrai dans un tel context continuer à apporter ma contribution au développement de ce pays. si besoin est, je pourrai par exemple apporter des idées en tant que personne ayant acquis de l’expérience à l’extérieur.

En tout cas, tout ce que je serai capable de faire dans le cadre de mes fonctions actuelles et futures, je le ferai pour le bien de ce pays. Qui m’a à la fois formé et éduqué. C’est donc avec un grand plaisir que je redonnerai au pays et aux petits frères ce dont j’ai bénéficié et qui m’a permis d’être là aujourd’hui.

ALAKAGNI HALA
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