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Dr Maurice Fahé, politologue, à propos de la réconciliation :«Ce que Banny devrait commencer à faire…»
Publié le mercredi 11 janvier 2012   |  Nord-Sud




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Dans cet entretien, le politologue Maurice Fahé propose à la Commission dialogue, vérité et réconciliation de commencer par enquêter sur ce qui divise fondamentalement des populations avant de vouloir les réconcilier.

Certains Ivoiriens se plaignent de ne pas avoir de lisibilité sur le fonctionnement de la Cdvr. Pensez-vous qu’ils ont raison de se plaindre ?
Ce n’est pas évident, vous savez ! Banny lui-même le dit tous les jours. La question qui est posée c’est : « se réconcilier autour de quoi, sur quoi, qui et qui on réconcilie ? ». Ce ne sont pas les Ivoiriens en général. Je pense qu’on devait remonter aux questions qui divisent. Aux questions qui ont fâché et qui ont conduit à la crise.

Quelles sont ces questions ?
Il y a deux questions essentielles en Côte d’Ivoire dont personne ne parle. C’est la question de l’immigration. Il y a une peur de s’exprimer, aujourd’hui, sous des formes quelquefois pas très républicaines. Les Ivoiriens ont peur de se retrouver minoritaires dans leur propre pays. Se retrouver minoritaire, cela veut dire qu’on perdrait beaucoup de droits : droits politique, économique, social, etc., en lieu et place de ceux qui viendraient d’ailleurs. Et c’est cette peur-là qui se manifeste quelquefois par des propos xénophobes, par des propos de nature à caractériser tout nom à consonance nordiste, par exemple, d’étranger. Donc la peur de l’étranger demeure. Et c’est cette peur-là, à l’origine de la crise, qui l’a aggravée. La crise est d’abord économique avant de devenir politique.

Pensez-vous que c’est cette question-là qui devait guider les actions de Charles Konan Banny ?
C’est un ensemble de questions. Parce que vous ne pouvez pas parler de réconciliation en général comme cela. Il faut se réconcilier autour de quelque chose. Et, il me semble que les droits doivent permettre de distinguer ou de tranquilliser ; ceux qui ont peur, doivent être établis de façon claire dans leurs droits, de sorte qu’ils sachent qu’en étant dans leur pays, personne ne viendra prendre leur place, etc., qu’il n’y a pas de quoi avoir peur des autres. Des questions foncières sont posées depuis de longues dates. Il ne faut pas oublier que quand on dit immigration, on dit occupation des terres, occupation des emplois, etc. C’est cette peur-là qui, de façon périodique, revient. Et elle est fondée sur le sentiment qu’on est en train de perdre le contrôle de la terre, le contrôle de l’économie, le contrôle du politique, etc. Il faut que ces questions soient réellement posées et que des réponses soient données. Il faut savoir aussi que pendant la crise, des terres ont été occupées de force. Il faut savoir comment ces terres vont être rétrocédées, il faut rétablir les droits, c’est l’une des conditions pour que les gens se réconcilient indépendamment, bien entendu, des violences, des crimes commis, des morts d’hommes, etc.

Quelle est la méthodologie qui devait pour ce faire être mise en place ?
Je pense que la commission devait d’abord faire une enquête sérieuse, profonde, crédible, etc., pour connaître tous les problèmes qui opposent les Ivoiriens et les non-Ivoiriens, aujourd’hui. J’ai cité, tout à l’heure la question de l’immigration. Ces questions doivent être posées et résolues, dans le calme, sans polémique. Comment des enfants qui sont nés en 1972, peuvent se retrouver aujourd’hui dans des situations où on dit qu’ils ne sont pas Ivoiriens ? Ces questions-là aussi, il faut les résoudre. L’enquête nous montrera qu’il y a tel ou tel problème, telles ou telles questions qui sont essentielles et sur lesquelles les gens ne s’entendent pas. A partir de ce moment-là, il y aura une normalité pour régler ces problèmes-là. Et donc, l’Assemblée nationale dans cette perspective devait jouer un grand rôle.

Entretien réalisé par M. D.

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