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Pascal Abinan, D.G des Impôts : “Nous sentons la reprise économique”
Publié le mardi 20 mars 2012   |  Nord-Sud


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© Ministères par DR
Economie: Pascal Abinan, Directeur general des impôts


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Dans l’exercice en cours, l’administration fiscale doit mobiliser plus du tiers du budget de l’Etat. Comment va-t-elle s’y prendre pour atteindre cet objectif ? Le directeur général des Impôts se dévoile. «On pourra même aller au-delà», lance Pascal Kouakou Abinan.


L’actualité, c’est la flambée des prix sur les marchés. Les populations se plaignent des commerçants qui, à leur tour, pointent un doigt accusateur, entre autres, sur la pression fiscale. Quelle est votre part de responsabilité dans le bouillonnement ambiant ?
Nous sommes tous préoccupés par cette flambée mais ces commerçants profèrent de fausses accusations. Je n’ai pas l’intention de me désolidariser de l’action publique mais quand on parle de prix, ce n’est pas l’administration des impôts. D’autant que le ministère de l’Economie et des finances n’intervient pas dans la structure des prix. En réalité, les questions de prix relèvent du ministère du Commerce. D’ailleurs, j’observe que ce ministère est dans une campagne d’explication tous azimuts qui, je l’espère, va permettre aux uns et aux autres de situer les responsabilités. Le ministre Dagobert Banzio a judicieusement expliqué que c’est la mauvaise organisation des circuits commerciaux qui est en cause. Il y a que des commerçants augmentent les prix sans justification aucune. Certes, nous sommes dans un système libéral où le jeu de la concurrence doit jouer mais je suis au regret de constater que des gens sont en situation de quasi-monopole. Une situation qu’ils utilisent pour faire n’importe quoi. Cela n’est pas normal. Les contrôles doivent s’accentuer afin de débusquer les mauvaises graines. Une solution, c’est l’affichage qu’il faut faire appliquer. L’autre raison est économique. Quand les denrées sont rares, les prix flambent. Si la capacité de production est faible, cela a forcément une répercussion sur le marché qui part à la hausse. Et quand on s’abrite derrière les importations, cela entraîne des frais additionnels. Au demeurant, il s’agit d’un problème d’organisation. Mais, je vois le ministère du commerce se battre pour résorber au mieux tous ces problèmes.

Ce déficit d’organisation ne favorise-t-il pas des déperditions au niveau du recouvrement fiscal?
En principe, si les prix augmentent, l’Etat doit gagner grâce notamment à la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Malheureusement, ce n’est pas le cas parce que les chiffres d’affaires ne sont pas déclarés. Cela dit, au niveau des impôts, nous n’avons pas intérêt à ce que les prix augmentent.

La facture normalisée devait permettre de faire un maillage efficient afin que personne ne puisse dissimuler l’impôt. Les objectifs ont-ils été atteints ?
La facture normalisée a été adoptée à cause principalement du secteur informel. Malheureusement, la fraude est encore incrustée et certains refusent de la délivrer. Avec toutes ces difficultés, on dira que l’objectif a été partiellement atteint. Mais, le combat continue.

Et l’infocentre que votre prédécesseur avait présenté comme la panacée contre la fraude ?
Ecoutez, l’infocentre que nous avons mis en place est une banque de données. Il ne retrace que les informations qu’on y introduit. Si une société ne donne pas toutes ses données, il va sans dire qu’il va se poser un problème d’efficacité. N’empêche que nous sommes en train de corriger toutes ces insuffisances.

La direction générale des impôts a institué une taxe sur les véhicules de plus de 10 ans. Pensez-vous que c’est le meilleur moyen pour lutter contre les véhicules d’occasion ou «France au revoir » ?
Il faut d’abord que je précise qu’en instituant cette taxe, notre objectif n’est pas de réduire les véhicules d’occasion. Nous ne sommes pas contre parce qu’elles ont permis à beaucoup de personnes de conditions relativement modestes de s’offrir un véhicule. Mais le revers de la médaille est que cela entraîne beaucoup de pollution. C’est le lieu de dire que la taxe dont vous parlez est destinée à lutter contre l’insalubrité. Elle a été instaurée sur le principe du pollueur doit payer. Il s’agit de dissuader les gens et de limiter les effets néfastes des gaz. Les fonds collectés vont aider le ministère de la Salubrité urbaine à mener efficacement la bataille pour l’amélioration de notre cadre de vie.

De là à penser que c’est le ministère de la Salubrité qui vous a demandé de mettre en place cette taxe, il n’y a qu’un pas …
C’est une cuisine intérieure à l’Etat. Dans tous les cas, nous ne voyons pas les choses en termes de qui a exigé ceci ou cela. Nous appliquons ce qui est inscrit à l’annexe fiscale.

Quel est le niveau de recettes attendues pour cette taxe ?
Nous entendons collecter 2 à 3 milliards Fcfa.

On ne peut créer une entreprise sans passer par vos services. Aujourd’hui, sentez-vous un frémissement ?
En cette année 2012, il y a une réelle reprise des activités. Tous les experts sont unanimes à le reconnaître. D’ailleurs, cette reprise est arrivée plus tôt que prévu d’autant qu’ils tablaient sur 2013. La principale raison, c’est la confiance dont jouissent les nouveaux dirigeants, en particulier le président de la République. En effet, le chef de l’Etat et son gouvernement inspirent une telle confiance, que les investisseurs et les capitaux affluent. De l’avis des institutions internationales, elles-mêmes, le taux de croissance qui est ressorti négatif à 7,5 % après la crise post-électorale pourra culminer au taux positif de 8 %. C’est un bond prodigieux. Et quand on sait d’où on vient, on ne peut que saluer la performance. En tout état de cause, on ne parle plus de frémissement mais de reprise totale.

Les investisseurs arrivent-ils vraiment ? N’y a-t-il pas un peu de démagogie dans le tableau que vous décrivez ?
Pas du tout ! Vous allez sentir les choses bientôt. Pour nous, les indicateurs sont là. C’est la première fois que les investissements publics atteignent les 620 milliards Fcfa. Cette énorme somme est affectée aux infrastructures dans tous les secteurs. Le président Alassane Ouattara l’a dit, d’ici quelques temps, l’ensemble du pays sera en chantier. Moi, je cons­tate d’ores et déjà que la moisson est en train de tenir la promesse des fleurs. Avec le Programme présidentiel d’urgence, les voies, l’hydraulique villageoise …, les avancées sont visibles. Et dire que tout cela a été fait en 7 mois, la vitesse est exponentielle. Tous les marchés sont en train d’être passés et aujourd’hui, la question est de savoir si les entreprises pourront absorber les 620 milliards Fcfa. C’est inédit dans l’histoire de notre pays.

Et les investissements directs étrangers ?
Le rôle de l’Etat n’est pas d’impulser mais de concevoir le développement. Mais si l’Etat lui-même s’engage, tous les espoirs sont permis. Je suis certain que l’investissement privé va accompagner le public et on pourrait atteindre les 1.000 milliards Fcfa. Telle que je vois la situation évoluer, d’ici la fin de l’année, d’autres ne reconnaîtront plus leur propre pays.

Les jeunes ivoiriens voudraient bien partager votre optimisme. Seulement si …
Que nos compatriotes ne s’inquiètent pas outre mesure parce que c’est du concret.

Ils auront de l’emploi ?
Les signaux sont visibles. D’ailleurs, je pense que l’objectif du million d’emplois sur 5 ans est réaliste. Si les gens viennent, ce sont des entreprises qui surgiront. Si tous les projets sont effectués, c’est évident que les emplois seront créés.

Les emplois précaires comme ces balayeurs de rue ou les expédients comme ces éboueurs?
Je ne suis pas d’accord avec cette façon de voir les choses. Un emploi est un emploi. Il faut que nous changions de mentalité en nous investissant dans tous les secteurs. Le potentiel est là mais le problème est que les Ivoiriens ne travaillent pas assez. Chers frères Ivoiriens, laissons les maquis, et approprions-nous tous ces petits métiers que certains qualifient de précaires. Faisons la promotion de l’auto-emploi parce que tout le monde ne pourra pas travailler dans les bureaux. Les ghanéens sont de bons exemples. Jeunes, vous pouvez vendre pourquoi pas du lait, de l’attiéké.

Bref, revenons au cœur de votre métier. Vous confirmez l’objectif de recettes de 1.115 milliards Fcfa ?
Oui, je le confirme. Je ne suis pas du tout effrayé. Nous avons le potentiel et la détermination. Je pense même qu’on pourrait aller au-delà et atteindre 1.136 milliards Fcfa.

A l’aéroport, vous avez institué une nouvelle taxe sur les billets notamment. Quelle en est l’opportunité ? Avez-vous mesuré que cela puisse impacter sur le coût du billet d’avion ?
C’est normal dans la mesure où cela rémunère un service qu’on rend aux usagers. Si nous voulons un aéroport à la qualité de service amélioré, c’est le prix à payer. Le développement le commande. C’est comme ça partout dans tous les aéroports du monde. Nous n’avons rien inventé.

Vous êtes en train de devenir aussi plus mordant en ce qui con­cerne l’impôt foncier …
Dans le cadre de la décentralisation, on a créé 45 services d’impôt foncier dont une quinzaine à Abidjan et sa périphérie. Nous espérons collecter des recettes dans l’ordre de 100 milliards Fcfa contre 15 à 20 milliards Fcfa par le passé. Cela va permettre de financer les collectivités décentralisées.

Cela va être aussi douloureux pour les populations de l’intérieur qui n’y comprennent forcément pas grand-chose.
Il faut que nos compatriotes n’aient pas peur des impôts parce que c’est cela qui permet d’avoir le développement escompté. Il faut donner les moyens aux collectivités.

Dites-nous quelles sont les innovations que vous apportez dans l’administration fiscale ?
Au niveau organisationnel, nous avons multiplié les services en vue de créer plus de proximité avec les contribuables. Nous avons créé des directions régionales et un centre d’impôt dans chaque chef-lieu de région. Au niveau opérationnel, je veux moderniser et équiper les services notamment en matériel informatique et logistique. L’objectif est d’accroître la compétitivité de notre administration. Chaque trimestre, un sé­mi­naire d’évaluation est organisé pour établir un bilan et maintenir tout le monde en éveil.

Avec vous, on a l’impression que les syndicats, d’ordinaire si exigeants, sont devenus plus compréhensifs, s’ils ne sont pas dormants. Vous devez avoir un secret…
En réalité, les agents des impôts sont responsables et consciencieux. Ils savent qu’avec tout ce que leur pays a subi, ils ont un rôle éminemment important dans la reconstruction qui ne s’accommode pas des grèves et autres perturbations. Le fait qu’ils assument ce rôle ne veut pas dire qu’ils ont peur de moi ou qu’ils sont dormants. Pas du tout. On se parle régulièrement. Au fond, la nouvelle Côte d’Ivoire les intéresse et ils envisagent de participer à la tirer vers le développement. Je vois qu’ils sont au travail et je les félicite. Leur mérite est d’autant plus grand qu’après la crise, ils ont travaillé dans des conditions extrêmement difficiles. Notre administration était sinistrée. Plus de 1.000 ordinateurs dérobés, 150 véhicules disparus et un outil de travail littéralement réduit. Pas d’électricité, pas de climatiseurs et parfois pas d’eau. Les agents étaient assis sur des chaises de funérailles. Quel sacrifice !


Interview réalisée par Lanciné Bakayoko

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