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L’imam Daouda Sangaré de Pk 18 : «Mes rencontres avec IB»
Publié le vendredi 23 mars 2012   |  Nord-Sud




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Témoin privilégié de la résistance à Abobo Pk 18, durant la crise post-électorale, l’imam Daouda Sangaré se confie.
Vous avez vraiment été témoin de la résistance dans votre quartier ?

Oui, tous ceux qui ont joué un rôle dans cette résistance me connaissent. De par ma mission d’homme de Dieu, les jeunes se confiaient à moi. Et je faisais partie des sages du quartier auxquels ils ont beaucoup fait confiance.

Comment s’est fait votre contact avec ces jeunes ?

Tout est parti un matin de décembre où trois jeunes sont venus me voir pour me dire qu’ils étaient prêts à affronter les militaires fidèles à Gbagbo, qui refusent de reconnaître les résultats des urnes. Ils ont souhaité que nous, les sages du quartier, les soutenions dans leur projet. Le pouvoir illégal de Gbagbo venait de réprimer violemment une marche du Rhdp. J’ai répondu aux jeunes qu’ils avaient notre soutien. Et ils ont fait le serment de ne mener leur action que dans le seul cadre du respect du verdict des urnes et de l’autodéfense. Ils n’avaient aucune arme. Les populations les ont soutenus.

Vous ont-ils aussi parlé d’Ibrahim Coulibaly dit IB, venu prêter main forte à la résistance ?
Nous étions très contents que les enfants du pays se retrouvent autour du même combat. C’était comme une fête, ce jour-là, dans ce quartier. Mais nous avons été très vite déçus quand IB a commencé à dévoiler son propre projet. Certains de nos enfants que nous avons encouragés à la résistance, ont commencé à me dire qu’IB veut changer le système. Car, selon lui, personne, ni Gbagbo ni Alassane ne pouvait ramener la paix dans le pays. Dans son raisonnement, il n’était plus dans la logique de faire triompher le verdict issu des urnes. Il a commencé même à faire l’épuration dans ses rangs. Tous nos enfants qui étaient soupçonnés d’être de connivence avec les éléments du Golf hôtel étaient systématiquement tués. Nous étions très inquiets.

Comment avez-vous réagi ensuite?

J’ai tout de suite rencontré IB en vue d’avoir la confirmation de ses idées. C’était ma première rencontre sur les sept que j’ai eues avec lui. Ce jour-là, je me suis fait accompagner de deux autres vieux du quartier. Tout de suite, il a nié. Il nous a laissés entendre qu’il était venu pour nous. Pendant ce temps, les combattants, proches de lui, disaient clairement qu’ils étaient les soldats de Dieu et qu’ils ne combattaient plus pour un camp. Quelques jours après, il nous a fait appel, lui-même. A cette rencontre, c’est le «commandant Boers» qui nous a reçus. Il nous fait savoir qu’IB ne pouvait plus nous rencontrer. Sous mon insistance, il a fini par nous recevoir.

Et qu’est-ce que vous vous êtes dit ?
Nous lui avons demandé de nous dire clairement sa position. Il nous a fait savoir qu’Alassane est son papa et sa femme, sa maman. C’est ainsi que je lui ai dit de se rendre au Golf hôtel. Je l’ai sensibilisé en lui disant que c’était la seule façon de lever tout soupçon sur sa personne. Je lui ai même dit que Mathias Doué est rentré, il est allé au Golf, les généraux Coulibaly,Palenfo aussi. Et bien d’autres militaires ont fait la même chose. Je lui ai aussi dit de prendre l’exemple de Koné Zackaria. Qui est aujourd’hui aux ordres du président de la République. Il m’a répondu que les gens de Bouaké sont venus sans l’avertir et qu’il ne voulait pas qu’on se foute de lui. Mais il m’a demandé de créer les conditions de cette rencontre avec Alassane Ouattara, pour engager des négociations.

Et avez-vous créé ces conditions?

Les gens parlent d’une affaire qu’ils ne connaissent pas. C’est nous qui étions au cœur des négociations. Je vous dis que c’est IB lui-même qui faisait preuve de mauvaise foi. C’est nous qui étions les intermédiaires. Quand il a lâché la phrase, « créez les conditions pour que je rencontre Ouattara », nous étions soulagés. Puisque le président lui-même lui a lancé un appel. Aussi, j’ai immédiatement appelé le cheikh Boikary Fofana pour solliciter son aide.

Que vous a-t-il répondu ?
Il m’a dit avoir pris bonne note. Puis, une semaine après, il m’a appelé pour me dire qu’il ne pouvait plus. J’ai envoyé le président des résidents de Pk 18, Soro Balafon, rencontrer les autorités au Golf. Elles ont montré leur bonne volonté d’accepter IB. Elles ont même sollicité l’Onuci, pour mettre IB en confiance. Sur le plan militaire, nous avons rencontré les commandants Morou Ouattara, Vétcho, Chérif Ousmane, Koné Zackaria et le colonel Karim Ouattara. Ces militaires qui étaient prêts à lancer l’assaut sur le quartier nous ont donné le temps de dire à IB de les rallier. En vain. Nous avons délégué vingt vieux senoufos, koyakas, odiennékas et baoulés pour intervenir. Nous n’avons rien négligé. Nous n’avons jamais souhaité un affrontement entre des frères.

Quel était son problème au juste ?

Je pense qu’il était guidé par une soif de vengeance, qui devait être assouvie par la prise du pouvoir. Il nous a dit que Soro ne devait pas figurer dans la chaîne de rencontre avec Ouattara. Je vous cite sa phrase : « Si Soro, à vos yeux, est quelqu’un, il ne représente rien pour moi, général IB ». Je lui ai répondu qu’il se trompait gravement. Je lui ai dit ceci : « Soro n’est plus un petit. Soro n’est pas un petit. Tu connais Seydou Diarra, Charles Konan Banny, ils ont l’âge du père de Soro. Mais Soro a réussi là où, malgré leur volonté, ces deux hauts cadres vétérans ont échoué. Même ton fils peut être plus grand que toi. C’est aujourd’hui le cas de Soro Guillaume. Aujourd’hui, personne en Côte d’Ivoire ne peut ignorer la grandeur de Soro. Malgré ce qui vous a divisés, il faut faire la paix avec lui. Lui et ses hommes, avec le président Ouattara sont prêts à te recevoir ». Malheureusement, nous n’avons pas été entendus.

Avez-vous un dernier mot à lancer aux Ivoiriens ?

Que les Ivoiriens d’où qu’ils viennent s’unissent. Qu’ils acceptent de faire la paix et de se pardonner.

Propos recueillis par Ténin Bè Ousmane

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