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Enquête - Bondoukou/ Trafic illicite des produits agricoles: Sur les traces des trafiquants de noix de cajou
Publié le lundi 21 mai 2012   |  Le Temps


Bouaké
© Présidence par Aristide
Bouaké : Le chef de l’Etat, SEM Alassane Ouattara inaugure une usine de transformation de noix de cajou, du Groupe industriel Olam
Jeudi 23 février 2012. Bouaké. e chef de l’Etat, SEM Alassane Ouattara inaugure une usine de transformation de noix de cajou, du Groupe industriel Olam


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Le trafic illicite des produits agricoles a pris de l’ampleur ces dernières années du fait de la crise sociopolitique qu’a traversée la Cote d’Ivoire. A Bondoukou, zone frontalière d’avec le Ghana, ce commerce illicite sur la noix de cajou rapporte beaucoup aux « passeurs » qui y gagnent gros. Enquête sur un trafic qui « tue » l’économie ivoirienne
Ce lundi, le 30 Avril 2012, nous sommes à Bondoukou, la cité aux « mille mosquées ». Précisément à Djiminisso ou quartier des djimini, il est 19 heures. Sur l’une des artères principales de ce quartier populeux, ça grouille de monde. Les coups de klaxon des motos, le ballet des véhicules de ramassage de noix de cajou de type Kia. Tout cela montre bien que nous sommes en pleine campagne de « l’or gris » ou noix de cajou. L’ambiance captivante qui prévaut à cette heure nous emporte pourtant peu. Nous sommes plutôt attirés par les de va-et-vient des « faiseurs de loi » dans le secteur de la noix de cajou. Nous suivons, l’air surpris, de bout en bout, les mouvements des trafics illicites des noix de cajou à destination du Ghana voisin, précisément sur la ville de Sampa. Malgré l’assurance à nous donnée par notre jeune guide répondant au nom Abinan, rien ne présage pour l’instant qu’il aura le départ d’un convoi cette nuit du 30 Avril au 1er Mai 2012. Pour mieux tenir le filon, il faut parler peu et ne pas s’approcher des lieux de déchargement du précieux produit. Sinon, vous risquez votre peau. Qu’à cela ne tienne ! Nous continuons de faire le pied de grue, pour voir partir. Un convoi à destination de ce pays voisin dont la production annuelle de noix de cajou est officiellement de 25 Mille tonnes. Le temps s’égrène et ne peut suspendre son vol. Il est 23 heures, toujours en compagnie de notre guide, nous continuons d’arpenter les ruelles de la ville. Le jeune Abinan, très au fait du mouvement que nous, ne manque pas de nous situer sur la réalité de ce commerce illégal. « Les véhicules 25tonnes 10 roues que vous voyez couverts de bâche au raz de la carrosserie sont non seulement bourrés de sacs de noix de cajou, mais sont en position de départ pour Sampa, cette nuit », précise notre guide. Mais à quelle heure ? « Tout se fait très tard la nuit voire au petit matin, entre 2 heures et 3 heures du matin quand il n’ y a plus assez de mouvements dans la ville », rétorque sans attendre Abinan. Déterminé à ne pas manquer ce que nous qualifions plus tard de scoop, nous mettons le cap sur le quartier « Tp » puis le quartier Kamagaya. Une fois dans ces deux quartiers, nous tombons sur deux véhicules de patrouille de la Police et de la Gendarmerie nationale. Renseignement pris, l’ordre a été donné par le préfet de Région du Gontougo, de ne laisser sortir frauduleusement aucune noix de cajou au-delà des frontières ivoiriennes. Effectivement, cette nuit là, nous avons pu apercevoir au quartier Kamagaya et « Tp », une patrouille régulière une Nissan Hardbody de Type 4x4 double cabine de couleur blanche de la Gendarmerie et un autre véhicule occupé par des éléments de police occupés à faire la ronde. Las de ne voir aucun indice palpable pouvant nous faire avancer dans nos investigations, nous remettons le cap sur le quartier Commerce. Il est environ 23 heures 45 minutes. C’est là que notre attention est attirée par une présence de lumière à travers les claustras du « Musé des Arts et des Civilisations », une vielle bâtisse qui daterait du passage de l’Almamy Samory Touré dans cette localité. « Ça y est vieux père, il y aura un départ. La lumière que vous voyez, c’est dans le bureau de l’Union des acheteurs de Bondoukou,( Unabo). C’est là que tout se décide nuitamment. Ils sont au boulot … ! » Nous dit notre guide, prenant le soin de parler à voix basse.

Un commerce juteux qui se fait la nuit

Tout en nous faisant plus discrets, nous nous résolvons de continuer la sentinelle, pour suivre dans les moindres détails jusqu’au top départ de la dizaine de camions que nous avions déjà repérés aussi bien au quartier Djiminisso qu’au « Commerce ». C’est sur ces faits que soudain, le ciel se fait menaçant avec du vent qui charriait du sable. La mort dans l’âme, nous retournons à notre base tout en promettant de revenir à la charge le lendemain. Mais aux dernières nouvelles, ce sont environ une trentaine qui ont franchi cette nuit-là la frontière Est de la Cote d’Ivoire en passant par le village de Tissié , environ 10 kilomètres de Bondoukou ou par le village de Tamba. Un fait quotidien devenu banal dans cette partie du pays. Ce sont entre 17 camions de 25 tonnes et 30 camions de 25 tonnes de noix de cajou brut qui ont ainsi échappé aux cordons douaniers ivoiriens, aux environs de deux heures du matin et escortés paradoxalement par des hommes en armes, nous dit-on , à bord d’un 4x 4 double- cabine de marque Nissan Hardbody, portant des impacts de balles sur la portière gauche. Très amer mais déterminé à savoir davantage sur ce trafic, nous mettons très tôt le lendemain, sur Soko, puis Sampa, sur les traces des « trafiquants » de noix de cajou. Rappelons également que dans la nuit du 1er au 2 Mai, nous avons appris qu’un autre petit convoi d’environ dix camions de 25 tonnes a été organisé. Ce qui veut dire qu’en deux nuits d’activités, ce sont environ 1000 tonnes de noix de cajou brute qui sont sorties frauduleusement du pays. Mais que gagnent les auteurs de ce commerce illicite et pourquoi le phénomène prend tant de l’ampleur ? Les explications de M. Kossonou, membre influent de l’Union des Acheteurs de Bondoukou, nous situent davantage sur ce fléau au contour parfois culturel et bien ancré chez les populations vivant à la lisière des frontières ( Voir encadré ). « Les passeurs qui agissent ici à visage découvert et nuitamment perçoivent par véhicule 385 mille Fcfa qui finissent en partie, par se retrouver sur la table ou dans les poches de certaines personnalités bien connues aussi bien dans la ville qu’à Abidjan. Rien que dans la nuit du 30 avril 2012, sur la base du nombre de véhicules traités, le butin, selon des sources concordantes, oscille entre 6 millions 745 mille francs Cfa à 11,550 millions Fcfa en moyenne ». Avons-nous appris d’un informateur. Une manne qui ne profite qu’à des commanditaires tapis dans l’ombre au détriment de la santé de l’économie nationale.

De Soko à Sampa via la route officielle contournée par les trafiquants
Il est 7 heures 30 minutes ce 1er mai 2012, après 20 minutes de route très poussiéreuse et chaotique dans une guimbarde branlante, 7 km de route rocailleuse et poussiéreuses qui serpentent entre les plantations à perte de vue d’anacardier, nous voici à Soko, la célèbre localité (À cause de ses singes sacrés entrés fronde depuis quelques temps) d’environ deux mille âmes. Ici, aucune trace ne laisse entrevoir que le fameux convoi est passé par là. A ce poste douanier et frontalier, les agents se tournent le pouce. Parce que le trafic de gros camions de marchandises est presqu’inexistant.( voir photo). Renseignement pris, le convoi que nous avons pris en « filature » a contourné la route officielle, en passant nuitamment par le quartier « Tp » soit par le village de Tissié, pour rentrer sur le territoire ghanéen en évitant également le poste frontalier ghanéen, destination Sampa soit par Tamba pour rentrer au Ghana. Après près de 40 minutes de route, que nous n’avons pas vu vraiment passer, notre guide va renouveler ses consignes : « Ne pas surtout parler de noix de cajou au risque de nous faire prendre » La voie bitumée qui nous conduit à Sampa, bourgade d’environ dix mille habitants confirme bien tout ce qui se dit sur cette localité visiblement en chantier avec ses grandes voies en train d’être bitumées et ses entrepôts de noix de cajou. Sampa peuplée des Nafana entre autres et qui est constamment en chantier, dispose de plusieurs établissements de crédit. Selon un habitant, les infrastructures qui donnent fière allure à la ville sont financées grâce à un prélèvement de 20 Fcfa sur chaque kilogramme de noix de cajou. 8 heures 30 minutes après la gare routière, nous décidons d’aller vers le port sec via le centre ville Sampa. Un port Sec en puissance. Soudain notre regard est attiré par la présence d’un camion portant une plaque d’immatriculation ivoirienne. Il s’agit d’un camion 25 tonnes aperçues la veille dans une ruelle de Bondoukou, en plein déchargement devant un magasin. Pour mieux observer, les mouvements de véhicules à l’entrée d’un grand entrepôt de conditionnement de noix de cajou, situé non loin de la gare routière, tenaillé par la soif et pistés par un jeune homme, certainement un flic, notre informateur nous conseille de marquer une pause dans un complexe bar et restaurant ; « Borderview », l’un des points chaud et centre de ralliement des noceurs de la ville. Malgré, la zizanie que nous créons, nous nous sentons filés par un jeune homme apparemment attiré par notre mouvement depuis notre arrivée dans la ville de Sampa. Changement de ton, causerie amicale à forte dose d’alliance à plaisanterie avec la tenancière qui est Nafana( senoufo originellement de Sinématiali). Enfin, le tour est joué, celui qui nous suivait de près a décidé de nous lâcher les baskets ! Entre deux photos souvenirs, dont le but était de prendre la photo de l’entrepôt d’à coté. Le coup est joué. Nous voyons un autre camion ivoirien de marque Daf, 25 tonnes immatriculé 5410 Fa08 partir vider à son tour son chargement. Il est 10 heures. Le soleil commence à déployer ses rayons sur nos têtes. La chaleur mélangée à l’odeur de carburant frelaté rend l’air insupportable. Des sueurs ne manquent pas de dégouliner de notre visage. Mais nous restons déterminés à aller jusqu’au bout de notre enquête. Point question de baisser les bras en si bon chemin. En chemin donc, pour la gare routière, nous tombons sur un fait insolite. La Nissan Hardbody double cabine de couleur blanche qui faisait la ronde la veille à Bondoukou, occupée par trois hommes en armes et un civil en train de charger un moteur de voiture. Pour reprendre la direction de Bondoukou qui produit le 1/3 de la production ivoirienne qui est de d’environ 400 mille tonnes par an ? Rien n’est moins sûr. Les exportations frauduleuses ont fait perdre à la Côte d’Ivoire, 65 milliards de Fcfa en 2011. Pendant que le tonnage de noix de cajou exporté frauduleusement a dépassé la barre des 100 mille tonnes voire 150 mille tonne des frontières nord à destination du Burkina Faso et vers l’est de la Cote d’Ivoire, contre 15 mille tonnes en moyenne au cours des campagnes précédentes. Sur la même période, à peine 280 mille tonnes de noix de cajou ont été enregistrées au Port d’Abidjan. Tel est le triste résultat auquel l’Etat est contraint de faire face. Peut-être par parcimonie ? En tout état de cause, notre séjour dans cette partie du pays a permis de toucher du doigt cette autre réalité qui « tue » l’économie nationale.

Bamba Mafoumgbé, bamaf2000@yahoo.fr





Encadré : Les vérités des acteurs et des têtes couronnées

M. Kossonou, membre influent de l’Union nationale des acheteurs de Bondoukou( Unabo) que nous avons joint par téléphone est on ne peut plus précis en ces termes : « S’ils ne veulent plus qu’on parte vendre notre produit au Ghana, qu’on améliore les prix aux producteurs ». Dénonçant l’inactivité du gouvernement face au non respect du prix bord champ. « Si le prix demeure ce qu’il est sans connaître une hausse sur le terrain, (c’est-à-dire 310 officiellement contre 275 Fcfa le kg bord champs), nous préférons pratiquer la loi de la proximité en allant au Ghana voisin. Où le prix du Kg avoisine parfois les 375 Fcfa, le kilogramme » a-t-il prévenu. Ajoutant : « On nous dit d’aller aux Ports d’Abidjan et San Pedro, mais regarder l’état de notre route. L’axe Bondoukou – Abidjan. Avec un coût de location d’une remorque qui revient au bas mot à 600 mille Fcfa. Nous sommes victimes des braquages sur les routes ». Récemment, a rappelé notre interlocuteur, on a volé 75 sacs sur une remorque au port d’Abidjan. Par ailleurs, le travail de la collecte de noix de cajou est très pénible. Les paysans ne sont pas à l’abri des piqûres de serpents et autres insectes venimeux. Autant de difficultés qui ne sont pas du goût du paysan, se sentant abandonné par l’Etat. La population a trois mois de débrouillardise et neuf (9) mois de galère. Pendant la campagne, du simple boutiquier au petit commerçant de quartiers tout le monde devient acheteurs de noix de cajou pour se faire un peu de sou dans une région où la pauvreté gagne du terrain. M. Kossonou qui n’est peut-être pas étranger à cet univers ajoute : « C’est à tort qu’on accuse le préfet de région dans cette affaire. Son prédécesseur qui s’est opposé à ce trafic illicite est parti sur la pointe des pieds. Quand il a fait bloquer les choses, la population s’est soulevée contre lui. Il est impuissant dans cette affaire. Il est un préfet de région pauvre à la tête d’une région pauvre A l’époque nous avons préconisé la construction d’un port sec au niveau de Soko , qui nous permettra de récupérer le Droit unique de sortie( Dus) pour l’Etat mais nous n’avons pas été suivi. 99% de la sacherie utilisée provient du Ghana. A Bondoukou nous ne savons pas ce que c’est que le trafic illicite de noix de cajou… On ne peut venir chercher 315 Fcfa au port à plus de 500 km alors qu’ à 14 km , on a la possibilité d’avoir 375 Fcfa à Sampa … ». Un aveu d’impuissance pourrait-on déduire. Car, si des individus s’enrichissent dans ce négoce, la Cote d’Ivoire voire la région du Gontougo perd gros. En effet, la ville de Bondoukou, est régulièrement en proie à des baisses de tension au niveau de la fourniture de l’électricité pendant que celle de l’eau est rationnée par quartier chaque 48 heures. D’où l’usage abusif des bonbonnes de 20 litres pour recueillir de l’eau potable en permanence. Ecœuré et impuissant face à ce deal, K. Adjounan, chauffeur de son état avoue : « Ce sont les ivoiriens qui envoient leurs produits au Ghana. Dans le sens inverse, il n’y a pas de trafic de ce genre. Le ghanéen très nationaliste ne s’adonnerait pas à un tel trafic ». Pour tout dire, à Bondoukou, la commercialisation de « l’or gris » est un enjeu très important. Des petits producteurs en passant par les têtes couronnées, aux associations de jeunesse de cette ville qui ne dispose d’aucune usine, les populations du Gontougo n’ont qu’un seul vœu : Améliorer le prix aux producteurs d’une part, et mettre un terme à défaut, juguler ce commerce, d’autre part. Qui en réalité ne profite pas au développement de la Région. Le manque d’organisation des producteurs, l’incapacité de l’Etat ivoirien à faire appliquer ses propres lois. Les partisans de cette position soutiennent mordicus que, face à cette situation mafieuse, la solution est d’envoyer les noix de cajou au Ghana à la recherche de meilleurs prix. Leurs adversaires qui hier prospéraient dans ce trafic, brandissent aujourd’hui l’intérêt national. Ils se disent déterminés à s’opposer par tous les moyens à cette exportation frauduleuse. Même s’ils reconnaissent que le non respect du prix indicatif cause de nombreux préjudices aux producteurs qui ne profitent pas du fruit de leurs efforts. AdouYao dit Bedidier, chef de village de Bonem s/p Bondoukou que nous avons rencontré joue la carte de la sagesse. « Notre action vise à aider l’Etat à faire respecter ses engagements. Mais notre problème c’est que le prix fixé par l’Etat (310 FCFA) aujourd’hui, sur le terrain n’est pas respecté. Le gouvernement doit revoir le prix aux planteurs » Le Docteur Bini Kouakou, pour sa part, enseignant, chercheur à l’université de Bouaké, président de l’association des chefs de village des sous-préfectures de Pinda-Boroko et Appimadoum, chef de village de Pinda est sans ambages : « Dans notre région, il y a un trafic incroyable de l’anacarde qui s’opère. Il faut que nous soyons unis pour freiner cela. Parce qu’on dit qu’à Bondoukou, nous n’avons pas d’usine. Mais, si vous faites parti l’anacarde au Ghana, comment on peu savoir, que vous produisez de l’anacarde ici ? C’est donc une concertation que nous allons mener avec les chefs. Mais le problème principal, c’est comment allons nous désenclavé cette région qui manque de routes pour l’évacuation de nos productions ».

Bamba M.

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