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Crises africaines/La françafrique, une pratique indigne
Publié le mardi 22 mai 2012   |  Le Temps




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Le continent africain, indexé comme le berceau de l’humanité passe dans sa construction par beaucoup de vicissitudes. Les expériences amères vécues font de lui un espace dont l’édification requiert de la détermination pour ses leaders. En effet continent porteur d’un bel avenir, il a consécutivement connu les temps frustrants de l’esclavage et de la colonisation où les Africains ploient sous le joug de l’Occident, par l’exploitation à outrance de leur personne, de leur sol et sous sol sans jamais broncher. Bref, toutes les énergies des Nègres sont consacrées à satisfaire les besoins des occidentaux dans le processus de leur développement. Vient ensuite dès 1960 les indépendances africaines, le temps pour ces peuples de se gouverner eux-mêmes. C’est un temps de relative liberté où l’indépendance est nominale, mais économiquement confisquée, car les nations africaines demeurent les vaches à lait de l’occident et notamment de la France, dont le pré carré reste rivé au sol en termes de développement à cause de sa coopération qui infantilise les nations à elle attachée. En fait, si bien que des nations comme l’Allemagne, l’Italie et la Belgique ont abandonné les réflexes colonialistes, la France elle, reste viscéralement attachée à cette pratique indigne. En effet, pour sa survie, Paris entretient assidûment l’esprit honteux d’un pré carré qu’il tient en permanence dans une captivité sans pareille, du fait des contrats léonins signés avec ces nations, depuis l’aube des indépendances; qui s’expriment par la pression sourde et souvent ouverte de son parapluie militaire. Et la division bipolaire du monde a motivé le renforcement de la domination de la France sur les espaces sous sa coupe, par la création de la Françafrique qui constitue un champ de rayonnement pour cette puissance, en imposant ses choix sous tous les angles. En fait, la fin de la bipolarité du monde dès les années 1990, avec la rupture du mur de Berlin en 1989 et l’affaissement de l’Union soviétique qui engendre la fin de la Guerre froide ne change strictement rien au comportement de ce pays. Pour préserver ses intérêts et maintenir son prestige mondial, cette nation utilise des pressions déguisées et au besoin de la violence ouverte partout en Afrique, dès lors qu’il y a une divergence de vue sur des questions d’intérêts majeurs. La France peut ainsi créer l’insécurité et l’entretenir en Afrique par un soutien actif à des rébellions en les équipant et en les formant, à l’effet de réaliser son projet politique et stratégique qui consiste à maintenir son monopole économique et instaurer une exclusivité commerciale, contrariant ainsi la mondialisation dans son essence. Quoiqu’elle se présente comme puissance mondiale, la France est vulnérable à souhait et ses dirigeants s’inscrivent en permanence dans les réseaux criminels en quête du rayonnement de leur pays. Elle s’active ainsi à renverser tous les dirigeants africains insoumis, aux velléités indépendantistes et souverainistes, sous le pudique prétexte de rétablir la paix ou protéger des civils contre des dictateurs, alors que les motivations profondes sont ailleurs. Echaudée par l’expérience rwandaise, la France s’inscrit désormais dans la gestion multilatérale des crises en Afrique et dans le monde, pour atténuer l’unilatéralisme impérial américain depuis son attaque contre l’Irak en dépit de toutes les oppositions officielles (…). En tout cas, les résolutions floues de l’Onu ont servi d’alibi à la France (de Sarkozy) pour l’emploi d’une violence inouïe en Côte d’Ivoire et en Libye contre messieurs Laurent Gbagbo et Kadhafi, ce qui cache un projet…, celui d’empêcher la construction d’une Afrique décomplexée et conquérante, pour la réduire à un continent aux ordres et à la mamelle car dirigé par des marionnettes aux commandes des Etats grâce aux coups de canons.
Des marionnettes aux commandes des Etats grâce aux coups de canons
Au nom de la mondialisation qui inscrit toutes les nations dans une histoire unique et fait de la planète une scène unique, les africains doivent songer à l’édification d’une Afrique digne. En effet, pour s’insérer harmonieusement dans cet univers hautement concurrentiel, l’Afrique doit nécessairement rompre avec toutes les pratiques qui l’infantilisent. Elle doit donc s’émanciper du déterminisme et du «larbinisme» qui caractérise ses dirigeants, à servir de cheval de Troie pour les coups bas contre leurs peuples. En fait, l’Afrique digne ne résultera que de la volonté des acteurs de ce continent à porter un regard critique sur leur environnement et sur leur gouvernance. Ils doivent être audacieux et s’examiner à fonds pour réduire les multiples obstacles au développement du continent. Il est donc d’intérêt majeur pour les gouvernants d’œuvrer individuellement et collectivement à se soustraire du tutorat prononcé de la France. Il importe à cet égard que l’Afrique trouve un mécanisme approprié en son sein pour arrêter le tripatouillage des constitutions, expression éloquente du refus de toute alternance politique au sommet de l’Etat et vecteur de violences potentielles du fait des frustrations. Une Afrique forte et digne sera l’émanation d’une réflexion commune de ce peuple à veiller au respect de la Démocratie dans les différents pays, au travers d’un observatoire créé et équipé à cette fin. Alors, l’on fera de l’ingérence en amont, pour éviter les crises de nature à ruiner la vie des populations. Cette construction de l’Afrique digne s’articulera aussi autour d’une coopération sud-sud plus dynamique et qui instrumentalise moins. En effet, les nations africaines devraient se bâtir autour de pôles régionaux dont l’acteur central est une nation plus forte économiquement et politiquement stable, à l’instar du Brésil en Amérique latine. Ces nations devraient s’ouvrir aux pays émergents, pour une gestion multilatérale des questions sensibles du continent. Dans ce cadre, les institutions régionales et sous-régionales du continent, pour être fiables devraient prendre en charge leurs financements en vue de préserver son indépendance et sa souveraineté. Ce qui réduit du coup la probabilité d’instrumentalisation diplomatique et militaire de ces institutions qui agissent à ce jour comme de simples caisses de résonnance de ces puissances extérieures.
L’urgence d’ériger une Afrique digne
Une Afrique digne devrait créer des systèmes sécuritaires outillés au sein des différents ensembles et œuvrer à empêcher l’insécurité introduite et entretenue par la France aux fins de tenir le continent sous son contrôle, car elle est vecteur d’une insécurité endémique. L’instauration d’une Afrique rayonnante doit s’adosser à la création de monnaies régionales fortes débarrassées du poids colonial résultant de la présence envahissante des ex puissances coloniales. En fait, la monnaie est un instrument qui reflète le rayonnement d’une économie ou d’une zone donnée par sa valeur; elle doit donc cristalliser toutes les attentions dans le processus d’édification de l’Afrique comme un espace majeur dans le système mondialisé. Il faut cependant nourrir le rêve d’aboutir à termes à la création d’une monnaie unique. En effet, inventer l’Afrique grande doit passer par donner à la jeunesse des repères, des valeurs précises et une éthique digne. C’est ici que la 17è Assemblée générale de l’Ua tenue à Malabo en juin 2011, en abordant la question essentielle du rôle de la jeunesse africaine, ouvre un chantier de grand intérêt. Elle met ainsi les jeunes au centre d’une problématique qui est celle d’une Afrique forte grâce à une jeunesse porteuse de valeurs nouvelles, de capacités d’analyses relevant d’une grille de lecture adaptée aux réalités nouvelles. Il est dès lors question d’inculquer aux jeunes d’Afrique un idéal de conscience qui envisage un autre type de coopération avec l’occident, qui intègre les paradigmes de souveraineté, d’indépendance et de dignité. En définitive, la construction de cette Afrique projetée ne peut être que l’œuvre des africains eux-mêmes, dans un réalisme politique qui exclut d’abord que les dirigeants du continent fonctionnent comme des marionnettes des puissances occidentales. Il convient de forger des institutions régionales et sous-régionales fortes, en leur consacrant un financement conséquent, au lieu de laisser cinq (5) pays africains sur la cinquantaine de membres financer 75% du budget de l’Ua, et le reste à des contributeurs extérieurs. Enfin, la jeunesse au centre de tous les enjeux mérite d’être instruite à un nouveau type de conscience et de partenariat avec l’Europe dans cet univers mondialisé. En fait, en intégrant que l’utopie est la mère des grands succès, l’Afrique doit s’inventer digne en réduisant résolument par son ardeur les contradictions politiques internes au continent. Les défis nouveaux sont multiples et invitent les acteurs à plus d’engagement fort pour anticiper les crises et ainsi donner le jour à une Afrique digne, qui marche glorieusement dans cet univers hautement concurrentiel. Il est temps que par ses actes, l’Afrique démente l’afro pessimisme radical de Stephen Smith qui justifie le «retour en force» des puissances occidentales et singulièrement de la France en identifiant ce continent comme le «paradis de la cruauté», l’espace où les africains «se bouffent entre eux» et «s’enferment dans un autisme identitaire».
G. Kanignon

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