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Tanella Boni a affirmé dans une interview à nous accordée, qu’il y avait, en Côte d’Ivoire, des écrivains alimentaires ; ceux que Jean Marie Adiaffi qualifiait d’écrivaillons.
Publié le mercredi 23 mai 2012   |  Le Mandat




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- Autre Presse - 11/5/2012

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La formulation de votre question me fait rire : on dirait un devoir de dissertation que le prof. de lettres donne à ses élèves. Non, je ne suis plus à l’âge des dissertations sur des pensées de tel ou tel auteur. Cela dit, la littérature alimentaire, tout comme l’art alimentaire, existe partout dans le monde. Ce n’est pas une tare spécifique à la littérature ivoirienne. Et puis d’ailleurs, pourquoi la littérature ne devrait-elle pas nourrir son homme à l’instar de la musique ou du sport ?

Les librairies sont bel et bien faites pour nourrir les libraires ; alors, pourquoi le livre ne nourrirait-il pas son auteur ?

Je vous cite : « l’espace qui abrite l’art et la création doit être l’un des plus beaux espaces d’Abidjan », en référence à l’Insaac. Avez- vous réussi à atteindre cet objectif, à ce jour ?
Non, pas encore. Mais on s’y attèle tous, et on y arrivera. Il n’y a d’ailleurs pas de raison que les choses se passent autrement. Tout l’Insaac est mobilisé pour réaliser le défi de la renaissance esthétique et académique de cet institut.

Que pensez-vous de la récompense du prix ivoire qui double son gain pour l’édition 2012 ?

Une très belle initiative. J’en viens même à regretter d’avoir trop vite remporté ce prix qui se bonifie financièrement et médiatiquement au fil des années.

Vous êtes écrivain et vous produisez des livres. Mais vous êtes aussi musicien, et on se dit : mais quand est-ce que vous sortirez un album musical, quand l’on sait que vous excellez dans le jazz ?

Exceller dans le jazz, c’est trop dire. Disons que le jazz est l’idiome musical dans lequel je me sens le plus à l’aise. Les albums musicaux, j’en ai fait. Le plus connu fut « Un podium pour Ful », qui eut un énorme succès en Côte d’Ivoire. J’en ai enregistré bien d’autres depuis ; mais pour des raisons trop longues à être exposées ici, ils n’ont jamais été mis sur le marché. Mon dernier album qui comprend 8 titres, tous dans le registre du jazz, se trouve encore en studio entre les mains de Koudou Athanase. Il n’a pas été achevé car j’ai perdu, entre temps, mon bassiste Gustave Guiraud qui est décédé. J’en ai tellement été affecté que j’avais renoncé à poursuivre l’enregistrement. Mais je pense que je vais l’achever. Rien que pour honorer la mémoire de mon ami. Je profite de l’occasion de cette interview pour lancer un appel à Koudou Athanase dont j’ai perdu les références : qu’il veuille bien prendre contact avec moi, à l’Insaac, pour qu’on boucle cet album.

Quel est votre regard sur la musique ivoirienne aujourd’hui ?

Je n’écoute qu’Alpha Blondy, Meiway et Dez Gad. Occasionnellement, quelques autres comme Tiken Jah et Larry Cheick. Ceux-là ont du génie. Ecoutez la reprise de « Gagloudji » de Germain Bi Gokon faite par Meiway. Géniale !!! Ecoutez aussi l’hommage d’Alpha à Afri Lué : tout aussi génial ! Ecoutez aussi Joe Will de Dez Gad. Merveilleux ! Un sommet de la guitare, un délice ! En règle générale, quand je veux écouter de la musique ivoirienne, c’est vers nos classiques de la musique de variété que sont Jimmy Hyacinthe, Lougah, Georges Diby, Gnaoré Djimi et surtout Ernesto Djédjé et Afri Lué que je me tourne. Les autres ne m’intéressent vraiment pas. Ah, je pense tout de même que le groupe « Espoir 2000 » est bon, très bon même. Le zouglou a fait aussi quelques progrès. Mais, tout le reste est un assemblage tympanisant de bruits. Et ça me dérange. Je n’arrive pas à comprendre qu’on puisse faire passer de telles horreurs à la radio et surtout à la télé. Et je m’interroge souvent sur l’état de santé mentale de l’animateur qui passe ces morceaux là !!!
Véronique Tadjo lors de sa dédicace de ‘‘la reine Pokou’’ disait qu’il faut à la jeune génération un grand sens d’esprit critique pour être qualifiée et un cheminement perpétuel du questionnement.

Le partagez-vous ?

Décidément, vous vous comportez vraiment comme un véritable prof. de français en face de moi ! Ce type de question-dissertation ne m’intéresse pas. Je n’ai pas à commenter une réflexion de Véronique Tadjo, comme on demanderait à un lycéen de commenter une citation de Maurice Bandaman, par exemple !

A quand votre prochaine parution littéraire ?

Je ne sais pas. Je n’éprouve pas le besoin forcené d’être sur le marché du livre. J’ai encore près d’une dizaine de textes inédits (poésie, théâtre, roman) que je n’ai pas encore déposés chez un éditeur. Je m’attèle en ce moment à trouver des fonds pour la première édition du « Grand livre de la Musique ivoirienne ». C’est un ouvrage de près de 1000 pages qui a occupé plus de 15 années de ma vie dans la recherche et l’écriture. Nous en sommes venus à bout à présent, et il me faut trouver des sous pour en assurer la publication dans des conditions satisfaisantes. Il n’est pas question pour nous de céder un tel travail à un éditeur pour 10 % de rémunération sur les ventes ! Surtout que c’est moi, et non des éditeurs, qui ai assuré les ¾ du financement pour les recherches durant toutes ces années. Et, je peux vous le dire : ça a coûté cher, très cher ! Mes enfants seraient scandalisés si un jour ils découvraient ce que j’ai dû injecter comme argent dans cette folle entreprise, à leur détriment !
Un conseil aux jeunes hommes de culture et surtout aux écrivains ?

Travaillez, travaillez et travaillez. Si le citoyen moyen ne se rend pas compte de ce que vous apportez à votre pays, la nation, elle, le sait. Et le jour de votre dernier voyage, la nation saura vous rendre un hommage mérité. Les peuples n’oublient jamais leurs dignes fils. Les récentes obsèques du Pr Zadi, mon maître, m’ont convaincu, une fois de plus, que c’est lui qui avait raison : oui, donnons le meilleur de nous-mêmes à la tâche, afin de partir un jour, digne, grand, loué et fêté par les nôtres.
Interview réalisée par
MAURYTH GBANE

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