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Commission dialogue, vérité et réconciliation : Le jeu-trouble de Charles Konan Banny
Publié le samedi 23 juin 2012   |  Le Patriote




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“Ni vengeance, ni impunité». La formule, qui ne manque pas de charme, a été lancée, le 28 septembre 2011, sous les pieds de la Basilique Notre dame de la paix de Yamoussoukro, par le président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation. Charles Konan Banny a indiqué ce jour-là que l’institution qu’il dirige n’entendait pas transiger sur ces deux principes. Les Ivoiriens ont alors traduit cette position de l’ex-Premier ministre, comme sa volonté, inaltérable, de ne léser personne dans le processus. Ni les victimes, dont l’action du réconciliateur panserait les plaies (morales et physiques) par une absence d’impunité, ni les bourreaux ou supposés tels, qui, à l’issue de l’opération sortiraient réconfortés de ne pas subir – ni eux-mêmes ni leurs familles – de quelconques représailles.
Depuis lors, l’ensemble de ses compatriotes attendent le patron de la CDVR sur ce terrain du « ni injustice ni vendetta ». Du coup, les Ivoiriens qui n’en finissent pas d’écarquiller les yeux, cherchent « Monsieur réconciliation » – ‘’avec torche’’, comme dirait l’autre – sur le théâtre des opérations de cette réconciliation nationale.
Las ! A la man?uvre, et dans le canevas qu’il s’est lui-même tracé, l’homme reste invisible. « Où est donc Banny ? Quand est-ce qu’il commencera notre réconciliation ? », s’interrogent-ils. Et, pour le moment, la seule chose qu’ils voient vraiment, et cela par la magie des ondes, ce sont les nombreuses rencontres, plus ou moins informelles– aux allures parfois de ripailles – avec quelques couches sociales.
Mais là où les Ivoiriens commencent de plus en plus à tomber des nues, c’est quand Charles Konan Banny leur donne l’impression d’une sorte parade plus ou moins inavouée contre l’action judiciaire. L’ancien gouverneur de la BCEAO voudrait voir gelée cette action judiciaire qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Il est comme gêné – en tout cas il en donne vivement le sentiment – devant tout ce qui est fait pour que la Justice fasse son travail, notamment devant les arrestations des Ivoiriens poursuivis par la justice pour avoir commis des crimes. S’il avait pu jusque-là refouler l’envie de crier son exaspération devant ces cas de poursuites judicaires, il a fini par se trahir avec la récente déclaration – véritable coup de sang s’il en est – de son porte-parole.
«Je ne peux pas comprendre que pendant qu’il y a une Commission dialogue, vérité et réconciliation, qui travaille à ramener la confiance entre les uns et les autres, on ait l’impression qu’il y a un bulldozer derrière nous qui efface les traces. C’est très difficile d’accepter cela», a presque rugi, tel un fauve blessé, Karim Ouattara, au cours d’une conférence de presse tenu avant-hier, sous les auspices de la CDVR. Celui qui portait si rageusement la voix de son patron assimilait ainsi la Justice à un « bulldozer », dont la vocation, on le sait, est de balayer, d’écraser, en général sans discernement, tout ce qui se trouve devant lui.
Ainsi donc, procéder à des enquêtes pour élucider les crimes commis lors de la crise postélectorale, mener des investigations secrètes pour tenter de combattre des actions subversives contre l’intégrité du territoire, des institutions étatiques, serait poser des actes irréfléchies, de nature à saper le travail de Banny ? Quelle serait donc la signification du terme « impunité » dont le prédécesseur de Guillaume Soro parle?

L’antécédent Abéhi

Disons-le tout net – et avec nous bien des observateurs de notre vie nationale –, le vrai problème de Banny semble résider dans son impuissance à donner une trajectoire claire et précise à la mission à lui confiée par le chef de l’Etat. Cela fait trop longtemps que l’homme tourne en rond. Et les Ivoiriens commencent se poser des questions auxquels, visiblement, il apparait difficile à Banny de répondre sans éveiller certains doutes.
Le président de la CDVR doit pourtant comprendre que son institution n’est pas un frein à la justice et ne saurait surtout constituer un terrain fertile aux déstabilisateurs pour porter le coup au régime d’Abidjan. Car les intentions qui animent les anciens dirigeants de la Côte d’Ivoire sont connues de tous. Empêcher l’Etat de veiller au grain pour parer à toutes éventualités, c’est donner un blanc-seing aux fauteurs de troubles et afficher dans le même temps, sa collusion avec ceux qui ?uvrent au renversement des institutions de la République et donc au retour de la chienlit. Par ailleurs, ce ne sont ni les interférences dans les affaires judiciaires ni des coups de gueule que le peuple ivoirien attend de la CDVR. Ce qui est attendu de Charles Banny et ses collaborateurs, c’est la déclinaison d’une feuille de route précise et des actions concrètes dans le rapprochement des Ivoiriens et non de faire ce surplace dont les Ivoiriens sont fatigués. Un immobilisme qui a d’ailleurs poussé le gouvernement piloté par Ahoussou Jeannot à instaurer récemment, enjambant la CDVR, le dialogue républicain pour tenter de jeter les bases d’un rapprochement pouvoir-opposition.
Au lieu de prendre conscience de cette inertie et de l’impérieux devoir de réorienter son action afin que commence à germer les premiers fruits, Charles Konan Banny s’érige en magistrat et dénonce les arrestations de pro-Gbagbo impliqués pourtant dans des actions subversives. Prétextant que son travail est sapé.
Alors pendant qu’on y est, de quel travail parle au juste M. Banny ? La question mérite d’être posée. Car à la lumière des activités de la CDVR et sa lenteur dans l’exécution des tâches les plus élémentaires, notamment l’installation des commissions locales, Charles Konan Banny semble à bout de souffle avant même d’avoir commencé. La sortie de Karim Ouattara dans ce sens apparait comme une échappatoire pour expliquer la débâcle qui pointe à l’horizon. Sinon comment comprendre cette attitude de vouloir soustraire de la justice des personnes, fussent-elles des leaders d’opinion et des chefs militaires, là où le chef de l’Etat qui a fait le tour des pays où sont exilés ces concitoyens les a de tout temps invité au retour au bercail, en étant cependant on ne peut plus clair : «ceux qui ne se reprochent rien, n’ont rien à craindre. Ceux qui ont commis des crimes devraient s’attendre à répondre devant la justice».
Tous les Ivoiriens se souviennent du feuilleton ‘’Abéhi’’. Cet officier de l’armée ivoirienne indécrottable du camp Gbagbo, qui avait refusé de se rendre malgré la défaite militaire de son mentor, devrait être délogé du camp de gendarmerie d’Agban par la force. Charles Konan Banny du haut de son titre de président de la CDVR s’est opposé à cela. Proposant un dialogue avec le gendarme qui a tiré à l’arme lourde sur les femmes d’Abobo lors de la crise postélectorale. Le gendarme joue le jeu et est transporté à la Primature par l’ancien Premier ministre. Banny rassure qu’Abéhi est désormais rentré dans la République. Alors que les autorités croyaient à ce discours, Abéhi, on ne sait comment, a pu prendre le chemin de l’exil. Pour être aujourd’hui, cité parmi les déstabilisateurs en chef de la Côte d’Ivoire. Banny a-t-il mesuré la portée de son action et surtout l’interprétation des Ivoiriens? En effet, beaucoup de personnes sont aujourd’hui, sceptiques sur la sincérité du président de la CDVR avec les pouvoir. La sortie malencontreuse de Karim Ouattara qui accuse ouvertement les autorités d’arrestations arbitraires, vient apporter de l’eau au moulin de celles-ci. Faut-il rappeler à l’équipe chargée de la réconciliation que sa mission ne saurait réussir sans justice. Sur ce point, tous les sages de l’Afrique sont unanimes. La réconciliation se nourrit de vérité et de justice. En plus, si les déstabilisateurs ne sont pas surveillés et qu’ils ?uvrent tranquillement, c’est la réconciliation qui sera bannie et le jeu trouble prendra certainement fin. C’est pourquoi, les autorités sont vigilantes au grand dam certainement de Charles Konan Banny.

Lacina Ouattara

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