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Les samedis de Biton/Vous avez dit professionnel ?
Publié le samedi 30 juin 2012   |  L'intelligent d'Abidjan




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Il est fort surprenant d’apprendre, d’entendre ou de lire, ici et là, que les «dérapages» de la presse sont liés au manque de formation des journalistes. Il suffit d’écouter les hommes politiques, les intellectuels, les artistes, la population, sur tout le continent, pour faire de la presse l’empêcheur de tourner en rond. On croit trouver la parade en dépensant des tas de millions de francs par des séminaires, des stages, ou toutes actions pouvant permettre à ces «amateurs» de se former, de devenir des vrais professionnels. De tous les pays africains, ce sont les mêmes plaintes, les mêmes solutions. Plus les mois et les années passent, plus on ne voit pas les formés devenir des «enfants dociles» comme on aimerait les voir. A chaque fois que j’entends parler de professionnalisme, de formation, je ne peux m’empêcher de me rappeler les propos de François Mitterrand. C’était en mai 1993. Son ami et collaborateur Pierre Bérégovoy venait de mettre fin à ses jours. «Toutes les explications du monde ne justifieraient que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie. » Mitterrand traitait les journalistes de ‘’chiens’’ pour avoir harcelé son ami pour une histoire de prêt. Que n’a-t-on pas entendu et lu après cette déclaration présidentielle. Tous ces journalistes qui ont livré l’honneur et la vie d’un homme n’étaient-ils pas des professionnels aguerris ? Presque tous des grands diplômés des grandes écoles de journalisme. Quand la France préparait la coupe du monde de football sur sa terre, des critiques virulentes se sont abattues sur l’équipe et surtout l’entraîneur sans aucun discernement. Principalement par le meilleur journal de la profession. Aimé Jacquet a juré de ne jamais pardonner. Pourtant il a dû lire Sénèque et son traité : «De la constance du sage». Sénèque nous dit : «Si une fois il s’était abaissé à s’émouvoir d’une injustice ou d’une insulte, il ne pourrait plus jamais retrouver son calme ; or le calme est le bien distinctif du sage. Celui-ci ne s’exposera pas en se vengeant d’une insulte à faire honneur à son insulteur». Chaque jour, la presse en France, en Europe et en Amérique nous présente une image que pour un Africain est la division, la mauvaise foi et le mensonge. Mais il ne viendra jamais aux Occidentaux de dire que leurs journalistes n’ont pas été bien formés. Il ne viendra pas dans leur esprit que l’agrégé d’économie qui a détourné des fonds a été mal formé ou que le médecin qui se comporte mal n’a pas fait d’études. Ils ont compris chez eux que le dérapage est davantage lié à des intérêts politiques financiers et politiques que de la formation. Exactement comme chez nous. Aucune formation ne changera les «dérapages ». Le problème ne se situe pas au niveau des journalistes mais de leur parti, des propriétaires de journaux, des intérêts particuliers. Le journaliste écrit selon les directives qu’il reçoit ou de l’idéologie dans laquelle il doit se «mouler». C’est vrai que certains qui écrivent sont mauvais à l’intérieur d’eux-mêmes. On ne peut pas former pour éliminer la jalousie, l’envie, l’hypocrisie, l’avidité, la mauvaise foi. Pour cette formation indispensable, il faut la demander aux hommes religieux et spirituels. Et encore ? Ce n’est donc pas une question de professionnalisme. D’ailleurs, le président Soglo, à son arrivée au pouvoir disait: «En Afrique, on fait du quantitatif en matière de formation. Les gens ont des licences, des maîtrises partout. Mais beaucoup ont le titre, pas la substance. On les appelle même des infirmes intellectuels». Ce n’est donc pas une question de formation à moins que ce qu’on appelle le professionnalisme soit doublé de religieux ou de spiritualité le plus important pour faire des vrais professionnels. En dehors de ces deux aspects, je peux dire sans me tromper que c’est peine perdue. Les gouvernements africains ont intérêt surtout à se préparer contre la nouvelle presse qui se développe. Ce sont les réseaux sociaux sur internet, les facebook ou autres tweeter. Dans ces écrits tout y est. Et dans un avenir pas assez lointain, ce sont les réseaux sociaux qui feront l’opinion. Comment former ces utilisateurs ? On n’y pense même pas. Ce sont des «journalistes» invisibles, anonymes. Si vous redoutez la presse en «papier», vous serez «pulvérisés» par cette nouvelle presse. On sait que le péché originel rend disponible l’individu, le citoyen pour tout ce qui est dénigrement de l’autre. On ne s’intéresse à une lecture que lorsqu’elle critique de façon malveillante l’autre. Or les réseaux sociaux sont une vraie foire d’empoigne, de dénigrement, de vérité et de mensonge impossible à vérifier. Si vous connaissez les journalistes et les journaux vous aurez bientôt plus de deux mille journaux chaque jour pour vous «pilonner» sans aucun moyen de former ces nouveaux journalistes qui se recrutent à tous les niveaux. Il suffit seulement d’ordinateur et d’une connexion internet, deux éléments dont la possession monte très vite sur le continent. Les boucliers restent Sénèque, les livres spirituels pour accéder à la sagesse et ne rien sentir. Ainsi va l’Afrique. A la semaine prochaine !
Par Isaïe Biton Koulibaly

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