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Nord-Sud N° 2168 du 19/9/2012

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Sidiki Konaté (ex-porte-parole des Forces nouvelles) :«Ce qui opposait Soro à IB»
Publié le mercredi 19 septembre 2012  |  Nord-Sud


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© Abidjan.net par Christian Koffi
Activités gouvernementales: le Ministre Sidiki Konaté présente le décret portant définition de la Petite et moyenne entreprise
Jeudi 16 février 2012. Abidjan. Le Ministre Sidiki Konaté présente le décret n°2012-05 du 11 janvier 2012, portant définition de la Petite et moyenne entreprise


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Dans cet entretien exclusif qu’il nous a accordé sur la crise militaro-politique déclenchée le 19 septembre 2002, Konaté Sidiki, ancien porte-parole, lève un coin de voile sur ce qui a divisé Guillaume Soro et Ibrahim Coulibaly dit IB.


Sous quel signe placez-vous la commémoration du déclenchement de la crise armée de septembre 2002 ?
Cet anniversaire, pour nous, est placé sous le signe du souvenir de cette grande aventure faite d’espoir et de désespoir, d’embûches, mais aussi de grandes prouesses. Elle a mobilisé beaucoup d’énergie et de personnes dont certaines vivent encore et d’autres qui sont mortes, souvent tragiquement, et avec qui nous avions le même dénominateur commun, c’est-à-dire mettre fin à l’imposture et la forfaiture des élections anti-démocratiques d’octobre 2000 ; mettre définitivement fin à l’injustice que subissait une grande partie de cette population du fait du refus du pouvoir central de leur reconnaître leur identité et de les intégrer définitivement comme des citoyens à part entière de ce pays.

En tant que militant de la deuxième heure, qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre ce combat ?
Non, il y a eu un mouvement progressif. Nous sommes venus en novembre 2002 pour prendre part aux négociations de Lomé. Il y a l’aspect militaire parce que ce sont les militaires qui ont tiré les premiers. Ils n’avaient pas tiré pour le plaisir de le faire. Ils avaient tiré pour se faire entendre. Et le monde entier a entendu ces tirs et beaucoup de gens sont venus aux nouvelles pour comprendre les raisons de cette révolte militaire. Evidemment, aux côtés des militaires, il y avait des populations qui vivaient le même drame, et parmi elles, il y avait des civils qui ont participé à cette lutte en constituant le camp politique. C’est donc dire que nous avions affaire à une organisation militaro-politique dans laquelle le militaire créait les conditions d’un bon débat politique, les conditions d’échanges francs pour la mise en place de vrais instruments qui puissent nous amener vers la parité, vers la légalité et la justice, à une élection démocratique. Nous étions donc complémentaires pour la même cause. Sauf que chacun jouait dans son registre.

On vous a pourtant prêté une posture d’opposant à ce combat. Etait-ce une légende ?
Exactement ! C’était une légende et la preuve est là. A un moment donné, l’on a vite fait de caricaturer. Aujourd’hui, avec le recul, tout le monde voit que nous avons de longues amitiés politique, idéologique et même sentimentale avec Guillaume Soro. C’est bon à savoir parce que l’articulation de la lutte que nous avons menée mérite plus de récit. Mais ce que je peux dire, c’est qu’elle était fondée sur un engagement de toute une génération. Nous avions donc des militaires et des civils. Le secrétaire général des Forces nouvelles qui vivait en exil avec l’ensemble des militaires a décidé, une fois sur le terrain, de faire appel à des amis, à des camarades pour construire la dimension politique de l’organisation chargée de mener la lutte. Tout se faisait simultanément. Quand la crise a éclaté, les négociations ont été immédiatement enclenchées. Il n’y a pas eu de temps mort entre l’engagement militaire et l’engagement politique. C’est dans cette même circonstance que nous avions participé avec lui aux premières négociations à Lomé en tant que porte-parole du mouvement. Donc, vouloir aujourd’hui comprendre qui était combattant de première ou de deuxième heure, ce serait se tromper d’analyse. Les militaires sont venus les premiers. Ils ont ouvert le feu. Concomitamment, une organisation politique s’est mise en place qui a fait appel à d’autres compétences, à d’autres enfants de ce pays qui, eux aussi, partageaient les mêmes valeurs que les militaires et qui ont joué leur partition politique quand les négociations ont été ouvertes, en travaillant sur les différents accords pour montrer aux yeux du monde la valeur politique de ce combat.

Dix ans après, seriez-vous disposé à reprendre le combat si c’était à refaire ?
Si les mêmes conditions se mettent en place pour produire le même système, nous n’aurons pas d’autres choix que de nous engager à nouveau.

Même si vous deviez affronter les difficultés que vous avez connues ?
Je vous dis que nous n’aurons pas d’autres choix que de nous engager de manière frontale dans le combat, même si c’est pour affronter les difficultés que vous évoquez.

Aujourd’hui, certaines personnes essaient d’établir un parallèle entre le combat que vous avez mené et les récentes attaques contre les positions des Forces républicaines de Côte d’Ivoire…
Oser faire cette comparaison, c’est faire de l’amalgame. En 2000, il n’y a pas eu d’élection démocratique en Côte d’Ivoire, le monde entier le sait. Il n’y a pas eu de volonté de la part du pouvoir de créer les conditions de normalisation de la vie politique. Les tensions vives qui existaient avant le coup d’Etat de décembre 1999 se sont même exacerbées dans la gestion quotidienne du pouvoir, à tel enseigne qu’on n’avait plus d’issue politique. On avait donc un régime illégal, illégitime qui, en plus, ne créait pas les conditions optimales d’une discussion politique. Pour preuve, il y a l’échec de la mise en œuvre des résolutions du forum de réconciliation nationale. Nous étions dans un blocage politique, ajouté à une illégitimité politique, et la pression et la tension politique surtout dirigées contre une communauté. Les ingrédients d’une lutte armée pointaient à l’horizon parce que les conditions n’avaient pas été créées par le pouvoir en place pour amorcer un véritable dialogue politique. Aujourd’hui, quel est le schéma ? A l’issue d’une transition acceptée par tous, nous avons organisé une élection, en passant par l’identification des populations. Elle a vu la participation des leaders des partis qu’on appelait le G4. Nous avions donc un processus politique de consensus mené de manière consensuelle qui nous a permis d’arriver à l’organisation d’élections libres, transparentes et démocratiques en 2010. Nous avions eu un premier et un second tour. C’est à l’issue de ce second que l’un des camps, en l’occurrence celui du perdant, a refusé de reconnaître sa défaite et, profitant de ses dix ans de pouvoir qui lui ont permis de placer l’administration sous son contrôle, a voulu perpétrer un coup de force, un coup d’Etat contre le processus de démocratisation. Dès cet instant, nous nous sommes mis tous ensemble pour défendre la légalité constitutionnelle, pour défendre la vérité des urnes, mais aussi pour préserver les acquis des Forces nouvelles, c’est-à-dire la démocratie. Donc là où en 2002, nous avons fait barrage à l’imposture et à la forfaiture électorale, à la démagogie politique, ceux qui opèrent en ce moment veulent perpétuer le coup d’Etat contre la démocratie qu’ils ont débuté lors de la crise postélectorale. Leur logique ne peut être celle des Forces nouvelles en 2002. C’est un amalgame de croire que le fait de s’embusquer pour tirer comme des terroristes sur des soldats ou des civils, c’est engager le même combat que les Forces nouvelles en 2002. 2002, c’était autre chose qui n’a rien à voir avec les actions de certains individus en 2012. Ce n’est pas comparable.

Considérez-vous que le combat des Forces nouvelles soit terminé ? Le Fpi n’est-il pas en train de continuer ce qu’il avait commencé en 2000 ?
Les Forces nouvelles ont eu deux postures au cours de ces dix dernières années, qu’il faut distinguer. Nous nous sommes constituées progressivement sur la base de la revendication qui était qu’il faille créer les conditions d’une vraie démocratie en Côte d’Ivoire, en permettant à tous les enfants du pays de se présenter à une élection démocratique, en demandant à l’armée de se mettre en dehors du cadre politique, en permettant à tous les fils et filles du pays d’avoir les documents administratifs nécessaires pour concourir lors d’élections transparentes et démocratiques. Nous l’avons réussi. En 2007, cette revendication a été mieux formulée dans un accord qu’on a appelé l’accord politique de Ouagadougou. Le responsable des Forces nouvelles est même devenu le Premier ministre et le garant de ce processus qui lui a permis, jusqu’en 2010, d’organiser une élection démocratique et transparente dont l’issue est sue de tous. Donc à partir de ce moment, les Forces nouvelles qui avaient le statut de belligérant de 2002 à 2007, sont devenues arbitre et garant du processus. Elle se sont acquittées de façon noble de leur tâche. Dès l’instant que l’objectif majeur qui était la démocratisation du pays par l’organisation d’élections libres et transparentes a été atteint, les Forces nouvelles ont considéré que leur mission était accomplie. Les militaires, après cette mission, on intégré l’armée et. Aujourd’hui, à différents niveaux de responsabilité, ils s’acquittent de leur tâche en défendant notamment les institutions de la République. Les animateurs de la branche politique ont chacun choisi, pour ceux qui le veulent, de faire autre chose. Certains continuent la politique et se sont pour la plupart retrouvé au sein du Rdr qui répond le plus à leurs aspirations. C’est notamment notre cas. Nous occupons pour la plupart, des postes de député. Le secrétaire général des Forces nouvelles tient le perchoir de l’Assemblée nationale. La phase militaro-politique du combat, c’était donc de 2002 à 2010. Les institutions démocratiques étant établies, nous animons le paysage politique comme tous les Ivoiriens. Nous ne sommes donc plus les Forces nouvelles telles qu’on les a connues. Nous contribuons, à notre manière, sous d’autres formes, à la consolidation de la démocratie.

Durant ces dix années, n’avez-vous jamais douté de l’issue du combat ?
On ne peut jamais mener un tel combat et dire qu’on est resté optimiste tout le temps. Il y a eu de graves moments d’incompréhensions entre nous. Vous conviendrez qu’il n’est pas facile pour des milliers de personnes qui n’ont jamais eu l’expérience dans la gestion des hommes, autant au niveau militaire que civil, de se retrouver au-devant de la scène. Il n’y a avait plus d’Etat dans les zones que nous occupions. En l’absence de l’Etat, nous nous sommes retrouvés dans notre configuration militaro-politique, à remplacer l’administration. Il fallait donc avoir les ressources humaines et financière pour combler ce vide, avec la manière puisqu’on ne construit pas comme ça une administration du jour au lendemain, dans le feu de l’action. Il y avait ce vide à combler. A côté de cela, nous étions confrontés à un grand défi. Ceux qui ont pris les armes et qui s’attendaient à en finir en 24 heures maximum avec le régime en place, se retrouvent à gérer un vaste espace, à le sécuriser, à le défendre, souvent avec des hommes qui n’avaient pas la formation requise. Alors, nous avions dû faire plusieurs réformes. Au départ, nous avions un conglomérat de chefs d’opérations dans lequel chacun était son petit chef, dans un petit carré. L’administration militaire n’existant pas, c’était la porte ouverte à tous les excès, souvent contre les populations que nous étions venus protéger. Nous avions pris conscience de ce fait et avions tenté d’asseoir une administration militaire en créant des zones à la tête desquelles il y avait les commandants de zone pour faire disparaître les chefs d’opérations. Nous avions donc un état-major pour régler la question de la prise en main des militaires sur toute l’entendue du territoire que avions. Après la question militaire, il nous fallait mettre en place l’administration civile pour palier l’absence de l’Etat, pour gérer la question de l’école, de la santé, l’économie, etc. La tâche était donc ardue, sans oublier que nous devrions continuer de négocier pour ne pas apparaître comme des sécessionnistes. Le dilemme pour nous était vraiment grand.

Comment avez-vous géré aussi la suspicion qui aurait pu mettre à mal votre cohésion et le combat en lui-même ?
Dans toute organisation, il y a la suspicion, surtout dans la notre qui n’avait pas été créée pour demeurer. Nous avions à maintenir la sécurité dans notre zone et à travailler pour faire en sorte que le combat aboutisse. Nous devions continuer de voir comment renverser Laurent Gbagbo, ou voir comment nous pouvions discuter avec lui en prenant appui sur les zones que nous contrôlions. Dès cet instant, on pouvait y laisser sa peau puisqu’il était fort probable qu’on se suspecte, qu’on affabule.

C’est dans ce climat qu’est survenu l’attentat du 29 juin 2007 ?
Non. Au-delà des attentats, il y a eu des contradictions. Il ne faut pas croire que tout était beau. C’était des débats, des positionnements. La problématique était par exemple de savoir comment convaincre certains commandants de zone que l’action politique engagée avec Laurent Gbagbo pouvait nous permettre d’atteindre l’objectif que nous voulions atteindre militairement. Comment faire comprendre à un militaire qui est persuadé qu’il n’y a que les armes pour faire partir Laurent Gbagbo, qu’on peut réaliser ce même objectif en parlant, en discutant ? Surtout que Laurent Gbagbo lui aussi ne nous facilitait pas la tâche avec ses partisans. N’oubliez pas que chaque fois qu’on signait un accord, on le prenait toujours en flagrant délit de roublardise. Cela créait donc dans notre dos, des suspicions, même au-delà des zones Cno. Des gens normaux qui n’avaient rien contre nous, n’arrivaient pas à comprendre notre démarche face à Laurent Gbagbo, réputé grand roublard. Ce que les gens ont oublié, c’est que ce n’était pas de simples discussions. Nous avions une position militaire. Nous avions une armée, un espace. Nous avions donc un backh-up solide qui nous évitait d’aller faire de la compromission avec Laurent Gbagbo. C’est donc cette force qui nous permis d’aller discuter franchement avec lui en nous accordant sur l’essentiel. C’est ce qui nous a permis d’être là où nous sommes aujourd’hui.

Comment avez-vous aussi géré les contradictions avec le Rhdp avant la présidentielle ?
Vous savez qu’une élection est faite de passions. Mais permettez-moi d’évoquer le rôle de leader qu’avait Guillaume Soro qui est peut-être un amis de 20 ans, mais que j’ai appris à connaître et à apprécier durant ces dix ans de combat. J’ai vu en lui un homme capable de s’engager résolument sur une voie s’il a l’intuition profonde que c’est cette voie qui peut déboucher sur la solution. Nous savions qu’en allant discuter, ne serait-ce qu’une minute avec Laurent Gbagbo, on ouvrait la porte à toutes les suspicions légitimes et illégitimes. Ceux qui nous suspectaient ne le faisait pas parce qu’ils ne croyaient plus en nous. Ils nous suspectaient parce que pour eux, nous pouvions nous faire avoir par Laurent Gbagbo. Ce n’était donc pas tant notre crédibilité qui était en cause. C’était la peur de perdre cette crédibilité en discutant avec Laurent Gbagbo qu’il estimait être un redoutable roublard. La suspicion était alimentée par la peur de nous faire rouler, et de perdre les premiers acquis. Les gens se disaient sans doute : « si Guillaume Soro sur qui nous comptons se compromet avec Laurent Gbagbo, c’est que la lutte est perdue, tout va foutre le camp, il n’y aura plus d’espoir, l’espoir qui devait venir du Nord va se dissoudre ». Nous comprenions, mais en même temps, il fallait y aller parce qu’il ne fallait pas rester otage de la peur de notre camp, puisque nous savions, à un moment donné, que militairement nous ne pouvions pas défaire Laurent Gbagbo. Pas que nous n’en avions pas les moyens, mais avec les accords signés et la présence des Nations unies, toute aventure militaire devenait impossible. Il fallait donc discuter et c’est ce que notre secrétaire général avait compris. Il est resté cantonné sur cette option. Il n’a pas eu le temps de gérer toutes ces peurs, toutes ces suspicions pour ne pas inhiber son action. C’est donc un vrai leader qui est capable de regarder sa base et lui dire « critiquez moi, mais je ne quitterai pas la voie que j’ai choisie parce que je suis persuadé que c’est là que se trouve votre salut, et que je veux vous obtenir contre votre gré ». C’était donc une mission risquée, pleine de doute, qui a failli être dramatique notamment avec l’attentat de Bouaké, sans compter la guéguerre entre nous qui a fait beaucoup de victimes. Tout cela rentre dans le cadre des grands regrets dans l’histoire des Forces nouvelles.

Est-ce justement parce qu’il est obstiné, qu’il y a eu des incompréhensions entre lui et Ibrahim Coulibaly ?
Bien entendu. Ibrahim Coulibaly qui est un frère a péri dans des conditions que nous regrettons. Nous aurions aimé, après toutes ces années passées en exil du fait des incompréhensions entre nous, qu’il soit là aujourd’hui pour aider la démocratie à se consolider. Il avait sa place, comme tous ces militaires que nous connaissons et qui occupent de hautes fonctions. Il avait sa place en tant que grand militaire. Malheureusement, les incompréhensions ont perduré et nous avons eu cette issue dramatique parce qu’il n’y avait pas deux options. L’option militaire a prévalu. Mais, pour avoir été proche de Guillaume Soro, notamment en tant que porte-parole des Forces nouvelles de décembre 2002 jusqu’en 2007, j’ai participé à toutes les discussions politiques en Côte d’Ivoire et à l’étranger. Ce que je retiens de Soro et d’Ibrahim Coulibaly, c’est qu’ils s’appréciaient énormément. Soro aimait profondément IB. Ils ont travaillé ensemble à un moment donné parce qu’ils partageaient le même rêve pour le pays. Ce qui les divisait était beaucoup sur le comment contribuer à réinstaurer la démocratie dans le pays. Soro était plutôt soucieux de créer les conditions pour que les politiciens puissent s’asseoir pour discuter et aller à des élections libres et transparentes, sans se mettre devant les choses. A contrario, Ibrahim Coulibaly se mettait dans la posture d’un acteur majeur dans ce processus. La division est donc venue de la perception du rôle qu’ils voulaient, chacun, jouer dans le processus de démocratisation. Ibrahim Coulibaly estimait qu’il ne pouvait pas créer les conditions d’une élection et ne pas prendre part à cette élection. Cette vision a donc commencé à ébranler notre cohésion depuis 2004 et s’est poursuivie de manière dramatique avec les différents camps, notamment celui d’Ibrahim Coulibaly qui était dehors, et qui voulait prendre le dessus sur celui de Guillaume Soro dans les zones Cno et dont l’issue a été la bataille d’Abobo.

Quel rôle Soro, qui a contribué à la réinstauration de la démocratie, peut-il jouer dans le processus de réconciliation ?
On a une grande chance pour réussir cette réconciliation. Premièrement parce qu’on a un président de la République qui n’est pas revanchard. Il est la somme de toutes les frustrations subies par les Ivoiriens, il est le creuset de toutes les humiliations qu’une partie de la population a subies. A la tête du pays, il n’a pas créé un système de revanche. Bien au contraire, il a mis en place, une commission pour conduire un processus de réconciliation. Et, il n’a pas confié cet instrument à quelqu’un de son bord politique. Travaillant dans son sillage, le président de l’Assemblée nationale qui bénéficie de sa confiance, peut apporter beaucoup à la réconciliation. S’il y avait des députés du Fpi qui siégeaient à l’Assemblée nationale, les choses seraient plus simples à gérer pour lui. Il allait déjà utiliser le parlement comme instrument de réconciliation parce qu’il en a la capacité. Parce qu’il a été un leader étudiant incontesté. Il a géré une structure estudiantine qui était proche de la coalition de la gauche et plus particulièrement du Fpi. Il a donc l’avantage d’avoir travaillé avec la plupart des jeunes qui se retrouvent dans le clan Gbagbo et avec lesquels il entretient toujours de bons rapports même si c’est de manière discrète. Ceux-ci placent d’ailleurs beaucoup d’espoir en lui pour être le catalyseur de cette réconciliation parce qu’ils sont persuadés que l’ami Bogota qu’ils ont connu, ne peut pas les abandonner. Ça c’est un acquis important. Mais, en plus, il a dirigé une rébellion. Donc à un moment donné, il a eu de la belligérance forte avec le camp Gbagbo. Mais, cinq ans après, il s’est surpassé pour signer un accord avec M. Gbagbo dont il a été le Premier ministre. Ce qui a permis de tisser d’autres types de relations avec des membres de ce clan. C’est vous dire qu’il a beaucoup d’interlocuteurs, je dirai 60% des cadres du clan Gbagbo. Cet aspect des choses peut donc être considéré comme un acquis. Deuxième chose, il est un fils du Nord et il a un pied au Sud. Car, n’oubliez pas que ses enfants sont métis. Il a des amitiés au Centre et au Centre-Ouest et il bénéficie de la confiance de ses beaux-parents. Au-delà de cela, il a travaillé avec beaucoup de cadres du Sud quand il était Premier ministre. Tous ces atouts peuvent rassurer tous ceux qui ont peur, aujourd’hui. Troisièmement, nous qui sommes ses collaborateurs, nous avons aussi quelques amis en commun dans le camp Gbagbo. Je veux parler de Blé Goudé, Dama Pickas, William Attéby avait qui j’ai milité dans la section de la Fesci de Yopougon. Nous sommes tous des anciens de la Fesci. Or, comme on le disait à notre époque, l’esprit Fesci qui nous unissait, est important.

Est-ce que vous appelez souvent Attéby ?
Je ne l’ai pas eu depuis mais, si l’occasion se présente, je n’hésiterai pas à lui parler. Je profite d’ailleurs de cette interview pour lancer un message à tous ces amis pour leur dire de rentrer parce que pour nous, la vie en exil est très dramatique. Je leur dis surtout de saisir la main tendue du président de la République parce qu’il est très sincère. Ils ont été des leaders. Ils peuvent encore jouer ce rôle. S’ils ont besoin qu’on les aide, nous nous engageons à servir d’intermédiaire entre eux et le gouvernement.


Interview réalisée par Choilio Diomandé & Marc Dossa

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