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Nord-Sud N° 2380 du 10/6/2013

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Deux ans après la fin de la crise postélectorale - Des exilés racontent leur retour au pays
Publié le mardi 11 juin 2013  |  Nord-Sud




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De nombreux Ivoiriens qui avaient quitté le pays au plus fort de la crise postélectorale, sont rentrés au bercail, à la faveur de la normalisation de la vie sociopolitique en Côte d’Ivoire. Quelques-uns d’entre eux ont accepté de lever le voile sur leur nouvelle vie.

Ce fut le déclic qui va entraîner sa délivrance. Assis dans un maquis, à Kanis, au Ghana, il n’avait que deux cedis en poche pour s’offrir de la boisson de fabrication traditionnelle, dénommée ‘’One touch’’. C’est alors qu’il a entendu sur les ondes d’une radio locale ‘’Ok-Fm’’, des chansons ‘’zouglou’’, une sonorité musicale ivoirienne. Il avoue s’être mis à pleurer et s’est dit : « advienne que pourra, moi je retourne à Abidjan ». Evariste Yaké, ancien membre de la jeunesse pro-Gbagbo, à partir de cet instant, décide de rentrer en Côte d’Ivoire, son pays natal. Le retour de cet exilé ivoirien, à ses dires, a été aussi motivé par l’appel du président Ouattara, lors de ses différents séjours en terre ghanéenne et toutes les facilitations engagées par le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko. Rentré d’exil depuis le 29 novembre 2012, en compagnie de l’ex-maire de Yopougon, Jean-Félicien Gbamnan Djidan et bien d’autres Ivoiriens réfugiés au Ghana, Evariste Yaké est en ce moment très actif sur le terrain politique pour traduire dans les faits, la volonté du chef de l’Etat de voir les Ivoiriens réconciliés et résolument tournés vers le développement du pays. Il dit avoir pris pour la première fois une carte de parti, celle du Rassemblement des républicains (Rdr), parce qu’il croit désormais en son idéologie. Nous l’avons rencontré lundi dernier, dans le restaurant d’un hypermarché, entouré de ses amis, dans une ambiance bon enfant. L’ex-jeune patriote dit n’avoir aucune rancœur, malgré tout ce qu’il a perdu et qu’il met d’ailleurs sur le compte « des effets collatéraux de la guerre ».

Le mal du pays…
Il avait fui avec sa famille, la crise postélectorale, en Côte d’Ivoire pour le Ghana avec en tout et pour tout 1000 FCfa en poche. Evariste Yaké qui est maintenant conseiller régional dans le Tonkpi (il était sur la liste du ministre Mabri Toikeusse), assure sans ambages qu’on «est mieux que chez soi ». Il confie, par ailleurs, que de nombreux réfugiés ne veulent pas revenir parce qu’ils sont sous le coup d’une procédure judiciaire. « Ce n’est pas une question de réfugiés ; s’ils viennent, ils vont répondre de leurs actes et c’est ce dont ils ont peur », argumente-t-il. Mais, comme Evariste Yaké, ceux qui ne se reprochent rien et qui ont pris la décision d’un retour au pays natal, peuvent être estimés à plusieurs milliers. Au nombre de ceux-ci, il y a Marie-Isabelle Nemlin, trente ans, étudiante en Finance-comptabilité, qui est depuis le 5 janvier, de retour chez elle, en éclaireur, et ce, en vue de préparer le retour de toute la famille Nemlin présentement au Ghana. «Je suis venue pour voir si la situation s’est améliorée, vu que notre maison était occupée par des individus non identifiés », confie-t-elle. Marie-Isabelle Memlin habite à la Gesco, au terminus du bus 34. Les portes défoncées, les impacts de balles sur le mur, la toiture percée, les fils électriques détruits. Deux ans après la crise, la demeure familiale porte encore les stigmates de la crise armée. « C’est chez nous », estime-t-elle, en s’efforçant de ne verser aucune larme de ses yeux totalement larmoyants. Néanmoins, même si c’est en éclaireur qu’elle a accepté de rentrer, Marie-Isabelle est tout de même venue avec son père, malade et son frère cadet. Les autres membres de la famille sont restés au camp des réfugiés ivoiriens d’Ampain, au Ghana, où ils se sont mis à l’abri des bruits de bottes et de canons pendant la crise postélectorale.

Tout reprendre à zéro…
A leur arrivée, la maison était occupée par des hommes en armes qui considèrent la modeste demeure située en bordure de route comme un passage stratégique pour sortir d’Abidjan. Mais avec l’intervention des voisins qui ont attesté de la « bonne moralité » du père de famille, les Nemlin ont pu entrer en possession de leur maison. Un heureux dénouement qui conforte Marie-Isabelle dans son souhait de voir sa famille réunie au grand complet. Et d’ajouter en soutenant : «il est vrai que la situation que nous vivons présentement est difficile, mais on veut revenir, c’est chez nous ici. On est mieux que chez soi ; quel que soit ce qui arrive, on est mieux chez soi». La jeune étudiante, anciennement commerciale dans une Petite et moyenne entreprise, est aujourd’hui sans emploi et devra trouver du travail pour subvenir aux besoins de son géniteur, souffrant et de son petit-frère. Mieux, elle devra surtout préparer le retour au pays des autres membres de la famille. Par ailleurs, elle s’investit également dans les actions humanitaires, au sein de la structure qu’elle dirigeait bien avant même le déclenchement de la crise, l’Ong Droits d’enfants en Côte d’Ivoire (Dreci). Autre cas éloquent, celui de Marie Doh. Cette dame la soixantaine révolue, qui faisait la navette entre les camps de réfugiés du Togo et du Ghana, est rentrée au pays depuis novembre 2012. Désormais, elle habite à Yopougon-Selmer. Amaigrie et rongée par le mal, la vieille dame souffrant du cœur éprouvait d’énormes difficultés à suivre correctement un traitement, en raison de la barrière linguistique au Ghana où elle s’était exilée. « J’ai des appareils à la place du cœur. Je ne pouvais pas rester en Côte d’Ivoire parce que je pouvais succomber au bruit des bombes. Mais je suis rentrée parce que le calme est revenu, pour continuer mes soins ; en plus il n’y a pas à manger au Ghana », explique-t-elle. En outre, elle fait savoir que son retour a été motivé par une autre raison non moins importante. « La jeune dame qui surveillait ma maison m’a fait croire que le pays brûlait de jour en jour et qu’il ne fallait pas rentrer, alors qu’elle voulait me voler mon domicile. Elle était en train de faire des papiers pour mettre la main sur mon logement », fait savoir dame Doh. Ayant découvert la supercherie à son arrivée, elle a contacté sa famille et les voisins qui ont fait des pieds et des mains afin qu’elle rentre en possession de sa propriété.

…Pour éviter de tout perdre
Depuis lors, la désormais ex-réfugiée a décidé de ne plus quitter le pays, quoiqu’il advienne, sur les conseils de sa fille qui vit aux Etats-Unis. « Je resterai dans mon pays, j’ai mes parents et mes amis ici. Si je vais au Ghana ou au Togo, c’est pour me balader », assure-t-elle. Elle dit renaître à la vie et croit sentir une certaine normalisation dans la situation du pays. « Je vais au marché. Je rends visite et mes parents viennent me voir. Je vis simplement chez moi, je vis bien. On sent que la guerre est finie», insiste-t-elle. Pour Hermann Aboa, ex-journaliste à la télévision ivoirienne, la réinsertion n’est pas acquise a priori. « Les choses sont dures, mais on se maintient », affirme le communicateur. Il avait quitté le pays pour le Ghana, le 11 avril 2011. Il est rentré le 13 juin de cette même année à l’appel lancé par le directeur général de la Rti d’alors, Pascal Aka Brou qui aurait demandé que les agents de ce média public, viennent reprendre le travail.

Difficile réintégration
Après son séjour à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) du 21 juillet au 30 décembre 2011 pour ses prises de position dans son émission « Raison d’Etat », il est « licencié», ajoutant que les négociations sont en cours entre le ministère de la Communication et la direction de la Radio télévision ivoirienne (Rti) afin que lui soient versés ses droits. Aujourd’hui, il est sans emploi et se consacre à ses études. « Je viens de terminer mon master en Communication et je continue mon troisième cycle en Mines et géologie que j’avais un peu mis entre parenthèses au profit du journalisme », explique le journaliste. Qui plus est, il dit donner parfois des cours en Communication dans des grandes écoles pour pouvoir « survivre ». Hermann Aboa qui est par ailleurs le président de l’Association ivoirienne des journalistes catholiques (Aijc), dit mener une vie normale, entouré de sa petite famille à la Riviéra Palmeraie où nous l’avons rencontré. La réinsertion des réfugiés est difficile avoue Ernest Atté, coordonnateur technique urgences humanitaires à l’Association de soutien à l'autopromotion sanitaire et urbaine (Asapsu), structure qui travaille en collaboration avec le Hcr sur le rapatriement des réfugiés. Nous l’avons rencontré mercredi au siège de sa structure à la Riviéra Palmeraie dans le cadre d’une formation sur les violences basées sur le genre (Vbg) et le Vih/Sida avec les réfugiés, rapatriés et retournés vivant à Abidjan. Il avance le nombre de 500 rapatriés dans le cadre de la coopération entre ces deux structures, depuis le début de l’année. Des missions de « Go and see », « Come and tell », c'est-à-dire voir pour aller dire aux autres comment est la réalité des choses dans le pays, ont été initiées. Ce, parce qu’à l’extérieur, soutient-il, les réfugiés sont persuadés que « la guerre n’est pas finie et quand vous arrivez, on vous attrape pour vous mettre en prison ». Mais ces missions rétablissent la réalité des choses, encouragent au retour des Ivoiriens. « Cependant quand ils rentrent, il faut qu’ils aient un point de chute. Il ne faudrait pas qu’ils rentrent pour venir grossir le lot de chômeurs », argumente-il. M. Atté renseigne, par ailleurs, que l’insécurité est la plus grande des préoccupations des refugiés qui hésitent encore à rentrer. « Les gens ont peur, ils ne savent pas ce qui se passe. Quand il y a une attaque à l’Ouest par exemple, ça aggrave l’inquiétude sécuritaire qu’ils ont déjà », ajoute-il, avant d’appeler les autorités ivoiriennes à renforcer la sécurité.

Danielle Tagro

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