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Nord-Sud N° 2439 du 21/8/2013

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Après leur retour au pays : Plus de 220.000 ex-exilés broient du noir
Publié le mercredi 21 aout 2013  |  Nord-Sud




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Au plus fort de la crise postélectorale de 2010, plus de 300.000 Ivoiriens s’étaient réfugiés dans des pays voisins. A ce jour, 8.448 d’entre eux, selon des sources officielles, sont encore hors de la Côte d’Ivoire. En attendant leur retour, les ex-exilés qui les ont précédés, ont amorcé une difficile réinsertion dans le tissu socioprofessionnel.


Le président de la République de Côte d’Ivoire a fait du retour des Ivoiriens exilés et du processus de réconciliation nationale des leviers importants de la politique de normalisation. «Je suis d’accord pour dire que les Ivoiriens exilés doivent rentrer au pays. J’ai évoqué, tout à l’heure les tournées que j’ai faites dans la sous région. Je suis allé au Togo, au Benin, au Ghana etc. Pour parler à mes concitoyens qui y vivent, afin de les rassurer et les inviter à rentrer », soutenait Alassane Ouattara, dans une interview accordée à la Radio télévision ivoirienne (Rti) et à Fraternité matin, fin mars. Plus d’un an après cet appel, 220.000 réfugiés,
com­me on les appelle dans le jargon du droit humanitaire, sont rentrés au bercail, selon les chiffres publiés le 31 juillet par le Service d’aide et d’assistance aux réfugiés et aux apatrides (Saara). Mais outre des civils, des politiques et des militaires ont regagné Abidjan, en provenance du Ghana et du Togo. Si les politiques et militaires vivent pleinement leur vie, pour avoir retrouvé leurs activités, ce n’est pas le cas des 220.000 civils. Des convois les ont ramenés des capitales ou villes environnantes, dans l’espoir d’intégrer le tissu socio-économique, mais à la pratique, beaucoup vivent une désillusion. Chez ces rapatriés, la vie tourne au ralenti, malgré l’assistance que leur apportent le Saara et le Haut commissariat aux réfugiés (Hcr). Pour donner du rythme à leur vie, ces institutions invitent tous les rapatriés ivoiriens à déposer des projets ou des curricula vitae (cv), afin qu’elles puissent se pencher sur leur cas, au moment opportun. «Notre tuteur est le Saara ; c’est elle qui approche les ministères à même de nous aider. Les responsables de cette structure nous ont précisé qu’il sera difficile d’améliorer notre condition de vie, mais qu’elle est à la recherche de financements pour nous aider », a confié Patrick Kobi, le président intérimaire du Comité de sensibilisation pour le retour des exilés ivoiriens en Côte d’Ivoire. Néanmoins, en attendant, il s’indigne de survivre, en confiant son sort à la providence. La condition sociale d’Evariste Yaké n’est pas des plus aisées, à ses dires. Cet ex-leader de la galaxie patriotique vivait au Ghana. Il avoue qu’il assure désormais ses besoins financiers grâce à la magnanimité d’un leader politique. « Je vis grâce au soutien du ministre Amadou Soumahoro (secrétaire général intérimaire du Rassemblement des républicains, ndlr) qui fait, dira-t-il, des pieds et des mains pour que nous ne soyons pas réduit à la mendicité ». Mauricette Daléba, rencontrée non loin des locaux du Saara, à Cocody-Angré, ne cache pas son désarroi. Sans domicile, elle s’inquiète pour sa sécurité. «Je dors à la belle étoile, rapporte-t-elle. Chaque jour, je viens ici pour qu’on m’aide à trouver un habitat et à subvenir aux dépenses de mes deux enfants ». Ainsi, cette femme qui a fait un retour au pays natal avec sa progéniture depuis deux mois, attend beaucoup de la politique de réinsertion prônée par le pouvoir. « Le ministère de la Fonction publique nous a dit qu’il gère les différents cas individuellement, mais dans le privé, ce sera très compliqué voire impossible. Certains rapatriés ont entrepris quelques petites activités ; ils vivent difficilement pour la plupart», avoue sous l’anonymat, un officiel du Saara. Néanmoins, hormis les majeurs, leurs enfants des ex-exilés ont réintégré facilement le système éducatif. « Je salue la coopération dont fait preuve le ministère de l’Education nationale », se félicite cette même source d’informations. Par ail­leurs, les réfugiés qui sont rentrés au pays, se réjouissent de n’être pas l’objet de tracasseries judicaires, contrairement au message véhiculé par une certaine opinion dans leurs pays d’accueil. « Nous ne sommes victimes d’aucune poursuite. En exil, on ne nous dit pas la vérité ; beaucoup de contrevérités sont dites pour nous maintenir dans le statut de réfugiés. Nous devons combattre l’intox. Je suis prêt à aller rencontrer mes amis en exil pour rétablir la vérité», se propose Evariste Yaké, par ailleurs ancien chargé d’études au Palais présidentiel, sous Laurent Gbagbo.

ED (stagiaire)

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