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LG Infos N° 565 du 17/10/2013

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Hicham El Moussaoui (Maître de conférences à l’Université Beni Mellal, Maroc) : «L’émergence ne se décrète pas»
Publié le jeudi 17 octobre 2013  |  LG Infos




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Les entreprises africaines bénéficient-elles réellement des retombées de libre échange dans la globalisation de l’économie mondiale ?
En augmentant la taille des marchés, la mondialisation permet d’amortir les frais fixes qui sont liées à l’investissement dans les machines, la recherche, le développement technologique. En amortissant ces charges fixes, effectivement la rentabilité augmente. Ce n’est malheureusement pas le cas pour les entreprises africaines parce que tout simplement, elles sont de petites tailles. Donc, elles ne peuvent pas trop investir. C’est ce qui explique leur handicap par rapport aux entreprises occidentales. Dans le sens où quand vous avez des difficultés d’accès au financement, évidemment, vous n’avez pas la possibilité d’investir, même si vous en avez la volonté. Et c’est cette impossibilité de financement, d’investissement dans le développement technologique qui a pénalisé la compétitivité des entreprises africaines et les a toujours maintenues dans un stade presque artisanal des petites et moyennes entreprises (Pme). Quand vous comparez la Chine et la majorité des pays africains, en moyenne, une entreprise africaine emploie 47 personnes, alors qu’en chine, on a en moyenne 977 employés. Comment voulez-vous qu’une entreprise africaine avec de telles tailles rivalisent avec les autres entreprises sur le marché mondial.

Dans vos exposés, vous avez insisté sur le fait que les pays africains ont grand intérêt à échanger entre eux. En somme, l’import-export devrait se faire en Afrique. Alors que dites-vous de l’éligibilité de la Côte d’Ivoire à l’Agoa, qui semble réjouir nos dirigeants en termes d’ouverture du pays au commerce extérieur?
Il n’y a pas meilleur marché que le marché intra-africain pour mieux utiliser et faire valoriser ses capacités. Parce que la plupart des pays africains ont une structure similaire. Les entreprises ont des tailles assez homogènes. Elles se rapprochent les unes des autres. Là on peut dire que la compétition est relativement équitable. Elles peuvent vraiment rivaliser. A condition de mettre en place, les conditions nécessaires en termes de réduction de tout ce qui est productions tarifaires et non tarifaires, réduction du coût du transport, amélioration des infrastructures, l’assouplissement des procédures. Si on arrive à faire cela, on va mettre à la disposition des pays africains des marchés accessibles. Et donc ça leur permet d’avoir plus de débouchés, plus de recettes, de chiffres d’affaires et de financements par la suite. En revanche, je suis un peu sceptique sur l’Agoa dans le sens où les Etats-Unis ont éliminé certes leurs tarifs douaniers, mais parallèlement, ils ont renforcé tout un arsenal de mesures qu’on appelle des barrières non-tarifaires qui consistent en des normes sanitaires et phytosanitaires, tout ce qui concerne les règles d’origine. On a compliqué la tâche aux entreprises exportatrices africaines en l’occurrence ivoiriennes. Il y a aussi des procédures contre le Dumping. C’est vrai, les tarifs douaniers ont été éliminés, mais ce qui est invisible, c’est cela qui est plus dangereux, on l’a maintenu. Donc ça limite finalement. Pour donner des chiffres concrets, on a, à peu près, 6 pays sur 38 qui étaient prévus initialement, qui profitent vraiment de l’Agoa et quels produits justement on exporte ? Du pétrole comme par hasard, parce que les Usa, sont un gros consommateur de Pétrole. Donc, cette initiative a été prise pour pouvoir s’approvisionner à bon marché tout simplement. Le deuxième produit qui a profité, c’est le textile. Mais la plupart des pays, malheureusement, n’en profitent pas. Il faut se méfier. Il faut que les pays africains soient plus vigilants par rapport à ce genre d’initiatives surtout lorsqu’ils vont négocier, il y a des concessions à donner à l’autre partie.

On entend, de plus en plus, parler en Côte d’Ivoire de croissance économique à deux chiffres. Est-ce là le gage d’une bonne santé économique, un signe de réduction de la pauvreté?
Pas automatiquement. La Côte d’Ivoire ne sera pas la première ni la dernière dans ce sens ; puisqu’on a vu beaucoup de pays qui avaient des taux de croissance à deux chiffres mais, malheureusement, cela ne s’est pas traduit par une réduction de la pauvreté. Au contraire, on a assisté à une aggravation de la pauvreté dans le sens où lorsque vous avez des taux de croissance élevé et c’est très bien, cela veut dire plus de richesses, plus de revenus. Mais, si ces revenus sont accaparés par une minorité, cela signifie que le reste de la société n’en profite pas. Que ce soit à travers des infrastructures, ou à travers des emplois, bien évidemment le taux de pauvreté ne changera pas ; il ne fera que s’empirer. Peut-être qu’il est encore tôt de juger le gouvernement ivoirien, je dirai là que tant qu’il n’y a pas de réformes institutionnelles qui permettent de canaliser ces revenus qui sont tirées de cette croissance vers l’ensemble des populations, nous restons toujours dans la pauvreté. Ceux qui sont proches du cercle du pouvoir vont avoir les marchés, les affaires les plus lucratives et les autres vont se contenter de quelques subventions et emplois précaires. Sinon, ils vont rester dans l’informel et tout cela ne favorise pas la réduction de la pauvreté, bien évidemment.

La Côte d’Ivoire est classée dans la catégorie des 38 pays qualifiés de «peu libres» selon le Doing business, Le pays ne figure pas non plus dans le top 10 des pays économiquement libres. Avec ces résultats, le pays peut-il être émergent dans les 10 prochaines années ?
L’émergence à l’horizon 2020 est un terme qui est galvaudé. C’est un terme bateau, à la mode. Parce que n’importe quel pays, pour faire une sorte de campagne publicitaire, se fixe telle ou telle date. Attention, ça ne se décrète pas. Si on regarde objectivement les indices, pour être émergent, il faut des taux de croissance élevés, mais pas une année sur deux ou deux années sur trois. Non. Il faut un taux d’au moins 7% mais au moins sur une décennie. Donc il faut une croissance forte, mais en même temps stable. Il faut en quelque sorte de la régularité. Or, l’essentiel de la croissance est réalisée grâce à des industries extractives qui tirent leurs revenus de la vente des produits primaires sur les marchés internationaux. Or, les cours de ces matières premières sont volatiles. Ils sont par conséquent instables. Revenus instables in fine, croissance instable. Si on reste dans la configuration actuelle, en l’occurrence pour l’économie ivoirienne qui est une économie rentière (qui dépend essentiellement de l’exportation de produits primaires), la croissance ne pourra jamais être régulière. Si maintenant, il y a augmentation du taux de croissance, ce n’est pas parce que les exportations ont augmenté en volume ou ont une forte valeur ajoutée, c’est uniquement grâce à l’effet prix qui n’a rien à voir avec le développement de la structure, de l’économie ivoirienne. Si on veut que l’économie ivoirienne devienne émergente comme le Brésil, la Chine, l’Inde, etc., il faut faire comme eux, en diversifiant l’économie. Tant que cette diversification n’a pas encore été faite, l’émergence sera un vœu pieux. C’est déjà arrivé dans les années 70. On avait des taux de croissance à deux chiffres dans les pays africains. Ils ont dit ça y est, on va avoir le décollage économique, on va investir dans des projets publics. Cela n’était pas fondé sur la rentabilité économique. Il y a eu dans les années 80, un retournement de la conjoncture, l’effondrement des cours des matières premières. Pour continuer, on s’est endetté par la suite. Et puis, il y a la crise puis on se met sous les institutions de Bretton Wood. La seule garantie pour avoir un développement sain et viable, ce n’est pas de dépendre d’une seule ressource, il faut diversifier, plus d’agriculture, d’industrie, de services. Ainsi, s’il y a un secteur qui est malmené par la conjoncture, on pourra compter sur les autres pour maintenir l’économie à flots. C’est pourquoi je ne crois pas trop à cette question d’émergence. L’horizon 2020 c’est dans sept ans. Est-ce qu’on a mis en place des réformes qui vont donner leurs fruits d’ici là ? Je ne pense pas. Est-ce qu’on a réformé l’Etat, le marché du travail, le marché bancaire, l’environnement des affaires ? Si on veut être émergent en 2020, il faut déjà avoir ces institutions afin qu’elles puissent donner le résultat. Malheureusement, on ne l’a même pas encore, donc je n’y crois pas.
Réalisée par Cybèle Athangba

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