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Alassane Ouattara « ressuscite » Houphouët-Boigny, 20 ans après sa mort
Publié le samedi 7 decembre 2013  |  APA


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© Présidence par DR
Audience du Président de la République accordée à une délégation d`hommes d`affaires japonais
Lundi 02 décembre 2013. Le Président de la République, SEM. Alassane OUATTARA reçoit une délégation d`hommes d`affaires japonais. Ph : Alassane Ouattara


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Abidjan (Côte d’Ivoire) - Le 7 décembre 1993, Félix Houphouët-Boigny, premier président ivoirien (1960-1993), tirait sa révérence, après un règne de trente et trois ans, sans discontinuité, sur la nation ivoirienne, et la Côte d’Ivoire, reconnaissante à son « père fondateur », lui rend hommage, samedi, à Yamoussoukro, sa ville natale, à l’occasion du 20ème anniversaire de son décès.

« Le Chef de l'Etat Alassane Ouattara a informé le Conseil des ministres de la commémoration du vingtième anniversaire du décès du Président Félix Houphouët-Boigny à Yamoussoukro le samedi 07 décembre 2013. A cette occasion, tous les Ivoiriens sont invités à se remémorer l'œuvre du père fondateur de la Nation Ivoirienne et à participer à l'hommage qui sera rendu au grand homme d'Etat que fût le Président Félix Houphouët-Boigny », indiquait le communiqué final du Conseil des ministres de lundi dernier.

Cette célébration sera notamment marquée par des prières à la Basilique Notre Dame de la paix de Yamoussoukro et à la Grande mosquée de la ville.

« Houphouët aimait tout le monde. Il était lui-même chrétien mais il avait aussi des musulmans, des animistes dans sa famille. C’était un homme pieux », se rappelle Mariame Coulibaly, enseignante à la retraite, soulignant dans la foulée que la « grandeur d’Houphouët se voyait lorsqu’il a construit son caveau familiale. Il a même prévu 68 tombes (…) pour ses petits enfants ».

7 décembre 1993. La Côte d'Ivoire fête le 33ème anniversaire de son accession à la souveraineté nationale et internationale. Le Premier ministre Alassane Ouattara, Chef du gouvernement, assurant l'intérim du président Houphouët-Boigny, malade depuis six mois, préside, en début de matinée (9h, heures locales et GMT) la cérémonie de prise d'armes au Palais présidentiel.

Au terme de la cérémonie, il s'ouvre à un cercle restreint de personnalités pour leur annoncer la « triste »' nouvelle du décès du « vieux » comme les Ivoiriens appelaient, affectueusement, le Président Houphouët-Boigny. C'est la consternation au sein des privilégiés « macabres ».Ordre est, cependant, donné à tous de mettre un « embargo » sur l'information jusqu'à la mi-journée.

En compagnie de quelques personnalités du pays dont Henri Konan Bédié, Président de l'Assemblée nationale, dauphin constitutionnel, Alassane Ouattara rallie Yamoussoukro pour s'incliner sur la dépouille mortelle du « Père de la nation », autre sobriquet du Président Félix Houphouët-Boigny.

Pendant ce temps, « Radio Treichville » (la rumeur locale) ébruite la nouvelle qui enfle dans la capitale économique (Abidjan) voire dans plusieurs villes de l'intérieur du pays. En milieu de journée, la radio mondiale, Radio France Internationale (RFI) qui testait (troublante coïncidence !) ses émissions en bandes FM en Côte d'Ivoire, livre l'information.

Revenu de Yamoussoukro vers 12h45, le Premier ministre Alassane Ouattara fonce, directement, dans les locaux de la télévision ivoirienne. Sur le plateau du journal télévisé de la mi-journée (13h GMT), la voix, encore nouée d'émotion, le visage grave, la mine mortuaire, le Chef du gouvernement lâche : « la Côte d'Ivoire est orpheline… ».

Il vient d'annoncer, officiellement, aux Ivoiriens, en direct, la mort de Félix Houphouët-Boigny, « le Père de la nation », « le Cibouê national », le « Bélier de Yamoussoukro », « le Bâtisseur », « le Sage d'Afrique », « le Cerveau politique » de premier ordre selon le Général De Gaulle. A 88 ans, le Premier président ivoirien tire sa révérence, après une demi-année de maladie qui l'a éloigné de son peuple pour ne plus jamais revenir.

Ce 7 décembre 1993, donc, un homme, « un grand homme qui avait traversé presque le siècle, un homme ordinaire qui a fait des choses extraordinaires »', selon l'Ambassadeur Jean Vincent Zinsou, s'en est allé, laissant une nation, fortement sécouée par sa disparition, livrée à elle-même du moins aux « appétits » voraces du pouvoir de ses « fidèles » lieutenants qui se réclament tous de lui, sans avoir son génie encore moins son charisme ou son don de soi.

Après un deuil national de deux mois (du 7 décembre 1993 au 7 février 1994), le 7 février 1994, 27 chefs d'État africains et européens, des représentants de cent vingt autres pays, des hautes autorités de la planète se joignent aux Ivoiriens, toujours affligés, pour rendre un « ultime » hommage au « Vieux » à la Fondation pour la recherche de la paix qui porte son nom à Yamoussoukro avant l'inhumation dans «l'intimité » au cœur de la résidence privée qui deviendra, un lieu de pèlerinage.

La guerre de succession que se sont livrée ses héritiers a contribué à balafrer la Côte d'Ivoire qu'il a bâtie avec des valeurs comme, la fraternité, l'unité, l'amour, le pardon, la paix et le dialogue qu'il a érigé en seconde religion. Des entrailles du parti politique (le Pdci-Rda) qu'il a fondé, est sortie une multitude de partis dont les principaux restent le Rdr, l'Udpci, l'Udcy et le Rpr.

La Côte d'Ivoire, même, est rentrée dans un cycle de violence jamais connue. Un coup d'Etat (1999), une rébellion (2002-2010) et une meurtrière crise postélectorale (2011) ayant occasionné 3000 morts et des centaines de milliers d'exilés ont dû faire retourner le « Bélier » de Yamoussoukro dans sa tombe.

Une tombe sur laquelle vont se recueillir, ce samedi, des milliers d'Ivoiriens et amis de la Côte d'Ivoire au rang desquels le Président de la République, Alassane Ouattara, en provenance de Paris où il a pris part au Sommet de l'Elysée sur « la sécurité et la paix en Afrique » et ses alliés houphouétistes, dans le cadre des cérémonies commémorant le 20ème anniversaire du décès du « Père fondateur ».

Depuis quelques jours, la Radio télévision ivoirienne (RTI, service public) replonge les ivoiriens dans la nostalgie en diffusant des éléments sur les oeuvres de Félix Houphouët-Boigny ainsi que sa philosophie de dialogue et de paix.

Vingt ans après sa mort, l'ombre d'Houphouët-Boigny qui devrait avoir 108 ans, le 18 octobre dernier, continue de planer sur une Côte d'Ivoire qui a, visiblement, du mal à se remettre des traumatismes de 1999, 2002 et 2011, pour refaire son unité.

HS/ls/APA

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