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L’intelligent d’Abidjan N° 3048 du 1/3/2014

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Peinture / Esprit Vohou-vohou ! Es-tu là ?, à la Rotonde des arts contemporains : 14 Vohou-vohou au musée de Bamako, un patrimoine cher à Abidjan
Publié le samedi 1 mars 2014  |  L’intelligent d’Abidjan




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- 30/1/2014


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Ouverte depuis le 28 novembre 2013 à la Rotonde des arts contemporain au Plateau, l’exposition ‘’Esprit Vohou-vohou ! Es-tu là ?’’ a été suivie depuis le 28 février par une autre : ‘’Juste un bonjour’’. Celle-ci est présentée à l’occasion de la 8è édition du Masa [Marché des arts et du spectacle africain – du 1er au 8 mars]. Y ont été dévoilées les œuvres du peintre malien Abdoulaye Konaté, le photographe franco-sénégalais Antoine Tempé et le sculpteur burkinabé Siriki Ki.

A quelques jours du décrochage – avant leur retour au Musée national de Bamako, retour sur une collection [baptisée Yankel] d’œuvres historiques de quatorze (14) artistes ivoiriens qui ont porté l’école d’Abidjan au nom réducteur et méprisé qu’est le Vohou-vohou ou ‘’N’importe quoi’’. Face au défi d’authenticité de leur style trouvé, s’ouvre [quarante ans plus tard], comme hier, le débat sur un style dont la genèse historique se doit d’être restituer – au-delà de toute distorsion dans son langage.

14 Vohou-vohou devenus patrimoine du Mali
Les trente-six (36) œuvres qui (y) ont constitué le cœur de cette rétrospective, représentent les travaux de recherches d’étudiants ivoiriens qui, après l’école des Beaux arts d’Abidjan, ont poursuivi, au début des années 1970, leurs études à l’école des Beaux arts de Paris, dans l’atelier de Jacques Yankel – qui donne(ra) son nom à ladite collection devenue en 2004, patrimoine du Mali. Cette destination au lieu de la Côte d’Ivoire, aucun de ces anciens étudiants ne se l’explique. Patrimoine Vohou, où es-tu ? «Que les œuvres se retrouvent au Mali, c’est une surprise !», s’étonne l’ancienne étudiante de l’atelier de Yankel, l’artiste Asta Zezet Agou (Aza) qui a en souvenir que ses œuvres restées à l’atelier de Yankel ont été, par la suite, confiés au Musée des arts d’Afrique d’Océanie. Celle-ci abritait l’Association pour le développement des échanges interculturels (Adeiao). C’est suite à la fermeture dudit musée que l’Adeiao fera don de l’ensemble du fond de Yankel au Musée national du Mali – dirigé aujourd’hui par Samuel Sidibé.
Cette collection qui suscite un intérêt particulier pour l’histoire de l’art en Côte d’Ivoire pose, par ailleurs, le problème de l’inexistence et l’urgence d’un Musée des arts contemporains pour la conservation des œuvres des artistes. «Les œuvres peuvent rester au Mali le temps qu’on fasse des démarches», admettait Aza soutenu par Mme Simone Guirandou, présidente de l’Association internationale des critiques d’arts – section Côte d’Ivoire. «C’est une chance, a-t-elle dit, que vos œuvres soient au Mali ! Car là-bas au moins, vous êtes dans un musée, on vous connait».
Si, selon le plasticien Théodore Koudougnon – chef de fil des étudiants à Paris, «c’est le hasard» qui les remet sur le chemin de leurs œuvres, l’initiative de les exposer est du curateur Yaya Savané qui a permi, en collaboration avec le Musée national de Bamako, de revisiter cette collection témoin du Vohou-vohou qui suscite cette interrogation – thème de l’exposition : Esprit Vohou-vohou ! Es-tu là ?

Le Vohou-vohou ou vers la fin de la révolution !
Sur les quatorze (14) artistes qui figurent dans la collection Yankel, Théodore Koudougnon, Youssouf Bath, Dosso Moussa, Asta Zezet Agou, Tano Siméon, Tamsir Dia ont un seul mot : «L’esprit Vovhou-vohou demeure». «Il y a, soutient Aza [qui ne fait plus du vohou], une école ivoirienne qui est le Vohou-vohou. Les gens peuvent s’en inspirer. L’art n’est jamais dépassé». Un langage bien différent de celui de Dosso Moussa [il n’était pas de l’atelier Yankel] : «L’histoire du Vohou a commencé en 1971 et a pris fin en 1973».
Mais, de la révolution et du choc, s’accordent-t-il, est née l’école d’Abidjan qui a été promue par leur professeur Serge Elenon, à l’école des Beaux arts d’Abidjan. «Elenon est venu rompre avec la monotonie que les autres avaient installé dans l’enseignement de l’art en Côte d’Ivoire», approuve Mme Simone Guirandou. Si les précurseurs du Vohou-vohou sont parvenus à apporter, à leur époque, «quelque chose à l’édification de l’histoire» de l’art en Côte d’Ivoire, Mme Guirandou est d’avis que c’est «le premier mouvement qui a marqué son époque en Côte d’Ivoire». Historienne de l’art, elle (a) fait comprendre qu’«à chaque époque, correspond sa peinture». De la problématique d’assurer une continuité ou donner un souffle nouveau à l’école d’Abidjan – qui, rappelle Koudougnon, a permis par l’usage de matériaux intégrés dans leurs œuvres de se rapprocher de la culture ivoirienne – Mme Guirandou préconise une évolution [progression] dans la recherche. «Le Vohou-vohou, précise-t-elle, possède son époque. On ne peut continuer à faire du Vohou-vohou». Du regard du critique d’art, Auguste Mimi Errol, «le vohou-Vohou a fait école». «Voyant aujourd’hui le travail des jeunes, se convainc Youssouf Bath, tous sont partis du Vohou. Chacun travaille à partir de son intériorité».
L’esprit Vohou, affirme Youssouf Bath, existe dans son travail même s’il ne peut savoir s’il y a eu [ou non] une évolution dans son travail. «Je vois, dit-il, le côté positif de mon travail. Je ne travaille plus comme étant étudiant. Il y a une certaine réflexion. Il y a une analyse». Comme Youssouf Bath, Tano Siméon ne se fait aucun doute de l’existante aujourd’hui de l’esprit Vohou-Vohou. «C’est la genèse historique qu’il faut restituer», conseille-t-il. Si l’exposition à la Rotonde des arts contemporains, a eu le mérite de les rassembler, comme hier, autour de l’esprit Vohou-Vohou – un style qu’ils ont en commun, ces acteurs, même dispersés [après l’exposition] continuent d’écrire par leurs œuvres l’histoire du Vohou.

Koné Saydoo

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