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Nord-Sud N° 2632 du 12/4/2014

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Contribution: “Pourquoi des médecins doivent aller en prison”
Publié le samedi 12 avril 2014  |  Nord-Sud




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Suite à votre article sur la mort de la jeune Awa Fadiga intitulé «La grande honte!», publié dans votre parution du vendredi 26 mars 2014, nous avons décidé de vous faire ce témoignage.
Le 7 décembre 2013, notre fille que nous désignerons par les initiales, FB, a fait une crise de méningite sévère.

Nous l’avons envoyée au centre de santé de notre commune, aux environs de 11h. Pour nous, il s’agissait d’un paludisme, voire un neuropaludisme, vu que notre fille avait commencé à délirer. Les infirmières trouvées au centre de santé communautaire ont cru également qu’elle avait le palu. Elles lui ont placé une perfusion contenant le traitement contre un paludisme sévère. Le médecin de service n’est pas venu voir la malade, encore moins prescrire le traitement en cours. Vers midi, le médecin est parti pour le déjeuner. Pendant son absence, l’état de notre fille s’est dégradé : elle délirait, avec des agitations incontrôlées.

Les infirmières étaient persuadées qu’il s’agissait du palu et que tout rentrerait dans l’ordre, lorsque le traitement commencerait à faire son effet. 14 h: retour du médecin au centre de santé. Il rentre dans son bureau pour se reposer, sans aller au chevet de la patiente. A 15h, le corps de notre fille commence à se raidir. Ses dents se serrent. Des visiteurs venus avec un autre malade crient aux infirmières : «Empêchez-la de serrer les dents.» Affolées, celles-ci appellent le médecin : «Docteur, on va la perdre.» C’est seulement en ce moment que le médecin s’est approché. Il a examiné la malade pour déclarer : «Il faut l’évacuer vers un Chu ». Mais avant, il prend soin de demander qu’on lui fasse une prise de sang. Nous étions déjà à 16h ou 16h30, le laborantin avait fini son travail ; il était «descendu».

Devant l’urgence, le médecin a demandé qu’on fasse vite l’évacuation vers le Chu de notre choix, en taxi. Notre fille était dans le coma. Nous avons demandé au docteur d’appeler le Samu (Service d’aide médicale urgente: Ndlr) pour l’évacuation. Sa réponse : « Ici, habituellement, c’est en taxi que les parents font l’évacuation ». Nous, parents de FB décidons, donc de joindre le Samu. L’urgentiste au bout du fil nous dit : «Il nous faut parler au médecin qui s’est occupé de la malade, afin qu’il nous briefe sur son état, pour que puissions faire une bonne prise en charge.» L’urgentiste nous donne le numéro de son téléphone mobile pour que nous le mettions en contact avec le médecin du centre communautaire supposé avoir pris en charge notre fille. Ce dernier refuse de parler avec le Samu. De toute façon, il n’avait rien à dire, parce qu’il n’avait rien fait.

Nous choisissons le Chu de Cocody. Les raisons: partir de notre commune, aux environs de 18h, vers Yopougon ou vers Treichville, équivaudrait à « la mort » certaine de notre fille, à cause des nombreux embouteillages.

Le calvaire ne faisait que commencer. Pas de Samu, nous n’avons pas de véhicule, vu l’état de notre fille (comme morte), aucun taxi ne veut nous transporter. Par chance, un taximan finit par accepter de nous prendre, après avoir été rassuré que notre fille était encore vivante, mais dans le coma.

Au Chu de Cocody, nous rencontrons un médecin de garde consciencieux. Il a dit comprendre qu’il s’agissait peut-être d’une méningite. Il a demandé une prise de sang et a commencé un traitement anti-méningite. Il était 19h. Les premiers résultats étaient prévus pour 23h. Il y avait trop d’analyses en attente. Le médecin du Chu nous a fait une mise en garde: «Si je vous prescris une ordonnance et que les médicaments ne sont pas disponibles à la pharmacie du Chu, allez les acheter dans une pharmacie à l’extérieur, et non auprès des infirmiers ou toute autre personne au sein du Chu.» Nous savons tous ce qui se passe dans les Chu concernant l’achat des médicaments. C’est un secret de polichinelle. Chacun fait son marché.

23h: les résultats de la prise de sang confirment la méningite. Notre fille est toujours dans le coma. Il nous faut trouver une pharmacie de garde. Le médicament le plus important pour le traitement n’est pas vendu dans la pharmacie du service des urgences. Heureusement, une affiche collée sur le mur de la pharmacie dudit service indique les pharmacies de garde de Cocody. Une infirmière chargée de s’occuper de notre fille nous propose le médicament en question. Nous refusons. Nous revenons vers 00h30 du matin du 8 décembre 2013, avec le médicament. Nous le présentons au médecin, celui-ci nous oriente vers l’infirmière désignée pour faire l’injection.

Nous trouvons ladite infirmière assise sur un lit, dans la salle réservée pour leur repos. Et elle nous dit : « Je suis fatiguée, j’ai faim, je n’ai pas encore mangé, je n’ai pas pris de pause, voyez ma collègue.» Et elle quitte la salle. Nous ne la verrons plus auprès de notre malade. C’était le prix à payer pour n’avoir pas acheté son «médicament.» Dieu étant aux commandes, notre fille s’en est sortie sans séquelles.

Dans votre article, vous écrivez : « … la jeune fille de 23 ans (le mannequin Awa Fadiga ; Ndlr), est morte d’un déficit d’assistance. L’équipe médicale qui l’a reçue au service des urgences n’a pas pu fournir (faute de moyens), tous les soins que nécessitait son état».

Ma question est: Quel protocole est mis en place dans les hôpitaux publics, lorsqu’un patient arrive dans un état critique?  Il faut que le ministre de la Santé nous l’explique clairement, et que cela soit affiché à l’entrée de chaque établissement hospitalier public.

Au corps médical, je dirai : «Il est temps pour certains d’entre vous d’aller en prison, et d’être radiés de la profession.» Ces mêmes médecins, dans un établissement hospitalier privé, savent comment ils se décarcassent pour sauver un patient arrivé dans un état critique. Là-bas, le plus important, c’est l’argent. Si un médecin veut être riche, il faut qu’il rassure, prenne soin de sa clientèle de malades. Là-bas, quand on arrive dans un état critique sans assurance, on casque comme caution d’admission entre 400.000 et 1.000.000 FCFA.

Entre nous, si je possède ce montant, pourquoi irais-je dans un centre communautaire?

Une lectrice

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