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Discours de la Grande Chancelière à l’occasion de la cérémonie de restitution de ses recherches sur le Sanwi
Publié le dimanche 19 octobre 2014  |  Grande Chancellerie
Cérémonie
© Autre presse par DR
Cérémonie de distinction de 120 personnalités à la Grande chancellerie
Mardi 12 août 2014. La Grande chancelière Henriette Diabaté procède à la distinction de 120 personnalités.
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Krinjabo, le 18 octobre- Nanan Amon N’dufu V, belemgbi du Sanvi,
Merci du fond du cœur de nous recevoir et de nous réserver un accueil aussi chaleureux et aussi éclatant.
Majestés les mmlemgbi de Tiapoum, Bonoua, Mossou, Ebra,
Merci d’honorer de votre prestigieuse présence cette cérémonie.
Vaillants descendants d’Ano Asseman, d’Aka Essoin, d’Amalaman Ano,
Vénérable population Agua descendus, du ciel (tant pis pour ceux qui en doute),
Honorable population Ehotilé sorti des lames de fond de la lagune (tant mieux pour qui le croit),
Dynamique population Essouma,
Digne population Adouvlè,
Chers frères, chères sœurs du Sanvi et des régions voisines,
Je vous suis très reconnaissante de vous être déplacé, en si grand nombre, pour venir prendre part à cette rencontre.
Autorités administratives, politiques et coutumières, cadres,
Merci d’avoir accepté de partager avec nous ces moments de retour à l’histoire.
J’adresse une attention particulière aux responsables d’institutions, aux ministres, aux personnalités présentes ou représentées :
• M. AMON-TANOH Marcel, Directeur de Cabinet du Président de la République,
• M. AKA AOUELE, président du Conseil régional du Sud Comoé,
• M. DEMBELE Fousseni, représentant le Ministre de la Culture et de la Francophonie,
• Doyen, le Ministre AMON-TANOH Lambert, conseiller de l’Ordre National à la Grande Chancellerie,
• Doyen Georges KASSI,
• M. le représentant du doyen Brou Gustave,

Et puis, je les ai gardé pour la fin ; parce que je voudrais qu’on ovationne ces personnalités, amis de la culture africaine, qui bien qu’ayant été invitées tardivement n’ont pas hésité, un seul instant, à venir vivre avec nous cette manifestation familiale. Il s’agit de :
• SEMme Chantal DEVARRENES, Ambassadeur du Canada en Côte d’Ivoire,
• SEM. Georges SERRE, Ambassadeur de France en Côte d’Ivoire et Madame ainsi que ses collaborateurs.
Je vous souhaite la bienvenue chez vous.
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Kpômanfuè,
Rassurez Nanan Amon N’dufu et les frères et sœurs présents ; car les nouvelles sont bonnes.
Je suis venue humblement, devant la communauté régionale, vous dire d’abord merci pour l’accueil et le soutien que vous m’avez toujours réservé dans tous mes déplacements, dans les villes, villages, campements et hameaux.
Permettez-moi de mentionner le père EKPONON et le chauffeur AKA DADIE qui a été de toutes les aventures, ici comme au Ghana. Avec lui, j’ai découvert des sites très importants pour l’histoire du Sanvi. Au point que notre mot de passe est « Djedua Kaïn Kaïn » en souvenir de l’une de nos enquêtes les plus difficiles.
Je suis venue aussi vous restituer les trésors que vous m’avez confiés et que j’avais le devoir d’organiser, de construire, de faire connaître et fructifier.
Mais où sont mes maîtres, ceux qui m’ont initié ?
Aka Kablan, Où es-tu ? Manuan Ayélébi, Aka Kulu, Noungbou Edua, Kuamé Kouagni et tous les autres ? Où êtes-vous ?
Je vous cherche, et je ne vous vois pas.
J’aurais tant aimé vous remettre en main propre ce modeste témoin que vous m’avez permis de réaliser et qui est lourd de votre savoir.
Mais c’est vous même qui le dites, et vous avez raison : « kulo suna… » (L’être humain est aussi fragile que l’œuf ; il ne tarde pas à se briser).
Vous m’avez adoptée, après avoir contribué à la formation qui m’a permis, à mon tour, de participer à la formation de centaine d’Ivoiriens et d’Africains. Je ne cesserai jamais de vous célébrer.
Chers maîtres,
Je sais que vous êtes présents en esprit parmi nous, et que vous nous avez donné votre bénédiction, pour que cette manifestation soit une grande fête de retrouvaille à l’échelle du Sanvi, du Sanvi en Côte d’Ivoire, du Sanvi dans le monde Akan, du Sanvi tout court.
Mesdames et messieurs,
Qu’ai-je donc appris et qu’ai-je ramené au Sanvi aujourd’hui ?
En 1970, lorsque je choisissais le Sanvi comme sujet de thèse, il s’agissait :
- d’une part, d’innover dans le domaine de la méthodologie en traitant les sources orales, sources par excellence de l’histoire africaine, pour qu’elles deviennent sources scientifiques ;

- d’autre part, il s’agissait d’enrichir la connaissance historique de cette partie du Golfe de Guinée, en orientant nos recherches dans des domaines considérés comme prioritaires, à la fois par la population et par l’historiographie africaine. Il s’agissait de la détermination des origines, de l’occupation d’un territoire, de la formation d’une entité sociale.
Car la connaissance de l’histoire et de la culture joue un rôle particulièrement important dans le sentiment d’amour et de fierté d’appartenir à une communauté.
L’histoire politique et économique, l’histoire sociale et culturelle, plus qu’une autre discipline, apparaît comme un outil propre pour forger les consciences, l’estime de soi, la construction de l’avenir.
Ce travail est donc une monographie sociale, économique et politique, écrite à partir essentiellement de sources orales.
Parce que dans la société traditionnelle, on ne livre pas le savoir à n’importe qui, n’importe quand, n’importe où, n’importe comment, il fallait savoir se laver les mains pour manger avec les anciens.


Batuman mô ---
(C’est l’enfant qui sait se laver les mains qui mange avec les anciens). Il fallait savoir s’y prendre pour avoir les meilleures informations.
Les traditions patiemment recueillies ont été confrontées à d’autres sources (écrites, archéologiques ou recueillies par d’autres chercheurs au Sanvi et hors du Sanvi). Elles ont été analysées et réorganisées.
Au total, notre utilisation de la méthodologie des sources orales représente une contribution qui a été saluée et qui a servie et sert encore à de nombreuses recherches à caractères historiques et anthropologiques, en Côte d’Ivoire et ailleurs.
A partir de ce corpus, nous avons réussi à reconstituer des informations sur l’origine et sur l’organisation du Sanvi.
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Aussi, nous savons que jusqu’à la fin du 17e siècle, la région qui deviendra le Sanvi était occupée par les Agua, les Eotilé, un peu plus tard, les Essouma et plus récemment les Abouré.
Les futurs Agni Sanvi et d’autres populations, regroupées sous le commandement de Ano Asseman dépendaient du Denkira.

A la suite des guerres Ashanti-Denkira du début du 18e siècle, Ano Asseman et ses hommes partent, en direction de l’ouest, traversent la Tanoe et s’installent dans la région de Enje (Enchi) qui deviendra l’Ebolossa. Ils en repartent, quelques temps après, sous la conduite de Amlan Ano, conquièrent la région de Siman, puis, avec Aka Essoin, la région d’Aboisso, créent Krinjabo, soumettent les Essouma et les Eotilé, organisent tous ces groupes en les intégrant dans un cadre à la fois militaire, administratif et politique, qui reprend en grande partie le modèle Denkira d’origine.
Le Sanvi devient une monarchie unitaire, un exemple achevé de centralisation du pouvoir, où le belembgi, en association avec une femme du matriclan, choisie selon les règles de la matrilinéarité, exerce un pouvoir très étendu mais non arbitraire.
Sous la forte personnalité d’Amon N’dufu Kutua qui régna de 1844 à 1885, le fonctionnement des structures du royaume atteint son efficacité maximum. Ce souverain, réputé pour son intelligence, décide de cesser les guerres et de se consacrer à l’organisation du Sanvi. C’est lui qui, pendant qu’il assurait l’intérim de son prédécesseur, signe le traité de juillet 1843 avec les Français et autorise la création d’un second fort à l’emplacement du premier, à Assinie.
Jusqu’à la fin du 19e siècle, 7 belemgbi ont régné sur le Sanvi : Amanlanman Ano, Aka Essoin, Amon N’dufu Kpagni, Assemien Dihiè, Atokpra, Amon Nd’ufu Kutoua et Aka Siman Adu.
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Voilà à grand trait, quelques uns des éléments que nous avons consignés dans ce livre.
Il reste encore à publier 3 volumes de recueil de textes d’enquêtes qui seraient d’une grande utilité pour les chercheurs en histoire, en anthropologie ou même en linguistique.
Comme tout travail de recherche, plusieurs aspects de celui-ci mériteraient d’être davantage explorés, complétés, exploités.
Car le but de la recherche est de toujours apporter des contributions nouvelles pour mieux appréhender la vérité. Ce n’est pas un point final que nous avons mis à la fin de ce travail, mais un point-virgule.
Mon enfant, cette thèse, si je le vois avec les yeux d’une mère, je le juge avec la lucidité du chercheur. Il est normal et même souhaitable que des recherches nouvelles viennent compléter ou même remettre en cause certaines conclusions.

Je voudrais pour cela, terminer en lançant un appel sincère aux jeunes générations de chercheurs, afin qu’ils continuent de labourer ce champ qui est l’histoire et la culture Sanvi, pour tous les bienfaits que cela apporte à la recherche et à la Nation ivoirienne.
Parce que la recherche a besoin de ressources financières et logistiques, j’en appelle également aux structures territoriales décentralisées et aux bonnes volontés individuelles, afin qu’elles consacrent 0,001% de leurs ressources à la recherche scientifique, en complément de ce que l’Etat peut faire.

Chers amis, chers frères, chères sœurs,
Je ne peux terminer cette intervention, sans dire combien les Ivoiriens, comme moi, comptent sur la chefferie traditionnelle, pour continuer de nous donner les repères nécessaires à la consolidation de la cohésion sociale et au vivre ensemble.


Henriette Dagri Diabaté

Grande Chancelière
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