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Contribution / «Un Livre dans la voiture» de Diomandé Mélama : Chauffeur, il passe le BAC à 40 ans
Publié le mardi 30 juin 2015  |  L’intelligent d’Abidjan
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Diomandé Mélama a connu plusieurs épreuves dans sa vie qui ont causé son retard dans sa réalisation sociale et surtout intellectuelle. Il s’est battu contre ces entraves et a accompli son rêve d’avoir les diplômes qu’il souhaitait avoir et ce après avoir abandonné l’école contre son gré. C’est cela qu’il partage dans cette œuvre autobiographique.
Le professeur Séry Bailly est attaché à une expression qui fait le titre de l’un de ses ouvrages : « Porteurs d’espoirs ». Il s’agit des modèles, des étoiles boussole de navigation, des repères. Il s’agit des êtres ordinaires comme tous qui accomplissent des actes extraordinaires dans des situations complexes. Porter l’espoir selon cet auteur, c’est « Posséder des connaissances et des valeurs susceptibles d’œuvrer à sa réalisation. C’est les incarner dans sa pratique quotidienne, dans sa manière de vivre. C’est enfin, l’apporter aux autres dans sa résistances aux épreuves de la vie, sa créativité, sa générosité et leur indiquer les alternatives possibles, leur montrer qu’un autre monde est à leur portée ».

Dans mon panthéon des « porteurs d’espoir », j’inscrirai en premier le nom de « Diomandé Mélama ». Un héros que vous ne connaissez certainement pas. Ce n’est guère une hyperbole de l’appeler héros car comme le dit le Professeur Séry Bailly, « tous les héros ne sont pas des vedettes. On voit la victoire de certains alors qu’ils passent eux même inaperçus… Chacun est héros là où il se trouve dans les circonstances que l’histoire lui impose ». Diomandé Mélama est de ceux-là. Un taciturne d’une humilité méticuleuse qui a une histoire extraordinaire et originale qu’il partage dans son ouvrage « un livre dans la voiture ». C’est un homme d’abondantes qualités humaines, forgées dans les canines des épreuves de la vie. Dans l’expérience de sa vie qu’il partage dans ce livre, il a reçu des coups douloureux de la vie qui paralysent le moral et abandonnent dans une fournaise pessimiste. Mais la riposte de Mélema dans son combat de la vie est pédagogique.

« Un livre dans la voiture » est le premier livre de Diomandé Mélama parut aux éditions Nei-Ceda. Une autobiographie de 176 pages composée de 7 chapitres. La page de couverture présente l’image d’un livre sur le siège arrière d’une voiture personnelle avec le titre du livre et le nom de l’auteur inscrit discrètement. Le choix des couleurs s’est porté sur le jaune et le vert. L’auteur partage modestement son parcours qui se résume en épreuves et transcendance. Très jeune, il perd son frère et sa mère, arrête involontairement les cours en classe de troisième et sur proposition de son oncle, commence le métier de chauffeur des véhicules Peugeot 504 qui relient des villes de l’intérieur du pays. Dans la représentation sociale, ce métier est pratiqué très souvent par les analphabètes ou ceux qui ont un faible niveau scolaire. Il collectionne plusieurs échecs suite à des concours administratifs jusqu’à ce qu’il soit reçu à un concours de chauffeur de l’administration publique. Il faut noter la persévérance et le courage de Mélama influencé par l’un des conseils de son oncle, précepteur de sa formation de conducteur qui disait ceci à la page 64 : « comment pouvais-tu penser que tu ne pourrais pas, alors que tu n’avais même pas essayé ? Pourquoi as-tu alors repris ton examen de conduite après ton échec la première fois ? Pourquoi n’as-tu pas abandonné ? Si tu avais abandonné par peur de l’échec, tu ne serais pas en train de conduire en ce moment ! Tout à l’heure tu n’as pas pu t’en sortir parce que tu as persévéré, tu n’as pas abandonné. Tu dois donc savoir que l’homme ne connaît vraiment l’échec dans la vie, que quand il abandonne. N’abandonne donc jamais ce que tu entreprends dans ta vie. Le succès est proche de l’échec m’entends tu ? »

Ces conseils sont le leitmotiv qui l’incite à passer le BAC à l’âge 40 ans avec les encouragements de ses proches et surtout son « patron » de l’époque. Son succès à son baccalauréat est inénarrable. Il s’oriente en anglais et obtiens une licence. Il entreprend par la suite un master en administration. Diomandé Mélema a su triompher de ses échecs grâce au livre, à sa passion pour la lecture, à sa boulimie de culture et ce déclic a été possible par les livres hérités de son défunt frère. Il réalise le fruit des conseils de son oncle écrit à la page 64 : « Je te parle par expérience. Le succès et l’échec voyagent toujours ensemble. Ils sont les hôtes permanents de l’homme. Le premier est parfois beaucoup plus humble et discret, au point de ne pas montrer sa présence au début, alors qu’il est le plus nanti des deux pour faire le bonheur de l’homme. Il aime parfois éprouver l’être humain avant de s’ouvrir à lui. Souvent, le succès voudrait bien se manifester plus tôt, mais il arrive alors que son compagnon l’échec contrarie sa volonté à ce moment- là, en lui demandant de ne pas réagir si vite, afin de voir si l’homme est vraiment patient. Alors chaque fois que ce dernier abandonne face à la première difficulté, l’échec vient trouver le succès et lui dit avec ironie : ne t’avais-je pas dit que l’homme est un être très patient ? ».
Dans les trois derniers chapitres de son livre, Diomandé Mélama s’exprime sur les valeurs, la morale en pleine dégradation. Tout en présentant le métier de chauffeur de l’administration, il expose les difficultés du métier, la représentation sociale de ce métier, les rapports entre employés et « patron », les rapports entre « progénitures des patrons » et chauffeur. Il expose la perception dépréciative de ce métier, les humiliations subies, les joies et les peines inhérents à ce métier. Il partage son point de vue sur les rapports entre les différentes couches sociales mais surtout la place des valeurs morales dans ces rapports. Il encourage à lever les verrous des complexes sociaux pour mieux s’épanouir. Aujourd’hui il est un homme riche de sa soif de savoir, pour ne pas dire, « riche de savoir » : attitude du philosophe. Il le dit dans les dernières lignes de son livre à la page 175: « maintenant, commence une autre étape de ma vie, celle de la recherche du savoir et de l’accomplissement de soi, de la formation de la personnalité d’un autre homme que je pourrais être grâce aux livres. Je comprends mieux maintenant plus que jamais, que le manque d’instruction au commencement de la vie de l’homme n’est pas une fatalité et que cela peut se combler à tout âge. »
Dans cette société habituée à la fanfaronnade de vanité, à la supercherie et au m’as-tu-vu, rares sont ceux qui s’affranchissent de leur complexe pour exposer à tous, les épreuves de leurs vies qui ont jalonné leur parcours. Nous sommes plutôt accoutumés à la culture fétichistes des titres, des postes, des rangs, l’exhibition de la supercherie… et pendant ce temps, des jeunes sans repère, ni modèle se trouvent conditionnés dans ces habitudes, développent et nourrissent des complexes d’infériorité qui ont des conséquences tant individuels que collectifs. La culture de la réussite facile est ancrée, et cela constitue aujourd’hui l’une des valeurs des jeunes. Mélama est de ceux-là qui nagent à contre courant et prêchent un autre message : celui du courage, de la persévérance, de l’optimisme, de la transformation des épreuves, la transcendance, le relativisme, le labeur à la sueur de son front, la dignité … : Un modèle à suivre vivement, un message à transmettre.

Yahn AKA
Ecrivain –éditeur
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L’intelligent d’Abidjan N° 3421 du 30/6/2015

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