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Entretien avec le Dr Alain Serge Kouadio, directeur de l’Economie verte et de la Responsabilité sociétale
Publié le jeudi 30 juillet 2015  |  Cote d’Ivoire Economie
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© Cote d’Ivoire Economie par DR
Dr Alain Serge Kouadio, directeur de l’Economie verte et de la Responsabilité sociétale
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« L’économie verte est source de prospérité pour la Côte d’Ivoire »

La Côte d’Ivoire ne veut pas rester en marge de la dynamique du développement durable. Elle fait de l’économie verte une préoccupation majeure. Le Dr Alain Serge Kouadio, directeur de l’Economie verte et de la Responsabilité sociétale au ministère de l’Environnement de la Salubrité urbaine et du Développement durable, situe les enjeux pour le pays. Il montre comment l’économie verte peut contribuer au développement et à l’épanouissement durable des populations. Interview.

Qu’est-ce qui a suscité la création d’une direction de l’Economie verte et quels sont les objectifs qui lui sont assignés ?
Depuis le début des années 70, les questions environnementales alimentent les débats politiques, tant les préoccupations soulevées par les ONG, les scientifiques et les politiciens deviennent de plus en plus inquiétantes pour l’humanité. Déjà, à la fin des années 80, notre pays ressentait l’avancée du désert et les effets néfastes des changements climatiques sur l’économie agricole et dans les villes.
Pour inverser ces tendances, l’ensemble des pays du monde s’est engagé, au début des années 90, dans un processus de développement durable marqué par la mise en place d’institutions à même d’élaborer et mettre en œuvre des politiques, des stratégies et un cadre juridique adaptés. Vingt ans après, c’est-à-dire en 2012, le bilan reste mitigé et l’option d’orienter ces démarches vers une approche d’économie verte afin d’accélérer ce processus de développement durable. C’est ainsi que le Gouvernement va créer cette même année une direction centrale ayant pour mission principale d’encadrer cette dynamique au niveau national.

Que renferme ce concept d’économie verte ?
Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’économie verte est « une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale, tout en réduisant sensiblement les risques environnementaux et les pénuries écologiques ». De façon pratique, « c’est une économie qui entraîne une croissance du revenu et de l'emploi grâce à des investissements publics et privés qui ciblent une réduction des émissions de carbone et de la pollution, une amélioration de l'efficacité énergétique et de la gestion des ressources naturelles, et une réduction de la perte de la biodiversité.
Elle se déploie tant au niveau micro-économique par la promotion des modes de production et de consommation responsable (MPCD) et des investissements socialement responsables (ISR), au niveau territorial par le développement d’Agenda 21 locaux, et au niveau macro-économique par la mise en place d’une fiscalité et d’une comptabilité verte et d’un cadre national de promotion des emplois verts.
Dans le système productif, l’économie verte se caractérise par deux catégories d’activités. A savoir les éco-activités, ou activités «vertes», dont la finalité est la protection de l'environnement ou la gestion des ressources naturelles (déchets, assainissement, énergies renouvelables et foresterie), et les activités économiques classiques réalisées avec des procédés moins polluants ou moins consommateurs d'énergie et de ressources (activités verdissantes, agriculture, industrie, transport, habitat, commerce, banque…).

Comment la transition vers l’économie verte va-t-elle se faire ?
La transition vers une économie verte est une transformation structurelle profonde et progressive du modèle économique actuel qui adopte une approche linéaire d’exploitation des ressources et contribue de façon significative au réchauffement climatique. Cette transformation intègre l’adaptation des institutions et cadres législatifs et réglementaires, les changements de mentalités, de perception et d’habitude et l’adoption de modes de consommation et de production durable.

Quels en sont les enjeux pour la Côte d’Ivoire ? Qu’y gagne-t-on en termes d’emplois, de croissance économique et de lutte contre la pauvreté ?
Les enjeux de l’économie verte pour la Côte d’Ivoire sont énormes. Tout d’abord, l’on note que notre modèle de développement n’est pas durable dans la mesure où il a fortement contribué et contribue encore aujourd’hui à la dégradation rapide de nos forêts et nos terres agricoles, créant une insécurité alimentaire, énergétique et sanitaire pour de nombreuses populations en milieu urbain comme rural. Les autres secteurs économiques tels que les mines, l’industrie, le transport, l’habitat, l’énergie… sont également à la base de pollution de toutes sortes, de consommation croissante d’énergie et d’émission de gaz à effet de serre. Et ce malgré l’engagement, depuis plus de vingt ans, du pays dans le processus du développement durable. Enfin, le modèle économique actuel semble être essoufflé en termes de création d’emplois nouveaux et d’innovation. C’est pourquoi, l’économie verte vise trois finalités : la création de richesses et de revenus, la création d’emplois et la préservation de l’environnement. Le développement d’une économie verte en Côte d’Ivoire viendra créer de nouvelles chaînes de valeur, source d’emplois et de prospérité. Elle assurera la durabilité de l’économie car le capital naturel serait exploité de façon à ne pas remettre en cause sa capacité de support aux activités humaines.

Quels sont les secteurs privilégiés par l’économie verte ?
Tous les secteurs de l’économie nationale (primaire, secondaire et tertiaire) disposent en leur sein de potentielles niches pour contribuer à la transition vers une économie verte. Prenons quelques exemples. L’agriculture est le moteur de la croissance et le poumon de l’emploi en Côte d’Ivoire car elle contribue à hauteur de 22% du PIB national, emploie plus de 70% de la population, fournit plus de 65% des revenus des ménages et procure environ 75% des recettes d’exploitation non pétrolières. Mais elle est aussi la première cause de déforestation. En effet, le couvert forestier de la Côte d’Ivoire, estimé à 16 millions d’hectares en 1960, a connu une perte de plus de 75% en moins d’un demi-siècle. Le secteur de la foresterie est donc une autre niche d’économie verte. La transition vers une économie verte peut être aussi basée sur une transition énergétique en Côte d’Ivoire. Cette transition énergétique renvoie au renforcement du mix énergétique du pays à travers un recours plus important aux énergies renouvelables du côté de l’offre et de la sobriété ou l’efficacité énergétique du côté de la demande. Les besoins d’accès aux services énergétiques modernes (le pompage-irrigation de l’eau, la cuisson, le séchage, le fumage du poisson, froid pour la conservation, le transport, la communication) requièrent une diversification des formes d’énergie pour améliorer l’accès à l’énergie durable pour tous.

En quoi l’économie verte est-elle différente du développement durable ?
L’économie verte est tout simplement une nouvelle approche adoptée par la communauté internationale pour accélérer le processus du développement durable.

S’il y avait un bilan à faire en termes d’acquis et de défis à relever ?
D’abord, comme acquis, il faut noter que la Côte d’Ivoire s’est dotée d’une feuille de route pour la transition vers une économie verte, de référentiels juridiques (la loi d’orientation du développement durable, le code d’électricité qui met l’accent sur les énergies renouvelables…) et techniques (répertoire national des indicateurs RSE et des technologies et métiers verts…), cartographie des acteurs, état des lieux de la fiscalité environnementale,…
Au niveau des défis, ils sont nombreux. Ils ont pour noms, entre autres, acquisition des nouvelles connaissances et compétences, vulnérabilité au changement climatique des filières à fort potentiel de création de richesse et d’emplois verts, financement de l’amorçage de la transition vers l’économie verte dans un contexte de récession économique, inertie des opérateurs, notamment du secteur informel. Le défi réside dans la difficulté des opérateurs du secteur informel à comprendre la nécessité de changer de comportement et les gains induits par l’adoption de procédés plus respectueux de l’environnement. La croissance démographique et le développement des villes (le rythme de croissance de la population ivoirienne figure parmi les plus élevés dans le monde avec un taux de croissance de 2,8% entre 1998 et 2010), la difficulté du passage des approches sectorielles à celles plus holistiques en vue de tirer profit de la synergie des acteurs dans le but d’intégrer la problématique de l’économie verte dans toutes les dynamiques de développement pour la réduction de l’empreinte écologique des activités humaines sont également autant de préoccupations.

Propose recueillis par Vincent Kouassi
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