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Dabou / Atteinte à la liberté de la presse: Le maire piétine les lois de la République
Publié le mercredi 4 novembre 2015  |  Le Sursaut
Célébration
© Autre presse par APA
Célébration de la 21è édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse en présence de la ministre Affoussiata Bamba-Lamine
Samedi 3 mai 2014. Plateau. le monde de la presse s`est retrouvé au Plateau à la faveur de la célébration de la 21è édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse
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Norbert Nkaka, journaliste-correspondant du quotidien d’informations Soir Info à Dabou, a été sommé depuis quelques jours de quitter la ville, sur injonction du député-maire, Sess Soukou Mohamed.

«Oui, je lui ai demandé de quitter Dabou. La jeunesse aussi veut qu’il quitte Dabou pour des faits qui lui sont reprochés et qu’il sait», a répondu le premier magistrat dans les colonnes d’un confrère qui l’a rencontré le week-end dernier dans sa commune. Des faits dont parle Sess Soukou Mohamed, un article de presse signé de Norbert Nkaka sur la révolte des accesseurs du Front populaire ivoirien (Fpi) au terme de la présidentielle d’octobre 2015. Ces derniers ont saccagé le QG de leur parti parce que n’ayant pas perçu leur dû, avait rapporté le journaliste. Si l’article suscite le courroux du député-maire qui soutient l’agression physique manquée du journaliste à son domicile par un groupe de jeunes acquis à la cause de Sess Soukou Mohamed, ce dernier ne relève toutefois pas les fautes journalistiques de Norbert Nkaka dans ladite publication. Les faits rapportés par le confrère sont-ils erronés ou portent-ils atteinte à l’honorabilité du maire ou toute autre personne ?
Sur le sujet, le député-maire qui n’ignore tout de même pas, au vu des réponses qu’il donne, qu’‘’un journaliste, c’est celui qui rapporte les faits’’, est resté évasif sur ce qui pourrait justifier de la sentence qu’il donne au journaliste Norbert Nkaka. «Ce n’est pas un journaliste, c’est un menteur», accuse-t-il Norbert Nkaka.
Se faisant justice ou défenseur d’une cause, le député-maire, loin du ‘’vivre ensemble’’ dont il se fait le défenseur, piétine à son aise les lois de la République, de même que la loi 2004 portant régime juridique de la presse en Côte d’Ivoire. Morceau choisi de ses propos dans l’interview accordée à La Tribune ivoirienne : «Quand on titre : ‘’Le siège du Fpi de Dabou est saccagé’’, c’est Dabou qui est mis en cause. Je suis interpellé en tant que premier magistrat. Je ne voudrais pas engager de discussions avec vous. Je soutiens les jeunes qui veulent le faire sortir de la ville. Qu’il vive hors de Dabou. Qu’on nous trouve un autre correspondant car celui-là ne correspond pas à nos attentes». Le maire qui n’a point saisi la rédaction à Abidjan de Norbert Nkaka pour justifier de la nécessité d’un droit de réponse, car la loi sur la presse l’y autorise, abuse de son statut de premier magistrat tout en faisant une affaire personnelle.
Du droit de réponse ou du droit de rectification, l’article 55 de la loi 2004 portant régime juridique de la presse est précis : «Toute personne mise en cause dans un journal ou écrit périodique peut exiger l’insertion d’une réponse, si elle estime que la citation qui la concerne est erronée, diffamatoire ou qu’elle porte atteinte à sa réputation, à sa dignité».
Présentant Norbert Nkaka comme persona non grata, Sess Soukou Mohamed se fait plutôt menaçant : «Des dépositions ont été prises par la police. Mais, il est en train de jouer de jouer avec le feu».
Le député-maire qui n’a que faire des procédures parce que le journaliste ne répond (simplement) pas à ses attentes porte atteinte à la liberté de la presse et au droit du journaliste.
Article 26 : Dans l’exercice de ses activités, le journaliste professionnel bénéficie d’une totale liberté quant à la collecte et à l’exploitation de l’information. Toutefois, dans l’expression de cette liberté, il est tenu au respect des lois et règlement de la République et des droits et libertés d’autrui ainsi que des règles déontologiques de la profession. Le député-maire a choisi le chemin de la violence et de l’intimidation privant Norbert Nkaka de son domicile quand, les faits qu’il reproche au journaliste, s’ils sont avérés, bénéficient (article 57) d’une insertion gratuite ‘’exigible que dans le journal ou dans les journaux où aura paru l’article’’. La même loi protège non seulement le journaliste mais le sanctionne sur la base de délit de presse, selon l’article 89 qui stipule :
«Sont passibles, comme auteurs principaux des peines qui constituent la répression des délits commis par voie de presse, les directeurs de publication, les journalistes ou autres personnes auteurs directes des faits incriminés».
Ces voies qu’auraient pu emprunter Sess Soukou Mohamed ont été ignorées et piétinées mettant en danger la vie de Norbert Nkaka dont la maison a été visitée le week-end dernier par les jeunes en colère. Toutes les serrures de sa résidence ayant été défoncées et les clés bloquées.
«Ce qui s’est passé n’est pas une image d’une République normale. Nous espérons que quelque chose va se faire afin que cela ne se reproduise plus», a souhaité Kouadio Amonzame, président de l’Intersyndical du secteur des médias de Côte d’Ivoire (Ismci) qui s’était rendu le week-end dernier à Dabou où il a échangé avec le commissaire de la ville.
S’ils condamnent tout ce qui se passe à Dabou, un environnement sans loi que présente le député-maire, les regards des associations et organisations professionnels du secteur des médias en Côte d’Ivoire restent tournés vers les autorités pour que des sanctions soient prises.
Anciennement secrétaire général du syndicat des journalistes de France, Anthony Bellanger, le nouveau secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes basée à Bruxelles, dit être ‘’particulièrement à l’écoute de cette affaire. La FIJ suit cette affaire et tient en être informée au jour le jour dans les moindres détails’’.

Koné SAYDOO
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