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Trois anciens ministres visés dans l’enquête sur le bombardement de Bouaké en 2004
Publié le mardi 23 fevrier 2016  |  AFP
Michèle
© Autre presse par DR
Michèle Alliot-Marie, ancien ministre de la Défense
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Paris - Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin, Michel Barnier: la juge enquêtant sur le bombardement du camp militaire français de Bouaké en Côte d’Ivoire en 2004 a demandé qu’une haute cour se penche sur le rôle de ces trois ex-ministres, soupçonnés d’entrave aux investigations.

Ce bombardement du camp par les forces loyales au président ivoirien d’alors Laurent Gbagbo, qui avait causé la mort de neuf militaires français, d’un civil américain et blessé 38 soldats, avait inauguré l’un des épisodes les plus dramatiques de la longue crise ivoirienne. Immédiatement après cette attaque, menée le 6 novembre 2004, l’armée française avait détruit l’aviation ivoirienne, provoquant une vague de manifestations antifrançaises.

Plus de onze ans après, la juge d’instruction Sabine Khéris a notifié récemment la fin des investigations, a indiqué à l’AFP une source judiciaire. Comme l’ont révélé le Canard Enchaîné et Mediapart, elle a pris le 2 février une ordonnance pour saisir la commission des requêtes de la Cour de Justice de la République (CJR), seule instance habilitée à juger les ministres pour des faits commis dans leurs fonctions.

En cause, l’ancienne ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie et ses collègues de l’Intérieur Dominique de Villepin et des Affaires étrangères Michel Barnier, pour leur rôle dans de lourds dysfonctionnements qui avaient permis la libération de suspects.

Les faits sont connus. Au lendemain de l’attaque, quinze mercenaires russes, biélorusses et ukrainiens sont arrêtés à Abidjan par l’armée française. Ils sont relâchés quatre jours plus tard et remis, via la Croix-Rouge, au représentant consulaire de la Fédération de Russie.

Puis, le 16 novembre 2004, huit Biélorusses sont arrêtés au Togo. Gardés à la disposition des autorités françaises, ils sont pourtant libérés. Parmi eux, deux pilotes des avions Sukhoï-25 qui ont bombardé le camp de la force française Licorne dix jours plus tôt.

- ’Ne rien faire’ -

Selon l’ordonnance de la juge, dont l’AFP a eu connaissance, "Michel Barnier avait appelé lui-même l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire pour lui demander de remettre" les hommes arrêtés à Abidjan "aux autorités russes". Puis elle se base sur le témoignage du ministre de l’Intérieur du Togo de l’époque. Selon lui, "Paris souhaitait temporiser" et les services français alertés par Lomé avaient reçu pour instruction de "ne rien faire".

En toile de fond, apparaît le rôle d’un marchand d’armes français installé au Togo et dont la société avait fourni les avions utilisés pour tirer sur la base de Bouaké.

Interrogée dans l’enquête, Michèle Alliot-Marie avait répondu qu’à l’époque son cabinet lui avait indiqué qu’il n’y avait pas de "base légale" pour entendre les suspects, selon l’ordonnance. Dominique de Villepin a indiqué qu’il n’avait pas été informé des arrestations.

Mais, pour la juge, l’attaque "était considérée comme une affaire gravissime au plus haut niveau de l’Etat" et "les hautes autorités françaises du ministère de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères (avaient) été prévenues de l’arrestation des pilotes biélorusses impliqués".

"La décision de ne rien faire" concernant ces pilotes "a été prise à l’identique" par les trois ministères, "ce qui permet de penser à l’existence d’une concertation à un haut niveau de l’Etat", poursuit la juge. Elle vise le fait de fournir à l’auteur d’un crime des moyens pour le soustraire à une arrestation, un délit puni de trois ans de prison et 45.000 euros d’amende.

Plusieurs étapes doivent encore être franchies avant que la CJR ne soit saisie. Le parquet de Paris va transmettre le dossier, via le parquet général, au procureur général près la Cour de cassation. Ce dernier décidera ensuite s’il y a lieu de saisir la commission des requêtes de la CJR, qui tranchera enfin sur l’ouverture ou non d’une enquête.

"Tout a été fait pour cacher la vérité aux victimes. J’espère que maintenant le travail de la juge ne sera pas saboté par d’autres magistrats qui voudraient mettre une chape de plomb sur ce dossier", a réagi l’avocat de soldats blessés et de familles de militaires décédés, Me Jean Balan.

arb/tmo/cam
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