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Entretien/ Député Pale Dimaté expert en relation internationale, diplomatie et stratégie face à la situation des noirs : ‘’ Obama se doit de mener des politiques publiques dans le sens du renforcement de la discrimination positive’’
Publié le vendredi 26 fevrier 2016  |  Ivoire-Presse
Pale
© Partis Politiques par DR
Pale Dimaté, Expert en relation internationale et diplomatie
Lundi 8 juin 2015. Abidjan.
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Au sortir d’une conférence le 28 janvier 2016 marquant les activités de la journée Martin Luther King à l’Ambassades des Etats-Unis d’Amérique, l’honorable Pale Dimaté, expert en relation internationale, diplomatie et stratégie, s’est prêté aux questions de la presse pour expliquer tout le sens de cette journée.

Q) Que représente le ‘’Martin Luther King Day’’ pour vous ?

C’est une journée consacrée à la commémoration de la lutte non violente menée par le Révérend Martin Luther King pour l’émancipation des noirs américains. C’est aussi la reconnaissance de la noblesse voire la justesse du combat qu’a mené le Révérend King. En faisant de King un ‘’Héro national’’ l’Etat américain honore toute la diaspora noire à travers le monde.

Martin Luther king est-il l’initiateur de cette lutte et quels en sont les temps forts ?

Non, déjà au 19e siècle, la lutte pour les droits civiques a commencé par Fréderic Douglass qui réclamait la liberté et le droit de vote des femmes, puis Web Dubois, Marcus Garvey, Booker T Washington etc.…Web Dubois fût l’un des fondateurs de Naacp (national association for the Advancement of colored people ) en 1909. Celui-ci a mené également beaucoup d’activités pour l’émancipation des Noirs américains.

Autre temps fort de la lutte, c’est le boycott des bus par la communauté noire américaine à la suite de l’arrestation de Rosa Park qui a refusé de céder sa place à un blanc à Mongotmery, dans l’Etat d’Alabama. Il y a eu aussi la marche sur Washington menée par le révérend Pasteur Martin Luther King.

Cette marche avait-elle eu l’adhésion de tout le monde ?

Oui beaucoup d’associations et de mouvements qui se battaient pour l’émancipation des noirs ont participé activement à la marche sauf celle de Malcom X.

Et pourquoi ?

Malcom X n’a pas participé à la marche parce qu’il ne croyait pas à l’aboutissement d’une action non violente. Pour lui, la lutte devrait être radicale.


Q) Martin Luther King et Malcon X ont été assassinés alors que ce n’était par une lutte armée qu’ils menaient. Qu’est ce qui a motivé leur assassinat ? Pensez vous que cette lutte valait-elle d’être menée ?

D’abord, il faut reconnaitre que la lutte se menait dans une période difficile. De 1947 à 1962, c ‘était l’ère de la confrontation et d’intenses contradictions idéologiques entre les deux grandes puissances d’alors (Usa et Urss).

Au delà du racisme, M. Luther King, Malcon X, John F Kennedy n’étaient-ils pas victimes du MC CARTHISM dans les années 50 et de la guerre froide ?

Les idées à élan communiste, ou marxiste –Léniniste n’étaient pas les biens venus aux Etats-Unis. Mc Carthy est un sénateur républicain de Wisconsin qui avait organisé la chasse aux sorcières dans l’administration fédérale. Tous ceux qui étaient soupçonnés d’espions soviétiques devaient être extirpés de l’administration américaine. Ils étaient soupçonnés de véhiculer des idées révolutionnaires de type Marxiste-léninistes. En Afrique certains leaders charismatiques tels que Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Modibo Keita,Thomas Sankara et les autres ont subi le même sort.

Et pourtant Kennedy était blanc ?

Oui, mais Kennedy menait des politiques publiques en faveur de la promotion des noirs américains. A preuve, son administration a autorisé la marche du 28 aout 1963. Et trois mois plus tard précisément le 22 Novembre 1963, il fut assassiné. Mais la lutte a été payante, ce d’autant plus que la marche du 28 aout 1963 s’est soldée par l’adoption le 29 juin 1964 d’un projet de loi général sur les droits civiques, et qui interdit toute discrimination dans les bureaux de vote, l’embauche, les lieux et transports publics, etc. Mieux une nouvelle loi sur le droit de vote fut promulguée le 06 aout 1965 et a autorisé le gouvernement à designer des scrutateurs pour porter des citoyens noirs sur les listes électorales là où les fonctionnaires locaux freinaient le processus.

Q) Mais aujourd’hui les voix s’élèvent contre le racisme et l’esclavage aux Usa. Des jeunes noirs ont été assassinés récemment par des policiers. C’est dire que la ségrégation raciale persiste. Pensez-vous que le cri de cœur de Luther King a été entendu ?

Attention ! Il ne faut pas confondre l’esclavage et la ségrégation raciale. C’est vrai l’esclavage a existé, mais la déclaration du président Abraham Lincoln du 01 janvier 1863 et en 1865 le treizième amendement de la constitution américaine l’ont aboli. Quant à la ségrégation raciale qui se définit comme l’action de séparer les éléments d’un tout, d’un ensemble, elle a été officialisée par la Cour suprême des Etats-Unis, en 1896 dans l’arrêt Plessy c. Ferguson. La cour suprême approuve le principe de la ségrégation raciale en vertu de la doctrine « séparés mais égaux », qui soutient que les Noirs ont droit à des installations publiques identiques à celles des Blancs, mais qu’il n’est pas nécessaire que les deux groupes partagent les mêmes installations. Mais la même cour suprême l’a déclaré anti-constitutionnel en 1954 dans un arrêt connu sous le nom de Brown C. Board of Education.

Q) Est-ce que les noirs ont les mêmes privilèges que les Blancs ? Ne sont-ils pas relégués au rang des citoyens de seconde zone ?

R) Non, je ne pense pas. Quand un noir est propulsé au sommet de l’Etat de la hyper-puissance mondiale qu’est l’Amérique, alors que les noirs représentaient en 2008 approximativement 12% de la population des Etats-Unis, sommes-nous en droit de parler de ségrégation raciale aujourd’hui ? Je vous ai parlé des droits civiques et le droit de vote obtenus en 1964 et 1965 après la marche historique sur Washington en 1963. La preuve, Jessie Jackson a été candidat à l’investiture des démocrates en 1984 et 1988. Des municipalités de beaucoup de grandes villes américaines sont entre les mains des noirs. Même la municipalité de la capitale fédérale Washington a été longtemps dirigée par un maire noir. Colin Powell et Condolezza Rice ont été nommés au département d’Etat, des ministères de souveraineté. Cependant, il est vrai que l’on a pensé que la brillante et bruyante élection d’Obama sonnait le glas du racisme. Grande fut notre surprise de voir se soulever la question raciale à l’orée de 2015. Et les marches de protestation à travers le pays est la preuve de l’existence des poches de résistance en matière de ségrégation. Ce qu’on peut appeler une ségrégation de fait et non de droit. L’affaire Mike Brown doit s’apprécier sous plusieurs angles. D’abord tout acte criminel est condamnable quelque soit le motif, ce d’autant plus que l’Amérique se vante d’être le grand Etat de Droit par excellence. Mais les informations contradictoires des témoins y compris celles de D. Wilson le meurtrier, John Belmar le chef de la police de Saint Louis ne nous permettent pas de situer clairement les responsabilités. A l’analyse nous pensons que l’affaire Mike Brown est en partie un fait de société. Le régime ou le système à économie libérale crée des inégalités sociales. Aujourd’hui donc le problème ne se pose plus en terme de ségrégation raciale mais plutôt en terme de classe. La société nord américaine est une société de contraste. Vous avez la haute classe, le middle class (la classe moyenne) et lower class (la classe basse). Ces trois classes sont en perpétuel conflit. C’est vrai que beaucoup de noirs se trouvent être logés dans cette dernière classe et cet état de malaise peut conduire à poser des actes répréhensibles. Alors la Police qui est l’appareil répressif de l’Etat se voit obligée d’agir parfois de manière incontrôlée. Mais je connais des noirs prospères dont je tairai volontairement les noms qui dirigent de grandes entreprises et qui emploient même des américains blancs.

Q) Face à cette situation fâcheuse que doit faire Obama, l’Etat américain et le Congrès ?

R) Il faut revoir la législation relative aux conditions de port d’arme et de son usage. S’il y a un vide juridique en la matière, il faut le combler en le corsant. Ensuite il faut éteindre les dernières poches de résistance de la ségrégation. L’Exécutif, le législatif et le judiciaire doivent accorder leur violon, c’est-à-dire agir de manière concertée et bien sûr dans le respect de la séparation des pouvoirs qui leur sont conférés par la constitution. Pour réduire les inégalités sociales Obama se doit de mener des politiques publiques dans le sens du renforcement de la discrimination positive. Ainsi les jeunes noirs auront facilement accès à de bonnes études qui débouchent sur l’emploi. Si ce postulat est atteint Martin Luther King dans sa tombe à Atlanta s’éclatera de joie parce qu’Obama a réalisé son rêve.

Réalisée par MR
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