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Entretien avec Docteur Titi Palé : "Les Ivoiriens apprendront beaucoup sur le coût humain de la guerre en lisant ma thèse de doctorat"
Publié le mercredi 6 avril 2016  |  L’intelligent d’Abidjan
Le
© Autre presse par DR
Le Docteur Titi Palé
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Titi Palé est Ivoirienne. Elle réside en région parisienne avec sa famille. Après la soutenance de sa thèse de doctorat en anthropologie sociale le 02 février 2016 à l’Université française de Paris 8, Titi Palé à accepté d’échanger avec l’IA sur la question, et de dévoiler l’intérêt pour la Côte d’Ivoire de la thématique qu’elle a abordée, sous la direction entre autre de la ministre Mariatou Koné.

Récemment, vous avez soutenu une thèse de doctorat à l’Université Paris 8, peut-on en connaître le thème ?
Ma recherche a porté sur le thème suivant : « Une Anthropologie sociale des victimes de la guerre civile ivoirienne (2002-2012) : Témoignages, accompagnement et initiatives des Femmes déplacées. », sous la direction du Pr. Sylvain Lazarus.

Quelle mention avez-vous obtenue, et qui étaient les membres du jury?
Le jury a apprécié le travail et l’a sanctionné de la mention la plus haute : « Très honorable avec les félicitations du jury ». Ce jury était composé de : Sylvain Lazarus (directeur de la thèse, professeur d’anthropologie à l’Université Paris 8) ; Alain Bertho (Président du jury, professeur d’anthropologie à l’Université Paris 8), Rémy Bazenguissa (professeur de sociologie et directeur de recherches à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, rapporteur de la thèse), et bien sûr de Madame la Ministre Mariatou Koné, professeure d’Anthropologie à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan Côte d’Ivoire.

Depuis quand étiez-vous en contact avec Mme Mariatou Koné?
Je suis rentrée en contact avec Madame le Ministre Mariatou Koné dans un cadre académique. Ma thèse terminée et le processus de soutenance enclenché, il fallait trouver une personnalité universitaire, professeur de rang et spécialiste du domaine de recherche dans lequel la thèse a été rédigée (l’anthropologie dans mon cas), pour faire un pré-rapport de soutenance. Et comme les grands esprits ne se cachent pas beaucoup, Mme Koné a été contactée. Je dois encore la remercier d’avoir fait le déplacement d’Abidjan à Paris, au moment où elle prenait pratiquement ses fonctions. Elle aurait pu privilégier ses occupations ministérielles, je suis heureuse qu’elle ait marqué de sa présence cette rencontre intellectuelle que constitue une soutenance de thèse de doctorat.

Son entrée au gouvernement n’a-t-elle pas retardé votre travail ?
Non pas vraiment. Mon travail était terminé et elle était chargée de l’évaluer scientifiquement, comme pré-rapporteur. C’est la procédure en la matière. Tout a été fait dans les délais et je suis encore émue par son professionnalisme et sa grande simplicité. Madame Koné est très humaine. Grâce à elle, les dates ont été tenues et il faut insister sur un point : voir un ministre en fonction remplir ses engagements universitaires à ce niveau où il s’agit quand même de lire et d’évaluer des centaines de pages de travail, est assez rare pour être souligné.

Quel est l’intérêt du thème de votre recherche pour la Côte d’Ivoire?
Ma recherche a donné la parole aux acteurs de la société civile qui accompagnent les femmes victimes déplacées de guerre. Mais l’enquête de terrain s’est surtout installée au milieu des victimes elles-mêmes qui, pour plupart, se sentent abandonnées par les pouvoirs publics et de la société civile. La thèse décrit les stratégies individuelles que ces victimes mettent en oeuvre pour s’en sortir, et qui les engagent dans des processus d’auto-reconstruction par le bas. On apprend beaucoup en écoutant ces femmes qui savent de quoi elles parlent quand il s’agit de parler d’elles-mêmes. Les récits de vie, l’autobiographie du temps de conflit et les détails sur les blessures et la mort des siens, parfois sous vos yeux, sans sommation, nous donnent une part de ce que subir la violence, signifie. Ma thèse de doctorat met le curseur sur cette dimension intime et subjective du vécu de guerre. Ce que je montre aux Ivoiriens, ce sont les microprocessus par lesquels la barbarie s’est invitée dans la vie des victimes, et, en même temps, les figures de la réinvention de soi au milieu de cet océan de désolation que constitue la sortie de guerre. Ces témoignages sont l’un des socles du processus de reconstruction, et il faut les écouter pour les soutenir. Ce sont des écorchées vives qui ont néanmoins décidé de se mettre debout et d’avancer : le pouvoir politique et la société civile doivent intégrer ces spécificités pour avancer vers une assistance et une réconciliation abouties. Par cette écoute, les Ivoiriens en apprendront beaucoup sur le coût humain de la guerre.

Votre avis sur la question de la justice pour les victimes, de l’impunité pour les auteurs des crimes et sur la réconciliation dans votre pays ?
Je pense que la première forme de justice est l’écoute des victimes, elles ont besoin de savoir que leur sort concerne la société entière. On a trop vite renvoyé la gestion des blessures et des handicaps causés par le conflit à la sphère privée : en dépit de leur bonne volonté, les familles sont seules incapables de supporter les coûts et les charges liés aux victimes de la guerre civile. La présence des victimes abandonnées aux familles, a même, dans certains cas constatés sur le terrain de l’enquête, distendu les liens de solidarité et créé des crises que personne n’avait souhaitées. L’État et la société civile doivent se réapproprier ces questions qui nous engagent tous ; soutenir les victimes de notre crise doit redevenir une cause nationale. La reconstitution des crimes et le déroulement des enquêtes judiciaires sérieuses, ne peuvent pas ignorer plus longtemps, les témoignages des victimes. Pour nos enfants et pour anticiper cette dérive odieuse que serait l’impunité, on doit chercher et construire une justice solide autour de ce qui s’est passé. Les coupables, sans exclusive doivent payer pour leurs crimes. Je sais que cela va être long, mais si l’on veut la vérité et la réconciliation, il faut aller jusqu’au bout de tous les processus de clarification.

Envisagez-vous de donner des cours en Côte d’Ivoire ?
J’aimerais bien enseigner dans mon pays si l’opportunité se présente, cela dépend des autorités universitaires compétentes. Au-delà des cours, je souhaiterais poursuivre mes recherches, les enquêtes de cette thèse m’ont permis de comprendre jusqu’où nous étions allés trop loin dans la barbarie. Il faut épargner cette barbarie à nous-mêmes et aux générations futures. Les enquêtes scientifiques doivent continuer de contribuer à la reconstruction des liens sociaux dans ce beau pays qu’est la Côte d’Ivoire.

Entretien réalisé par Charles Kouassi
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