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L’agro-industrie, levier incontournable de l’émergence
Publié le jeudi 2 juin 2016  |  Cote d’Ivoire Economie
L’agro-industrie,
© Cote d’Ivoire Economie par DR
L’agro-industrie, levier incontournable de l’émergence
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Les autorités ivoiriennes restent résolument tournées vers le cap de l’émergence projetée à l’horizon 2020. Et le secteur de l’agro-industrie devrait apporter une contribution essentielle à l’atteinte de cet objectif.


«Le succès de ce pays repose sur l’agriculture», tel était le leitmotiv du premier président de la République ivoirienne, Félix Houphouët Boigny, qui avait misé des ressources financières incroyables pour faire de l’agriculture le socle de l’économie ivoirienne dès l’indépendance. Plus de cinquante après, la nouvelle donne est l’émergence projetée par Alassane Ouattara. Cette fois-ci, le secteur industriel, notamment agro-industriel devient un pilier central. Si le «vieux» avait mis l’accent sur l’agriculture comme fer de lance de l’économie ivoirienne, cet élan a été préservé par les générations qui ont suivi à travers le renforcement des cultures, à la fois d’exportation et de consommation. La Côte d’Ivoire est, depuis des années, citée en exemple pour ses produits comme le café, le cacao, le palmier à huile, le coton, l’hévéa. Et cela continue, le pays étant leader dans la production de nombreux produits agricoles.
L’objectif aujourd’hui est l’émergence, et cette agriculture, à elle seule, ne saurait y conduire. Un changement de paradigme s’impose donc. C’est l’industrialisation qui doit prendre la relève, notamment à travers l’agro-industrie car les intrants sont déjà sur place et il suffit de s’adjoindre la technologie nécessaire. Un fait que l’on peut déjà constater, mais qui demeure encore insuffisant pour atteindre la cible visée.

Des difficultés structurelles à endiguer
Le secteur secondaire ou industriel ne contribue présentement qu’à hauteur de 25% du produit intérieur brut (PIB) de l’économie locale. En son sein, l’agro-industrie occupe une place de choix puisqu’elle représente environ 31% de l’industrie et 50% du manufacturier. La Côte d’Ivoire n’a que deux produits qu’elle parvient à transformer en intégralité. Il s’agit du palmier à huile et du coton en graine. Pour le reste, les taux de transformation varient d’une spéculation à une autre – le cacao à hauteur de 30%, et moins de 5% pour les autres produits d’exportation comme l’anacarde, le café, l’hévéa, la mangue et l’ananas. Lorsqu’on compare le pays à deux autres gros producteurs de noix de cajou comme le Ghana et le Nigeria, l’écart est considérable. Ces deux Etats africains transforment actuellement 40% de leurs noix de cajou.
Le pays est aussi confronté à une autre difficulté majeure, celle des déficits au niveau de la production locale pour satisfaire l’ensemble de la demande intérieure. Le produit le plus touché est riz, pour lequel à 36% de la consommation locale est importée, ainsi que quelques légumes. La Côte d’Ivoire enregistre par ailleurs des pertes post-récoltes, c’est-à-dire des produits agricoles que le pays n’arrive pas à consommer, à exporter ou transformer. Les plus impactés sont la banane plantain dont 40% de la production locale est perdue faute de moyens adéquats de conservation et/ou de transformation. L’igname est aussi concernée à hauteur de 30% à 40%, suivie par les légumes, entre 20% à 30% de la production. Quant au manioc, les pertes observées sont de l’ordre de 10% et 20%. Ces données nous viennent du «Diagnostic stratégique de la Côte d’Ivoire sur la trajectoire de l’émergence, tome 1 du Plan national de développement PND 2016-2020». Ce sont autant de produits vivriers que le pays ne parvient pas à valoriser, constituant ainsi une moins-value pour l’économie locale. D’autant que les efforts des paysans, qui travaillent encore dans des conditions archaïques, mériteraient une meilleure valorisation. La marge de manœuvre en matière de transformation agricole ou agro-industrie reste donc encore importante.

Vers une transformation accentuée
Les autorités ivoiriennes mesurent assez bien les enjeux et l’importance de relever le niveau de transformation de toutes ces spéculations agricoles. Leur ambition se traduit par l’objectif assigné au second PND, celui de 2016-2020, censé conduire le pays vers l’émergence. «L’objectif global est d’accroître la part du secteur industriel dans le PIB, de 25% aujourd’hui à 40% en 2020», indiquent-elles. «Faire jouer à l’industrie ivoirienne un rôle de source de croissance et d’emplois et levier pour le développement des autres secteurs», précise le ministère en charge de l’Industrie et des Mines. Et l’agro-industrie a un rôle prépondérant à jouer dans ce dessein. «Notre objectif est d’atteindre rapidement un niveau de transformation de 50% sur le cacao», fait savoir le ministre ivoirien de l’industrie, Jean-Claude Brou. Une étude de la Banque mondiale fait aussi savoir que l’on pourrait créer jusqu’à 50.000 emplois si les autorités ivoiriennes parvenaient à rehausser le taux de transformation de la noix brute de cajou, sous hypothèse de 300.000 tonnes par an, pour un coût/emploi moyen de 460.000 FCFA/an. C’est-à-dire de passer d’un taux de transformation de moins de 5% à 51,7%.

La Côte d’Ivoire a vraisemblablement les moyens de franchir ce cap, surtout que cette noix de cajou va engendrer des emplois considérables pour les populations, majoritairement du Nord où cette matière première est produite en abondance. L’Etat pourra alors en tirer de nombreux bénéfices. De la transformation, une valeur ajoutée pour l’économie locale, des emplois et de la richesse pour lutter contre la pauvreté, très accentuée dans cette partie du pays. Les spécialistes pensent que le pays peut atteindre cet objectif à l’orée 2020, année de l’émergence. L’Etat, lui-même, projette de transformer en moyenne 50% de ses produits agricoles à cette échéance. La noix de cajou doit alors figurer au rang des priorités. Tout est maintenant question de volonté, surtout politique, pour doter ces localités d’infrastructures nécessaires ou créer des conditions pour que les Ivoiriens, notamment les jeunes et les femmes, s’installent à leur propre compte.
Quant aux produits vivriers, l’Etat veut mettre un accent particulier sur la transformation du manioc pour lequel une Stratégie nationale d’exportation (SNE) est déjà bâtie. 221 millions FCFA seront décaissés en 2017 pour améliorer la transformation industrielle, ce qui renforcera la valeur ajoutée de cette denrée périssable qui est passée d’une production de 2,35 millions de tonnes en 2011 à 4,24 millions de tonnes en 2014. Cette envolée spectaculaire montre bien que le manioc, qui subit 10% à 20% de pertes post-récoltes, doit être vraiment mis en priorité au niveau de la transformation agro-industrielle nationale.

Les agro-industriels traditionnels
Le leader de l’agro-industrie ivoirienne est le Groupe Sifca, qui, a lui seul, regroupe six filiales opérant sur trois grandes filières dans le pays. Sur les oléagineux, Palm-CI, Sania Cie, Sendiso, et récemment Maryland Oil Palm (MOP) interviennent sur toute la chaîne de production jusqu’à la commercialisation, en passant par le raffinage de l’huile alimentaire et industrielle. Une grande partie est consommée sur place et l’autre exportée vers des pays de la sous-région et bien au-delà. La filière caoutchouc naturel, elle, voit le groupe Sifca se positionner sur un réseau de huit unités agricoles intégrées avec la Saph en Côte d’Ivoire. Là encore, cette filiale gère 22.000 hectares de plantations d’hévéa pour faire tourner ses cinq usines qui s’approvisionnent pour deux tiers auprès des planteurs privés. Sans oublier Sucrivoire, qui est la filière sucrière du géant agro-industriel ivoirien.
D’autres acteurs, et non des moindres, sont aussi présents. A commencer par le concurrent direct de Sucrivoire, la Sucaf Côte d’Ivoire, qui exploite pratiquement le même tonnage. D’autres opèrent sur la transformation du cacao en beurre, en tourteaux, en chocolat en tablette ou en poudre, la plupart étant des filiales de multinationales, à l’instar des multinationales américaines Cargill, Archer Daniels Midland (ADM), du groupe zurichois Barry Callebaut (son représentant est la Société africaine de cacao – Saco), la SN Chocodi (acquise en 2008 par le groupe ivoirien CKG Holding). A ceux-là, il faut ajouter le géant suisse Nestlé, spécialisé dans la transformation de cerises de robusta en café soluble.

L’industrie fruitière, elle, est aux mains de filiales de groupe français dont les plus connus sont Compagnie fruitière, la Société agricole Kablan-Joubin (SAKJ), Selectima, qui traitent sur place par le conditionnement et la transformation de fruits en jus avant de les exporter vers des pays de l’Union européenne.
La brasserie fait aussi partie de l’agro-industrie puisqu’elle utilise plusieurs intrants agricoles. Le leader incontesté, la Société de limonaderie et de brasserie d’Afrique (Solibra), une autre multinationale française de Castel (BGI), brasse des millions de tonnes de maïs pour produire de la bière. Mais, une grande partie de ses inputs sont importés, ceci lié au fait que la production locale de maïs s’avère très insuffisante pour satisfaire son marché interne et externe. La maison mère, BGI, a d’ailleurs racheté la société Les Brasseries ivoiriennes (LBI), plus connue sous la marque «Number one», le nom de sa bière.
Les produits halieutiques, eux, sont l’affaire de trois grands thoniers qui réalisent des conserves de thon et épices. La Société de conserverie de Côte d’Ivoire (Scodi) et Pêche et froid de Côte d’Ivoire (PFCI) sont détenues par le groupe Thunnus Overseas de l’Ivoiro- Libanais Mohamed Khachab. Puis cette usine italienne, Castelli, dont la quasi-totalité de la production thonière est directement acheminée en Italie.

Nestlé CI, Eurolait, Microdis, Finamark, Sapled, Saprolait, Normandia et COBC sont les professionnels qui s’intéressent à l’industrie laitière. Bref, les acteurs traditionnels de l’agro-industrie ivoirienne sont bien diversifiés et apportent une très forte contribution au PIB nominal, surtout en termes d’emplois générés. A côté de ces géants, on compte de nombreux entrepreneurs locaux, notamment des petites et moyennes industries (PMI) qui essaient également d’apporter leurs pierres à la construction de l’agro-industrie ivoirienne.

Ceux qui vont faire l’émergence

Ce sont bien sûr par les acteurs traditionnels, ceux qui ont su traverser les longs moments de crises. Ils sont les premiers à participer à l’élan de l’émergence prônée. Ces agro-industriels étrangers et locaux ne font que renforcer leurs dispositifs de production pour être à la hauteur des nouveaux défis. Certains accroissent leurs capacités par l’extension de leurs unités industrielles et/ou la création de nouvelles unités. Le moment est aussi propice pour d’autres qui rachètent ou absorbent des sociétés moribondes. Sans ignorer les derniers venus, ceux qui perçoivent les opportunités du moment et posent leurs bagages en terre ivoirienne. La demande est très forte et de nouveaux agro-industriels s’installent effectivement. Pour ne citer qu’un seul exemple, le géant Heineken est en plein aménagement dans la nouvelle zone industrielle, sur l’autoroute du Nord, au PK 24. Brassivoire est un investissement en mode joint-venture entre Heineken et CFAO, à plus de 100 milliards FCFA. Elle entend brasser «une capacité de 1,6 million d’hectolitres par an et emploiera 700 personnes tout en soutenant plus de 40.000 emplois indirects», ont fait savoir les responsables de l’usine qui, par ailleurs, veulent aussi encourager et soutenir les populations ivoiriennes à produire suffisamment de maïs et le riz pour faire tourner leurs usines. Lesquelles seront opérationnelles vers la fin de cette année 2016.
Le secteur de l’agro-industrie a de beaux jours devant lui, mais cela ne peut se faire sans relancer le processus de mécanisation de l’agriculture ivoirienne, qui constitue un autre pan essentiel de l’émergence. Tout en ne perdant pas de vue que ce qui est produit ici ne servira pas seulement pour le marché intérieur, mais aussi pour les 100 millions d’habitants de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et plus de 311 millions de têtes à nourrir au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Une confirmation du fait que la Côte d’Ivoire reste un hub incontournable.

JEAN-JACQUES AMOND


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