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Pierre Adjoumani, président de la Lidho à propos du projet constitutionnel: la Côte d’Ivoire a d’autres priorités
Publié le samedi 23 juillet 2016  |  L’intelligent d’Abidjan
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Pierre Adjoumani est le président de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (Lidho). Dans cette interview accordée à l’IA, il se prononce sur la révision de la liste électorale, la mise en place d’une nouvelle Constitution, les remous à l’Université, le procès de Mme Simone Gbagbo et l’augmentation du coût de l’électricité.

Comment appréhendez-vous le déroulement de l’opération de la révision de la liste électorale qui a commencé depuis le 25 juin 2016 ? Dressant un bilan à mi-parcours de l’opération, la Cei a annoncé qu’il y a eu 127.971 enrôlés. Qu’est-ce que vous -en -pensez ?
En ce qui concerne la Cei, sur le déroulement de la R.L.E (Révision de la liste électorale) , concernant les électeurs, c’est un processus apaisé qui devait être normal dans un pays démocratique parce que chaque année la Cei, dans ces prérogatives, doit pouvoir faire la mise à jour de ses fichiers électorales . En tout état de cause, nous sommes parti prenante dans ce processus qui a démarré depuis le 24 juin 2016. Mais, nous n’apprécions pas la façon avec laquelle elle se déroule parce, qu’il fallait d’abord faire de grande sensibilisation à l’échelle nationale pour que la population s’y prépare. Mais toujours en Côte d’Ivoire, on ne tire pas les leçons du passé. Nous avons fait des recommandations lors des élections passées à la Cei, au gouvernement. Mais on ne les a pas prises en compte. Deuxièmement, les partis politiques qui devraient à leur tour sensibiliser leurs militants et adhérents, ne l’ont pas fait. Nous nous trouvons vraiment avec des chiffres qui n’honorent pas la Côte d’Ivoire.

Donc vous n’est pas satisfait du chiffre qui a été avancé par la Cei ?
Nous ne sommes pas du tout satisfaits de ce chiffre. Si vous remarquez bien, les personnes qui sont en train de changer de lieu de vote, sont plus nombreuses que les nouveaux majeurs. Cela veut dire qu’il n’y a pas d’engouement. Or, le but recherché, était de faire inscrire plus de jeunes majeurs (hommes et femmes), pour qu’on ait un fichier qui fait honneur à la Côte d’Ivoire. Nous sommes plus de vingt-deux millions d’habitants. Nous avons un fichier qui tourne autour de cinq à six millions de personnes. Vraiment, c’est un déshonneur pour la Côte d’Ivoire. Donc, il y a un effort à faire, et cet effort, c’est à la société civile de le faire. Mais il faut qu’elle ait les moyens. Imaginez-vous que pour cette opération en cours, il y a deux faitières de la société civile qui ont été retenues. La Cosopci dont la Lidho fait partie a reçu 1.500.000 mille F CFA et nous devrons sensibiliser toute la ville d’Abidjan avec Bingerville, Anyama et Songon. 1.500.000 FCFA pour une faitière qui doit sensibiliser à Adjamé et au Plateau. Avec quels moyens on va le faire, même si on dit que nous sommes bénévoles. Cela veut dire que la RLE n’est pas une priorité pour l’Etat et la Cei. C’est juste une manière de lancer cette opération pour dire que nous sommes en train de faire la RLE. Sinon, on devrait donner les moyens à la société civile pour honorer la Côte d’Ivoire. On a installé de gros panneaux qui coûtent des centaines de millions. On aurait pu remettre cet argent à la société civile pour travailler.

Quelles sont les actions que vous avez menées avec les moyens qui ont été mis à vos dispositions ?
Nous sommes basés à Adjamé et au Plateau où, mes agents sensibilisateurs sont en jambe. Tenez- bien, on nous donne 1.500.000 pour que nos agents sensibilisateurs travaillent sur un mois. C’est insuffisant. Nous rencontrons des difficultés. Il y a d’abord les difficultés humaines. C’est-à-dire qu’on ne peut pas prendre plus de 20 personnes pour travailler pendant un mois. Donc nous nous sommes entendus avec les autres faitières pour avoir des jours de travail avec les jeunes gens .On ne peut pas les identifier parce qu’ils n’ont pas eu de tee-shirt. C’est nous-mêmes qui avons fait des badges pour eux. L’agent est dans une tenue bigarrée avec un badge. Il n’est pas reconnu par les populations de façon visuelle. Vous voyez que ce sont des difficultés. Alors, ils font ce qu’ils peuvent. Donc, nous en tant que faitière, avons fabriqué des badges avec des maigres moyens que nous leur avons remis pour permettre de les identifier par les populations. Pour le cas d’Adjamé seule, même si vous déployez cent personnes, ça suffira pas. Alors qu’on nous demande de déployer dix personnes dans cette commune. Qu’est ce qu’on peut faire avec dix personnes ? C’est le même problème à Yopougon, à Abobo. Donc c’est pour dire que si les moyens étaient suffisants, nous pensons que nous pouvions faire mieux. Deuxièmement, on aurait pu démarrer cette sensibilisation dix jours avant le démarrage de l’opération , puisque c’est ce que nous avons préconisé à la Cei. Cela allait déverrouiller les consciences des gens qui allaient sortir massivement.

Quelle est votre position sur le projet de la mise en place de la nouvelle Constitution ?
Pour nous, la Côte d’Ivoire a d’autres priorités. C’est le cas du panier de la ménagère qui est menacé, tous le monde grogne. Certes, tout le monde est d’accord sur le besoin d’améliorer cette Constitution depuis Marcoussis . 2020 est encore loin. D’abord pour nous, le chef de l’Etat devrait se pencher sur le problème du quotidien des Ivoiriens, la cherté de la vie, avec la Cie qui vient bouleverser tous les pronostics des travailleurs de ce pays. Et puis il y a le problème de l’école avec les remous à l’Université. Voici autant de problèmes qu’il faut affronter avec sérieux d’abord. Avant de convoquer une assemblé composée de toute des représentants de toutes les régions de Côte d’Ivoire pour se pencher sur les questions que nous pensons conflictuelles dans la Constitution. De toutes les façons, le chef de l’Etat a déjà mis en place un comité d’experts. Donc, les membres de la société civile que nous sommes, avons déjà fait des propositions que nous avons remises à ces experts. Nous ne sommes pas pour la vice-présidence, nous l’avons réaffirmé. Nous ne sommes pas pour le sénat parce que ce sont des institutions qui vont venir alourdir les charges de l’Etat. Nous sommes pour la séparation des pouvoirs. Nous sommes heureux que le chef de l’Etat ait affirmé cela. Donc nous le soutenons dans ce sens. Mais en tout état de cause, s’il devrait avoir une autre reforme, il ne faudrait pas que ça soit une troisième République. Il faut que ça soit une modification sur les points conflictuels, notamment l’article 35 et autres articles de la constitution.

L’opposition a toujours dénoncé un exécutif fort en Côte d’Ivoire. Est-ce que par la création du sénat et la vice-présidence, le chef de l’Etat ne veut pas alléger les tâches de l’exécutif ? Est-ce que ce n’est pas une manière de déléguer des prérogatives de l’exécutif à d’autres personnalités?
Ne voyez pas sous cet angle. Le chef de l’Etat l’a dit, c’est pour caser bien entendu les anciens hauts responsables de ce pays. Ce n’est pas pour lutter contre un exécutif fort. Ce que nous voulons, c’est rendre fort les institutions déjà existantes. Si nous demandons que la Cei soit institutionnalisée, c’est déjà un renforcement de la démocratie. Dans l’avenir, si la Côte d’Ivoire a besoin d’un sénat, on peut l’envisager. Mais à l’heure actuelle, nous disons que ce n’est pas une nécessité pour la Côte d’Ivoire

Es-ce que vous soupçonnez le chef de l’Etat de vouloir rester longtemps au pouvoir à travers ces réformes, comme pensent certains partis politiques ?
Honnêtement, je ne vois pas ça de cette manière connaissant l’homme qui est un démocrate. Mais les chefs traditionnels le demandent. Ils sont aux côtés de tous ceux qui viennent au pouvoir et c’est eux qui nous créent tous les problèmes, alors qu’ils devraient être le garant de l’unité. Ils font des propagandes et nous ne sommes pas d’accord avec ça. C’est pourquoi nous ne sommes pas pour l’instauration de la Chambre des rois et chefs traditionnels dans la Constitution. Ça ne sert à rien. Depuis qu’on a mis cette chambre en place à Yamoussoukro, c’est le point infini des palabres en Côte d’Ivoire. Tout le monde veut être chef, parce qu’on va les payer. Où la Côte d’Ivoire va trouver les moyens pour payer 33 000 chefs ? On crée ces chambres et lorsqu’il y a problème, on fait payer plus de taxes aux Ivoiriens pour pouvoir les payer.

Pourquoi la Lidho s’est retirée, avec d’autres organisations de défense des droits de l’homme, du procès de Mme Simone Gbagbo ?
Nous sommes partie civile dans le cas du procès de Mme Simone Gbagbo. En cette qualité, nos avocats en principe devraient avoir le droit de discuter sur tout ce qui se passe et donner des instructions. Cela n’a pas été le cas. Or nous avons des personnes victimes que nous assistons. On ne peut pas aller à un tel procès, si nous n’avons pas tous les documents en notre possession. C’est pourquoi nous avons attiré l’attention des leaders politiques et le pouvoir judicaire de Côte d’Ivoire.
Si on veut effectivement juger les gens, sans les envoyer comme on laisse entendre à la Cpi et si on veut juger les grands crimes, il va falloir mettre en place tous les mandats possibles, pour que le procès soit un procès équitable. Pour qu’un procès soit équitable, il faut que le droit de défense soit respecté ainsi que le droit des témoins et des victimes. Mais en tout état de cause, la Lidho suit le déroulement du procès. Après, nous allons produire un rapport pour l’envoyer à qui de droit. Nous attirons l’attention sur le procès de Mme Gbagbo et sur tous les autres procès à venir.

On constate qu’en Côte d’Ivoire, le gouvernement réagit toujours sur les rapports faits par les organisations internationales de défense des droits de l’homme. Ce qui n’est pas le cas pour les organisations de la société civile ivoirienne. Faites-vous le même constat ?
Nous faisons ce constat et on peut dire que c’est un mépris pour les Ong ivoiriennes que nous sommes. Mais notez que les organismes internationaux font des rapports en nous contactant. Elles tissent un partenariat avec nous. On travaille ensemble. Souvent certains de ces organismes restent dans les chambres hôtels, ils prennent nos données et font leurs déclarations. Or, nous sommes sur le terrain et nous travaillons avec les populations. Donc, nous connaissons mieux les réactions des populations et ce qu’elles veulent. Malheureusement, quand ça arrange le pouvoir, il les traite. Mais quand ça ne l’arrange pas, on nous dit qu’on est de tel ou tel bord. Pourtant, les documents que nous produisons sont très fiables et peuvent aider l’exécutif à appréhender les questions touchant aux populations. Sachez que tout pouvoir ou parti politique veut avoir sa société civile. Cependant, je pense que le pouvoir tient compte de tout ce que nous faisons, J’étais le jeudi 14 Juillet à l’ambassade de France où j’ai eu l’occasion de saluer le chef d’Etat. Il m’a dit qu’il a pris en compte les doléances que je lui ai faites. Ils prennent tout en compte, mais particulièrement ce qui est bon. Quand les petits blancs viennent, on les reçoit. Quand ils produisent certaines déclarations, on nous demande pourquoi nous ne réagissons pas. Mais si vous les prenez au sérieux plus que nous, qu’est ce que voulez qu’on dise ? Nous continuons de travailler et nous nous organisons quand bien même, nous n’avons pas de subventions de l’Etat.

Le gouvernement au sujet des remous à l’Université survenus le 18 juillet a suspendu toutes les activités syndicales dans toutes les écoles et Universités de Côte d’Ivoire. Que pensez-vous de cette mesure ?
Ce n'est pas la solution. Je pense qu'il faut instaurer un dialogue permanant avec les étudiants. L'activité syndicale est un acquis.

Comment avez-vous accueilli la décision prise par la Cie de proroger le délai de payement de facture au 12 septembre 2016 ?
Avec joie. Nous sommes satisfaits. Mais il aurait fallu étaler le paiement de la facture concernée, de telle sorte que cela ne joue sur les périodes à venir. Dans tous les cas, le problème demeure. C'est-à-dire, la facturation est trop élevée.

Abdoulaye Touré Coll : T.Z
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L’intelligent d’Abidjan N° 3706 du 22/7/2016

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