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Référendum du 30 octobre 2016 / Alafé Wakili décrypte : "L’opposition a raison d’émettre des réserves, mais 3 à 6 %, c’est quand même dérisoire"
Publié le lundi 7 novembre 2016  |  L’intelligent d’Abidjan
Dédicace:
© Abidjan.net par D. Tagro
Dédicace: Wakili Alafé sort ‘’Championne l’enjailleuse’’
Vendredi 26 février 2016. Abidjan. Dédicace de ‘’Championne l’enjailleuse’’, ouvrage du journaliste-écrivain, Alafé Wakili ( photo )
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Le Directeur général de L’Intelligent d’Abidjan et du site internet Afrikipresse était l’invité du direct d’Abidjan.net. Au cours de cet entretien, Alafé Wakili a décrypté la constitution de la 3ème République.
La question vient d’un internaute. Il aimerait savoir si en dépit du fait que la constitution soit votée avec un taux de participation de 42, 42 %, elle sera adoptée.
Bien sûr, elle sera adoptée en principe parce qu’il n’y a pas une obligation de taux de participation minimal pour pouvoir adopter une loi en général par référendum, ou une constitution.

La Cei a annoncé le vote du ‘’Oui’’ à 93,42% avec 42,42 % du taux de participation. Pour l’opposition, ces chiffres ne reflètent pas la réalité. Que pensez- vous de ces chiffres et est-ce que vous pensez que l’opposition a raison d’émettre des réserves ?
Oui elle a raison d’émettre des réserves, mais il faut qu’elle nous donne des moyens pour soutenir ses affirmations sur le taux de participation. Elle annonce que le taux de participation est de 3 à 6 % je pense que c’est quand même dérisoire. Quand on applique ça à la population électorale ça fait 316 mille environ. Donc, ça paraît trop dérisoire même si on dit que les gens n’ont pas voté. Dire que seulement 300 mille personnes seraient sortis pour aller voter dimanche il faut le faire, il faut le dire, mais ces propos n’engagent que l’opposition.

Est-ce qu’on pourra par exemple comparer ces résultats avec ceux de 2000 lors du vote de la constitution de 2000 ?
Bien sûr, on peut les comparer. On a essayé cela, mais les gens n’ont pas peut-être apprécié. L’angle qu’on avait fait ressortir est celui qui est finalement pris par ceux qui nous reprochaient de l’avoir fait. Aujourd’hui, on retient qu’il y a 57 % ( NDLR : en réalité, c’est environ 59% de personnes qui n’ont pas dit OUI si on comptabilise les abstentions et les NON ) d’Ivoiriens qui n’ont pas dit ‘’Oui’’ et en 2000, il y a eu 53 % d’Ivoiriens qui n’ont pas dit ‘’Oui’’ ; c’est cela qu’on retient aujourd’hui. 57 % ( NDLR 59% ) , d’Ivoiriens n’ont pas dit ‘’Oui’’, on ne sait pas si leur ‘’Oui’’ veut dire ‘’Non’’. On ne sait pas pourquoi ils n’ont pas dit ‘’Oui’’, de la même manière en 2000, 53% d’Ivoiriens n’ont pas dit OUI. Peu importe les contextes, peu importe ce qu’on peut reprocher à ce calcul- si on compare, on se dit qu’il y a toujours eu un nombre important d’Ivoiriens par rapport à la population électorale. On devrait parler au lieu d’Ivoirien, de population électorale. À l’époque, elle était de 5 millions dix mille environ et 53 % de cette liste n’ont pas dit ‘’Oui’’. Cette année 57 % ( NDLR 59% ) de 6, 3 millions n’ont pas dit ‘’Oui’’ ; voici la comparaison qu’on peut faire . Maintenant, quelle leçon, quelle conclusion en tirer, chacun est libre de faire sa conclusion et d’en tirer ses leçons.
Un autre internaute , Emmanuel Kouassi , aimerait savoir ; il dit ceci : ‘‘dans l’exposé du président , il avait promis une constitution consensuelle qui arrive parce que selon lui, celle de 2000 était confligène et je ne suis pas politique mais en 2000, le président et son parti avaient fait campagne pour le ‘’Oui’’ avec la participation de tous les autres partis politiques, alors que pour cette opération c’est le camp au pouvoir qui était au devant des choses. Est-ce que cela n’engendra pas encore d’autres conflits ?".
Malgré le contexte de 2000, qu’il évoque, il y a quand même eu 53% d’électeurs qui n’ont pas dit ‘’Oui’’. Cette année, il y a 57 % ( NDLR 59% d’électeurs qui n’ont pas dit ‘’Oui’’ . Cela dit, est ce que le contexte de 2000, était vraiment consensuel ? On n’oublie qu’il y avait un coup d’Etat qui est déjà illégal, illégitime. D’ailleurs ceux qui ont fait la constitution de 2000, sachant que leur coup d’État originel qui dissout la constitution n’était pas juste, ont fait inscrire dans la constitution qu’on ne peut pas les poursuivre, ils se sont octroyés une immunité et une impunité parce qu’ ils reconnaissaient eux-mêmes que l’acte qu’ils ont posé pour arriver à cette constitution était mauvais, illégal, illégitime, anti-démocratique et inacceptable premier point . Deuxième point , nous étions en période d’état d’urgence, le vote s’est déroulé dans une période d’état d’urgence. On sait bien ce que signifie état d’urgence , le vote s’est déroulé dans une période d’état d’urgence décrété. Troisième point, le vote s’est déroulé sur deux jours , on parle de consensus, mais Bédié était en exil, des cadres du Pdci étaient en exil comme des cadres sont en exil aujourd’hui. Ils étaient traqués par l’opération mains propres qui a pris fin lorsque Guéi a dit qu’il va être candidat. Est-ce que c’était un bon contexte pour ces cadres du Pdci de voter cette constitution ? On veut nous dire qu’elle est consensuelle ! Non , chacun a eu sa part de souffrance dans ce pays , il ne faudrait pas qu’on nous dise 2000 c’était l’âge d’or, c’était l’eldorado, 2000 ce n’était pas l’eldorado pour tout le monde. Il y’avait d’autres cadres du Pdci qui étaient en prison à cette date. Niamien N’goran, Duncan, Bédié étaient en exil comme beaucoup d’autres qui étaient traquées par les militaires. Beaucoup sont allés en prison à Akouédo. Bombet a fait la prison pourquoi ? Mais, c’est dans ce contexte que la constitution a été adoptée. Le contexte consensuel dont les uns parlent, il faut faire attention à cela. On sait aussi la bataille du ‘’Et ‘’ et du ‘’Ou’ . Lorsque le Rdr a appelé à voter ‘’Oui’’ le texte était en ‘’Ou’’, au dernier moment il est passé en ‘’Et’’; donc on ne sait pas pour quel texte le Rdr a voté véritablement. Il y’a aussi cette confusion. Malgré tout, le vote s’est déroulé sur deux jours dans un état d’urgence avec ce qui pouvait être fait comme manipulation et puis quand même 53% d’Ivoiriens n’ont pas dit ‘’Oui’’ . Cette année, c’est 57 % (NDLR 59% ), ça peut valoir ce que ça vaut. Mais cette année, c’est vrai le contexte n’était pas consensuel. Personnellement, j’aurai souhaité qu’il ait davantage l’adhésion. Mais, il est évident qu’on n’aurait jamais une constitution adoptée à 100%. Supposons que 2000 était la meilleure des élections, que c’était le meilleur des contextes, on retient toujours qu’il y a 53% de la population électorale qui n’avaient pas dit ‘’Oui ‘’et ça qu’est ce qu’on en fait ? Tout comme aujourd’hui, il y a 57% de la population électorale qui n’ont pas dit ‘’Oui’’. On ne pourra pas dire alors que 2000 est meilleur que 2016. On ne pourra pas dire que 2016 est plus mauvais que 2000, les deux tendances, les deux perspectives se valent. À mon avis, s’il y avait eu 10, 15 % cette année, oui il y aurait eu débat, c’est-à-dire si les 6% de l’opposition sont vrais , si l’opposition arrive à convaincre que c’est vraiment seulement 300 mille Ivoiriens qui ont voté dimanche alors moi je rends les armes et je dis on ne parle plus de cette constitution .
Mais vraiment si on a 22 millions d’habitants et seulement 300 mille qui ont voté comme je l’ai demandé quelque part , je ne sais pas combien d’armes il faudrait au président Ouattara , combien de militaires, je ne sais pas comment il peut encore gouverner un jour cette Côte d’Ivoire . Je veux même le dire, ces militaires, gendarmes et policiers sur qui, il compterait peut-être eux-mêmes , ils n’ont même pas voté cette constitution , ils ne peuvent donc pas protéger les intérêts de 6 %, de 300 mille personnes face à 6 millions par rapport à une population de 22 millions. Donc voyez-vous, il y a des choses qu’on doit se garder, de dire même si on n’est pas d’accord avec certaines choses.

Malgré les moyens importants déployés par le parti au pouvoir, on constate que le taux de participation dans certaines régions reste à désirer notamment à Yamoussoukro, 19 %, à Daoukro 38 %, à Abengourou 28%. Adzopé a fait par contre la grosse surprise avec 64 % . Alors comment interprétez-vous ces chiffres et ces résultats et qu’est-ce qui a pu donner ces résultats ?
Il y a plusieurs explications. Prenons le cas de la zone d’Adzopé , il y a des logiques individuelles et collectives qui rentrent en ligne de compte. On peut penser qu’après la raclée à la présidentielle, Patrick Achi a voulu prendre sa revanche. Il s’est donné les moyens d’encadrer mieux les militants avec son équipe de travail parce qu’il voyait venir les législatives. Avec le Fpi d’Affi qui avait fait beaucoup de percée dans cette zone qui l’a dérangé , et les cadres qu’on connaît comme Assy Benié, Benjamin Yapo, des anciens cadres de ce pays qui comptent dans leurs zones donc, il y avait bataille, il y avait un enjeu. Et même s’ils ont été appelés à l’abstention, il ne faut pas oublier que le gros taux du NON est dans cette zone, il est de 20%. Les gens sont sortis pour voter Non. Ce qui a permis d’augmenter les choses. À contrario, dans les zones comme Yamoussoukro ou ailleurs, même chez le président Bédié à Daoukro, il n’y avait pas d’enjeux, il n’y avait pas de menaces. Les cadres du Pdci et même du Rhdp ne les ont pas encadrés comme il fallait. Ils les ont laissés livrés à eux-mêmes. Parce qu’ils se sont dis dans tous les cas le oui gagnera, donc se préparaient plutôt pour les législatives à venir. Cela est une erreur mais, peut faire partie des explications. Cela n’est pas forcement signe de désaffection. À Dabou, comme à Bassam, le vote a été un vote de rejet mais nous pouvons dire peut-être que les gens ne se sont pas sentis concernés mais, peut-être aussi qu’il n’y avait pas eu de menaces. Il y a aussi un non-vote qui peut s’expliquer par la peur. En se disant que le président Ouattara est aujourd’hui au pouvoir mais si dans cinq ou dix ans après, un partisan du Front du refus vient au pouvoir ; est-ce qu’ils ne vont pas nous menacer ? Donc , il y a des votes qui ne se sont pas exprimés par peur. D’autant plus que des gens sont allés prendre des urnes, les casser, barrer des routes. Ils ont voulu vraiment empêcher le vote. Dans ces conditions, ne soyez pas étonnés que des gens aient eu peur, que dans leurs quartiers, on les regarde comme des traites, comme des gens qui veulent aider à brader leurs pays ; à vendre les terres des populations de Côte d’Ivoire. C’est l’occasion d’appeler les gens à ne pas avoir peur de voter et que ce genre de crainte ne soit pas pris en compte dans le choix de la démocratie. Sinon la démocratie sera toujours pervertie et on sera tenté par la violence.

Quelles sont, selon vous, les mesures qu’on doit prendre à l’avenir pour éviter ces violences ?
Je pense que c’est une responsabilité collective. Comme quelqu’un le disait ‘’on ne peut pas empêcher un fou de faire ce qu’il veut’’. Par exemple lorsque le président Bédié avait insisté à ce que les coups d’État soient interdits dans la nouvelle constitution et que les auteurs s’exposent à la rigueur de la loi, quelqu’un a répondu qu’on ne peut pas empêcher un "fou" de faire ce qu’il veut. Sinon, il y a des dispositions qui existent mais quand les gens sont déterminés pour exprimer d’une certaine manière leurs points de vue, c’est difficile de prendre des dispositions comme celles qu’on connaît . Vous savez, il y avait environ 16 à 20 000 bureaux de votes et au moins 3 agents des forces de l’ordre dans chaque bureau. Cela fait à peu près 30 à 60 000 personnes déployées pour sécuriser le vote. Mais si les gens s’organisent de façon plus nombreuse pour perturber, c’est difficile, parce que l’arme du policier peut contenir 100 personnes ou 200 en cas de situation grave. Mais Ils ont reçu pour mission de faire le moins de dégâts, le moins de blessés. Comme vous l’aviez constaté, il n’y a pas eu de blessés graves, il n’y a pas eu de morts.

Est-ce qu’aujourd’hui on peut dire que l’opposition a eu raison ou tort de boycotter ces élections ?
Moi, à titre personnel je pense qu’elle a eu tort. Tel qu’elle se dit majoritaire, elle devait s’engager. Parce que le Non, c’est quoi ? C’est d’empêcher la fraude . Quand vous êtes présents dans les bureaux de vote, le niveau de fraude avec le code électoral que nous avons, c’est difficile. Les gens fraudent à un certain niveau comme l’opposition l’a reproché au Gabon. La technologie électorale s’est améliorée. Ce n’est plus au niveau central de la Cei que la fraude se fait. La fraude se fait à la base. Si l’opposition n’a pas un représentant dans un bureau de vote à qui on ne peut donner 20000 Fcfa ou 50 000 Fcfa pour inscrire dix électeurs au lieu de zéro, c’est dommage. C’est cette bataille qu’il faut mener, cette bataille citoyenne, civique avec ses partisans, ses militants. C’est cette bataille qu’il fallait mener et accepter de l’amener pour s’engager dans l’élection. Il est clair, le contexte actuel marqué par les difficultés de l’opposition, par l’emprisonnement de Gbagbo, Blé Goudé et Simone Gbagbo est déplorable. Est-ce que cela doit mettre en cause le fait fondamental que le Fpi est par nature un parti des élections. Quel que soit le contexte, il ne doit pas se laisser entraîner dans un jeu hors démocratie, hors élection. C’est pourquoi, il fallait s’engager dans le non et créer des conditions pour permettre au non et au vote de s’exercer de façon transparente malgré les difficultés, malgré le manque de moyens. C’est dans ça que l’on gagne le vrai combat.

Est-ce que la vice-présidence va régler la question de la succession en Côte d’Ivoire ?
Je pense que c’est à l’application qu’on verra . L’esprit du nouveau texte a consisté à dire qu’aujourd’hui, s’il y a un souci de présidence l’Assemblée nationale prend la tête de la présidence. Il y avait une sorte d’anomalie entre l’exécutif et le législatif, il fallait laisser l’exécutif dans son rôle et le législatif dans son rôle. D’autant plus que tout le monde sait que en 60 jours, il est difficile peut-être d’organiser une nouvelle élection –si c’est un décès -entre les funérailles du président défunt et tout le reste, enjamber le corps de la dépouille du président sous prétexte des élections. On avait une Constitution qu’on s’apprêtait même à violer. En plus, le président qui va être installé, ne pouvait pas utiliser l’article 48 par exemple pour dire que ‘‘compte tenu du contexte, la situation est grave et même, il y a la paix qui est menacée ou autre chose, on reporte les élections’’, je ne sais pas comment on allait créer les conditions pour que l’élection ne se déroule pas dans les délais et la reporter. il y a beaucoup d’autres considérations au-delà de la philosophie et du principe. La vice- présidence se passe bien dans les pays notamment au Ghana , au Nigeria et aux Usa. La seule chose dans laquelle la Côte d’Ivoire innove un peu et même elle n’est pas seule à le faire, il y a l’Ouganda, c’est le poste de Premier ministre qui est maintenu à côté de la vice-présidence. Nous allons l’expérimenter. Moi personnellement, dans les consultations que j’avais eues, j’avais manifesté des réserves sur le maintien du poste de Premier ministre à côté de celui de la vice-présidence. Je disais que c’était un peu compliqué. Mais, il y a eu des explications. On en prend acte. Je rappelle qu’au Kenya, ça été expérimenté comme un moyen de sortie de crise et lorsque la crise est passée, le poste du Premier ministre a disparu pour le retour à l’ancien système. L’Ouganda est en train de l’expérimenter également et on verra ce que cela va donner.
Comme l’a dit le président Guillaume Soro, « aucune œuvre humaine n’est parfaite ». Contrairement à ce que les uns lisent sur les modalités de modifications de la constitution en disant qu’on ne peut plus faire de référendum et ils craignent, moi je pense que le Président Ouattara a mis cette disposition pour que demain, s’il y a un changement de majorité, le nouveau Président qui sera élu, n’ait pas les mains liées, par l’obligation de la tenue d’un référendum.
Vous avez vu un peu, les 2 référendums qu’on a organisés dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, que ce soit en 2000 ou maintenant, c’est quelque chose de lourd, c’est quelque chose qui n’est pas facile et évident. Donc, offrir la possibilité de modifier la constitution sans référendum comme dans beaucoup d’autres pays, étant entendu qu’on n’annule pas totalement le référendum et bien sûr cela dépend du Président, est, à mon avis, une opportunité offerte pour que le jeu démocratique puisse se faire et même un message au peuple pour dire qu’il peut choisir des candidats aux législatives qui pourront éventuellement faire campagne contre cette constitution. Une fois au parlement, les candidats élus pourront choisir de modifier la constitution. M. Affi N’guessan d’ailleurs veut saisir cette perche pour modifier la constitution parce qu’il espère avoir la majorité au parlement lors des législatives à venir. Et bien entendu, les autres en face aussi, feront campagne pour les législatives dans le sens de ne pas la modifier. Je pense, pour ma part, que c’est de bonne guerre et cela devrait se faire de façon transparente.

Nous avons entendu dire que ce nouveau vice-président sera élu en même temps que le Président de la République, dans le même temps, nous apprenons que le Président à la possibilité de nommer un vice-président, alors pouvez-vous nous expliquer cela ?
Dans un premier point, il y a une disposition transitoire qui est là, l’élection présidentielle ayant déjà eu lieu, et puisque la nouvelle constitution obéit à une philosophie de séparation de pouvoirs, il n’était pas évident d’aujourd’hui à 2020, de maintenir une sorte de confusion institutionnelle ou constitutionnelle. C’est-à-dire, on a une constitution qui dit, désormais, c’est le vice-président qui succède au Président. Maintenant comme la présidentielle a déjà eu lieu, et qu’on n’a pas de vice-président, on reste dans une transition longue de 4 ans qui contredit l’esprit de la nouvelle constitution et qui permettrait éventuellement au président de l’Assemblée Nationale de succéder au Président de la République. Donc, il y avait 2 lois qui allaient s’entrevaucher, pour éviter cela, il a été proposé dans les dispositions transitoires que lorsque le peuple adopte la constitution, il permet en même temps au Président de la République de nommer le vice-président. C’est juste pour éviter d’avoir à subir 2 dispositions en même temps. C’est vrai qu’on attend tous 2020, mais en attendant s’il y a un problème, on fait comment ? D’autant plus qu’on dit que la constitution une fois adoptée s’applique automatiquement. Dans un second point, il ne faudrait pas oublier que cette constitution va se déployer à partir de 2020. Mais de mon point de vue, j’estimais que l’article 62 qui évoque des cas d’empêchement de vice-président pouvait régler le problème actuel. Par exemple il peut arriver qu’en 2020, le Président et le vice-président soient élus régulièrement et que le vice-président ait ensuite un problème. En général on pense que seul le président a des problèmes, mais le vice-président aussi peut avoir un problème (décès, démission etc.), il est prévu dans l’article 62 alinéa 3 que le Président de la République nomme un nouveau vice-président, cela étant prévu, accepté, bien que n’étant pas juriste, j’avais même demandé si on ne pouvait pas compléter cet article 62 pour dire ‘’en cas d’empêchement, de décès de démission ou de vacance de pouvoir ou de vacance de poste de vice-président, pour une raison ou une autre ", aujourd’hui, la raison c’est que l’élection présidentielle a déjà eu lieu, pour une raison ou une autre, le Président de la République nomme un vice-président. Les gens ont dit : on connaît les Ivoiriens, on connaît ce pays, si on ne met pas ça dans une disposition précise transitoire, ils diront non. Alors que la constitution adoptée à partir de son application et de son déploiement en 2020, donne toujours la possibilité au président de la République en cas de soucis quelconque de nommer un vice-président , pourquoi ne peut-on pas considérer que l’on est dans une situation identique à peu près à l’article 62 alinéa 3 c’est-à-dire la possibilité de nommer un vice-président qui est octroyée dans la constitution à partir de 2020 même après l’élection du vice-président lorsque cette situation se présente. Ce n’est donc pas une situation abusive puisque, c’est une disposition qui peut se retrouver dans le déploiement normal de la constitution.

En quoi le sénat va-t-il contribuer à l’amélioration de la démocratie en Côte d’Ivoire ? N’existe-t-il pas un éventuel chevauchement entre le Sénat et l’Assemblée nationale?
La constitution a tranché en disant qu’en cas de chevauchement ou de conflit, l’Assemblée Nationale est prépondérante. C’est-à-dire que les députés sont prépondérants, leur prépondérance est liée au fait qu’ils sont tous exclusivement élus au suffrage universel direct, alors que les sénateurs sont élus au suffrage universel indirect, ils ne sont pas élus par le même corps électoral ni par le même groupe de population.

Le président nomme quand même un 1/ 3 des sénateurs…
On peut s’interroger là-dessus. 1/3 ce n’est que 1/3. Et lorsque ce président est minoritaire, il se retrouve avec 2/3 de sénateurs contre lui, malgré ces 1/3 et s’il est vraiment hyper minoritaire c’est-à-dire 6%, même en nommant 1/3 des sénateurs, à 6% on n’a jamais de majorité. C’est vrai que sur 100 sénateurs, s’il nomme 33, pour avoir la majorité, il faut qu’il puisse gagner sur le terrain 17 ce qui n’est pas évident. Il y a beaucoup de chose, à faire sur le terrain en entrant dans le jeu de la démocratie et en exigeant la transparence. Je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire. Ce n’est pas gagné d’avance.

Quelle est, selon vous, l’utilité d’une chambre de Rois dans cette nouvelle constitution ?
Je pense qu’il faudrait plutôt dire quelle est l’utilité même des rois et des chefs, à quoi servent-ils ? Mais le problème n’est pas qu’il y ait une chambre pour eux, si on est d’accord malgré tout sur leur existence, la question de leur institutionnalisation ne doit même pas se poser. En quoi, d’autres structures ou d’autres institutions seraient plus importantes que la chambre des rois. Pour moi, la question ne devrait même pas se poser puisqu’en le faisant, c’est la survivance de nos traditions de nos jours, alors qu’on est en quête de modernité, d’émergence , qui est mise en cause . Je pense que ceux qui s’interrogent sur l’intérêt de la chambre des rois , au-delà de ce que cela peut coûter en termes d’argent, devrait aussi s’interroger sur ce que nous coûtent déjà nos politiques, pour savoir si cela paraît normal.

Justement, c’est la prochaine question monsieur Alafé. Aujourd’hui, avec les nouvelles dispositions avec la création d’une Vice-présidence et d’un sénat, de la chambre des Rois, est-ce que vous pensez économiquement que cela n’augmentera pas les charges de l’État ?
Je pense que cela peut l’augmenter mais il faut renforcer la lutte contre la corruption, renforcer la bonne gouvernance. Pour l’instant, on continue de payer les politiques, à l’avenir, il faut empêcher de payer les politiques, empêcher l’enrichissement lié à la politique c’est-à-dire quelques temps après son entrée en politique, quelqu’un devient milliardaire alors qu’il n’avait rien. Le problème n’est pas parce qu’on a créé un sénat. Et puis l’une des solutions, c’est de faire en sorte que la politique devienne du bénévolat en Côte d’Ivoire. Le problème ne réside pas dans les institutions qu’on crée mais le problème, c’est l’argent qu’on met dans les institutions qui existent et l’opportunité qui est faite à l’homme qui entre en politique de devenir milliardaire alors qu’il n’est pas un homme d’affaires. Ça, ce n’est pas un débat de la constitution actuelle en tant que tel, c’est un débat de toute la société, c’est un débat de la classe politique. Les hommes politiques intègres qui ne touchent pas les deniers publics, il n’y en pas beaucoup. Je peux en citer un, je ne partage pas toujours ses positions, mais Mamadou Koulibaly est un homme politique intègre. Il fait partie des hommes politiques les plus intègres de Côte d’Ivoire. Et le pays a de plus en plus besoin d’hommes politiques de cette trempe. À l’époque Gnamien Konan en tant que Directeur Général des Douanes , a incarné cette intégrité. J’ose espérer qu’il demeure dans cette même intégrité. Il a incarné cette intégrité c’est- à-dire ceux qui sont dans leur posture de dirigeants d’entreprise publique, d’hommes politiques qui ont la possibilité, qui gèrent des budgets, des milliards et qui ne profitent pas de leur posture pour s’enrichir. C’est ça le vrai problème politique en Côte d’Ivoire et en Afrique. Il faut y songer. Le problème de la Côte d’Ivoire, ce n’est ni la première, ni la deuxième, ni la troisième République, ni la constitution, mais c’est l’intégrité des hommes politiques.

Un mot, pour terminer, à l’endroit de ceux qui ont voté ‘’Oui’’ et à ceux qui n’ont pas voté cette constitution ?
Je peux dire qu’aucune œuvre humaine n’est parfaite et qu’il ne faut pas faire le choix de la violence. Qu’il faut s’organiser. Si vraiment on est majoritaire, il est difficile malgré les armes, il est difficile contre la volonté générale d’un peuple, de s’imposer à ce peuple. Si on est majoritaire réellement - je ne parle pas de majorité verbale, médiatique ou majoritaire dans un petit coin - il est difficile, vraiment difficile malgré les armes, malgré 28 ans de gouvernance au pouvoir comme au Burkina Faso, il est difficile, lorsque y a une rupture radicale de légitimité, de confiance avec un peuple, de gouverner ce peuple. Les peuples sont gouvernés par les dirigeants qu’ils acceptent, dans lesquels ils se reconnaissent. Lorsqu’il y a une rupture totale, il n’est pas possible de continuer à gouverner un peuple. Et tout le monde doit le savoir.

Abidjan.net - Propos transcrits par TZ, OS, NY et AS



Référendum sur la constitution: décryptage des résultats avec Alafé Wakili, Journaliste-Ecrivain, DG de l`Intelligent d`Abidjan et Afrikipresse
Publié le: 3/11/2016  |  Abidjan.net TV

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