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Interview/ Sylvère Henry Cissé, journaliste :« La presse écrite est sinistrée »
Publié le samedi 10 fevrier 2018  |  Abidjan.net
Sylvère
© Autre presse par DR (Photo d`archive utilisée juste a titre d`illustration et ne correspond pas forcément avec le contenu de l`article)
Sylvère Henry Cissé, journaliste
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Dans le paysage audiovisuel français, la voix de Sylvère-Henry Cissé compte. C’est un journaliste qui est grand aussi bien par la taille que par le talent. Véritable touche à tout dans l’audiovisuel, il a su passer de la radio à la télé et d’une émission à une autre à travers les chaines dans lesquelles il a bossé. Sylvère-Henry a participé récemment à une conférence des Ted X à Abidjan. Nous avons échangé avec lui. Enrichissant et passionnant !

. C’est quoi le parcours ?

- J’ai eu la chance de grandir à Paris avec ce qu’on appelle les radios pirates ou les radios libres. Avant 1981 et l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, il n’y avait que trois radios en France qu’on appelait radios périphériques. A l’époque, il y avait France Inter, la radio du service public, Europe 1 et RTL. C’était assez limité pour pouvoir faire ce métier. Quand François Mitterrand arrive en 81 au pouvoir, il libère les ondes. Mais moi, j’avais déjà commencé à faire un peu de radio au paravent. C’était ce qu’on appelait des radios pirates qui étaient interdites. Avec quelques amis, on bravait l’interdit. On faisait de la radio où on passait de la musique. Quand les radios libres ont été autorisées, j’ai rejoint quelques radios associatives. J’ai travaillé pendant quelques années à Azur 100 et Micro Méga. En 1984, j’ai été engagé par la radio Temps Libre à Lille dans le nord de la France où j’ai eu ma première fiche de salaire. C’était en septembre 1984.

. Que présentiez-vous à l’antenne ?

- C’était une émission musicale d’animation de 14 heures à 17 heures.

. Quel genre de musique ?

- C’était de la pop, du funk, du rock, de la soul…
. Pas de musique africaine ?
- Non ! A l’époque-là, il y avait quelques radios à Paris qui passaient de la musique africaine.

. Avant d’arriver là, dans quelle école êtes-vous passé ?

- Ah !!! Moi, je suis assez particulier. Je suis atypique. J’enseigne le journalisme mais je n’ai pas fait d’école de journalisme. Je suis enseignant et formateur mais je n’ai que le baccalauréat. Je ne le conseille à personne. Bon, je me suis arrêté au baccalauréat parce que je voulais absolument faire de la radio et vivre de ma passion. Aujourd’hui, ce n’est pas possible. Pour être journaliste, il faut être diplômé d’une école de journalisme. Nous sommes dans une époque où on demande énormément de diplômes. Mais moi, j’ai eu une formation sur le tas comme on dit. J’ai appris ce métier. Je me suis cultivé. Je me suis formé en autodidacte. Et tout ce que je suis devenu aujourd’hui, c’est au contact de mes différents métiers, de mes différentes expériences, de mes différentes radios…

. Dans quelle école avez-vous déjà enseigné par exemple ?

- J’ai enseigné à l’Institut Nationale de l’Audiovisuel. Là-bas, j’ai créé ce qu’on appelle un contrat de qualification professionnelle (CQP). C’est un diplôme reconnu par l’état français dans le cadre de la formation continue. J’ai créé le CQP d’animateur radio. J’ai enseigné aussi l’animation radio au studio Ecole de France. J’ai enseigné également le journalisme. Et par ailleurs, je fais de la formation continue auprès de cadres à qui j’enseigne à qui j’enseigne la prise de parole en public. J’ai enseigné aussi à l’Ecole Internationale de Création Audiovisuelle et de Réalisation (Eicar) à Paris, une école de cinéma où j’ai créé le département journalisme.

. Pourquoi avez-vous quitté radio Temps libre où tout est parti ?

- Oui, tout a démarré à radio Temps libre que j’ai quitté un an après. Parce qu’il y a eu dépôt de bilan. Ensuite, j’ai participé à la création du réseau Fun en France. A l’époque, il n’y avait pas de satellite. Mon travail, c’était d’aller dans les villes de France, de labéliser une radio à la marque Fun avec l’habillage, le jingle, les autocollants, la proclamation, la publicité. Avec tout le cahier de charges, on transformait une radio en station Fun. J’ai été directeur des programmes de Fun Grenoble pendant quelque temps. Après un an et demi, j’ai quitté radio Fun et je suis entré à Radio France. Je travaillais pour les radios locales de Radio France à Grenoble et à Lille. Pareillement, j’ai commencé à travailler sur les radios nationales telles que Radio Bleue destinée au 3è âge et France Inter. En 1993, cela bascule et c’est là que j’ai travaillé pour Radio France internationale. J’ai commencé à avoir un contact quotidien avec le continent africain. J’ai animé pendant trois ans une émission qui s’appelait Longue distance. En 1996, j’abandonne la radio et je participe à la création de la télévision Disney Channel France avec une bande d’amis. C’est l’aventure télé qui commence. Il y a donc Disney Channel, France télévision (France 2, France 3), M6, RFO, TV5, CFI… En 2006, c’est mon premier contact avec Canal+. Je quitte Canal+ en 2007 et je travaille avec Karine Le Marchand sur France 2 et sur France 5 pour les émissions Les maternelles et Enquêtes tabou. Je reviens à Canal+ en 2009 pour travailler dans La matinale de Canal + où je présente le sport, ensuite Infos Sport+, Canal+Sport. J’y ai présenté Chercheurs d’or en prévision des Jeux olympiques de Rio 2016. Je l’ai faite pendant un an. Quand les JO sont finis, j’ai arrêté. Je suis passé à autre chose. J’ai quitté Canal+ en juillet 2017. Voilà tout mon parcours. Le plaisir pour moi, c’est de pouvoir alterner les différentes propositions de travail.

. Talent d’Afrique aussi, c’est fini ?

- Oui, j’ai quitté Canal+. J’ai rempli une très mission qui m’a passionné. J’étais ambassadeur influenceur de Paris 2024 des Jeux Olympiques. Il fallait reprendre la bonne parole sur les ondes de radios et télévisions et faire œuvre de pédagogie.

. Quand vous quittez un poste, vous avez la certitude d’en avoir un autre ?
- Je n’ai aucune assurance mais les choses se passent plutôt bien depuis 35 ans que je fais ce métier. Ça va continuer. Et puis quand je vois les discussions que j’ai avec les chaines, j’espère que cela se passera bien.

. Que faites-vous maintenant ?

- Je pourrais vous dire un peu plus dans quelques semaines car j’ai des contacts avec des chaînes de télé nationales avec lesquelles on discute sérieusement.

. En Europe ou en Afrique ?

- C’est en France.

. Vous êtes d’origine sénégalaise et vous avez grandi en France. Avez-vous subi le racisme ?

- Je suis un Français d’origine africaine. Mon pays d’origine, c’est le Sénégal que je n’ai pas connu. Mes origines, c’est le Var dans le sud de la France. Sur le sujet du racisme me concernant, je vais dire non.

. Quelle a été quand même la première fois que vous avez senti un cas de racisme ?

- A l’école ! Un jour, on m’a traité de sale Noir. Mais dans le travail, je dirai non.

. Dans votre parcours professionnel, il n’y a pas eu d’obstacle lié à la couleur de votre peau ?

- Je pense que non. Ceci dit, après, je peux tomber sur des gens indélicats. Mais pendant le travail, il n’y a pas eu d’obstacles majeurs. Il y a des difficultés parfois qui étaient liées à mon travail, au peu de places qu’il y a dans le métier.

. Apparemment vous faites tout. De la musique, vous arrivez au sport. Comment arrivez-vous à le réaliser ?

- C’est le parcours de bon nombre de gens dans ce métier en France. Prenez par exemple, Antoine de Caune qui a présenté des émissions de musique, des magazines de divertissements, des documentaires, des magazines de société… Là, il fait une émission sur France inter sur la Pop Music. Il a un cursus très large. Eh bien moi aussi, j’ai un cursus très large dû au fait que je suis très curieux. J’ai produit et présenté des émissions sports pour le groupe Disney dans les années 90.

. Quelle est la base pour réussir tout cela ?

- C’est la volonté. La chance. Mais la chance, il faut se la créer aussi. Il y a la culture car il faut s’enrichir. Il faut être curieux et à la clef, beaucoup de travail.
. Quel est l’état des médias aujourd’hui en Europe ?
- Difficile ! Parce qu’il y a une concentration médiatique détenue par quelques actionnaires. Difficile parce que la période faste des médias tel que Canal + qu’on a connu il y a 10 à 15 ans, c’est terminé. Les actionnaires demandent de plus en plus d’argent et donnent de moins en moins de moyens. Donc, c’est difficile pour les médias.

. Et la presse écrite particulièrement ?

- La presse écrite est sinistrée. Même s’il y a quelques exemples de magazines de presse écrite qui marche très bien. C’est le cas du Figaro, du Nouvel Observateur… A part ces exemples, c’est très difficile pour la presse écrite à cause de l’Internet, des marchés publicitaires qui se tarient, de la concurrence de la télé et des nouveaux médias, des habitudes de consommation des lecteurs qui ont changé…

. Quelle est la place des médias africains ?

- Il y a une place pour les médias africains en Afrique car l’Afrique est une terre de croissance. Il y a des chaînes privées en Côte d’Ivoire. Au Nigeria, on développe les clips musicaux, les séries télé… Quand on voit le montant des productions au Nigeria, c’est certain qu’il y a un bel avenir dans les médias si on y met une bonne organisation. Avant de se tourner vers les marchés européens, il faut se tourner vers la qualité des marchés africains qui est réelle.

. Je me demande comment c’est possible d’autant plus que les week-ends, on ne suit que les championnats européens de football ?

- Là vous me parlez des cinq plus grands championnats de football au monde. (rires). Aujourd’hui, le plus grand championnat de football au monde, c’est le championnat anglais. Mais les Africains ne sont pas les seuls à le suivre. Les Chinois, les Sud-Américains, la planète entière regarde le championnat anglais. C’est pour cela que les droits télés sont si élevés. Le championnat anglais coûte 2,3 milliards d’euros par an. Ensuite, c’est le football espagnol avec le Real Madrid et le Barça. Le championnat italien a toujours intéressé tout le monde. Maintenant, on a le championnat français parce qu’il y a le Paris Saint-Germain. Mais ça n’a pas toujours été le cas hein. Au PSG, il y a Neymar et il y a un jeune prodige qu’on appelle Kylian Mbappé. Ces deux jours à eux seuls attirent l’attention de la planète entière.

. Que doit faire l’Afrique pour exister dans les médias?

- Eh bien, déjà, il faut développer sa propre expertise, son propre savoir-faire. il y a l’exemple du Nigeria qui, en termes de production de fictions, c’est colossal. La Côte d’Ivoire est un pays riche avec des gens de talent. Un pays qui a su se développer et c’est en se basant sur ses propres piliers que les médias peuvent avancer.

. Quels sont vos rapports avec le continent africain ?

- Beaucoup d’affection. Parce que c’est mon continent d’origine, c’est le continent de mes parents. J’y trouve beaucoup de plaisir et d’intérêt car j’y ai beaucoup d’amis. C’est pour cela que je viens en Côte d’Ivoire régulièrement. Je pense à Yves de Mbella qui est un ami proche et sincère. Il y a Victor Yapobi qui quelqu’un que j’aime beaucoup et avec qui j’ai des relations de proximité. Il y a Pape Diouf qui vient de Dakar et qui passe beaucoup de temps à Marseille.
. Qui êtes-vous dans le privé ?

- Je suis divorcé. J’ai un enfant. Mais je ne parle pas de ma vie privée. C’est comme ça.

Par R. K.
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