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Art et Culture

Côte d’Ivoire: au Masa, les conteurs évoquent le terrorisme et l’immigration

Publié le vendredi 16 mars 2018  |  AFP
Prestation
© AFP par ISSOUF SANOGO
Prestation artistique du groupe Faro Faro à l`institut Goethe d`Abidjan dans le cadre du Masa 2018.
Mardi 13 mars 2018.


Abidjan - Intolérance religieuse, terrorisme, immigration clandestine, politique... A l’honneur au Masa, Marché des Arts du Spectacle Africain d’Abidjan, le conte, souvent considéré à tort comme réservé aux enfants, aborde aussi les sujets d’actualité les plus brûlants.

"On n’a rien fait de mal sauf de dire comme vous qu’il n’y a qu’un seul Dieu (...) La foi n’a de valeur que si elle laisse place au doute, donc à la tolérance", dit le conteur burkinabè François Moïse Bamba lors de son spectacle "Nul n’a le monopole de Dieu".

Le personnage de son conte passe constamment avec bonheur, facilité mais
aussi respect d’une religion à l’autre, du catholicisme à l’islam et au
protestantisme.
Le spectacle interpelle quelques jours après un troisième attentat en trois
ans à Ouagadougou, qui a fait 8 morts le 2 mars.
"L’inspiration pour le spectacle est venue bien avant : dans toutes les
familles on trouve des histoires comme la mienne où mon père a été musulman
avant d’être chrétien, et j’ai vécu entre mes oncles chrétiens, mes oncles
musulmans et ça n’a posé aucun problème... Quand ces trucs de terrorisme
+islamistes+ +fondamentalistes+ ont commencé, j’ai pensé +il faut faire
quelque chose, il faut dire quelque chose+", explique M. Bamba.
"Je croyais que ce n’était pas possible que les Burkinabè puissent adhérer
à des philosophies comme ça, mais malheureusement aujourd’hui, on voit que
cela arrive", poursuit-il.

- ’L’odyssée’ de l’immigration clandestine -

Pour M. Bamba et sa troupe "Les murmures de la Forge", il est devenu
évident qu’il fallait faire un conte sur ce sujet, quitte à risquer sa vie
dans un contexte d’intolérance.
"J’ai eu peur à un moment, mais ma peur est partie quand j’ai vu qu’ils
(les jihadistes) trouvent (tuent) des gens en train de prendre leur petit
déjeuner, de prendre tranquillement les transports en commun. Ils ne
choisissent pas", dit-il.

Outre le terrorisme, les contes de la troupe évoquent régulièrement des
dossiers d’actualité. "On essaie de parler des choses actuelles, des choses de
la vie que nous vivons actuellement. Les contes ont une sagesse qui
transcendent le temps. Il faut utiliser les mots et les faits actuels pour
toucher" les gens, estime M. Bamba.

Responsable de la programmation des contes au Masa et lui-même conteur,
Obin Manfei souligne : "le conte n’est pas une histoire vieille, ancienne. Il
s’agit d’adapter l’histoire selon la société à travers la parole".
"Il y a le squelette (de l’histoire) autour duquel on peut dire ce qu’on
veut faire passer comme message. Les thèmes sont très modernes", précise-t-il,
citant un autre conteur burkinabè, KPG, dont le spectacle "Kossyam" (le nom du
palais présidentiel au Burkina) évoque l’insurrection populaire qui a renversé
le régime du président Blaise Compaoré en 2014 et les aspirations à la
démocratie.

Au Masa, un des conteurs les plus célèbres, Ahmed Bouzzine, présentait un conte plutôt classique d’un prince touareg, mais il n’hésite pas lui non plus à parler d’actualité, et a écrit un conte sur l’immigration clandestine d’Afrique vers l’Europe.

"On essaye d’écrire des mythologies d’aujourd’hui et ce qu’on racontera dans cent ans ou mille ans... J’ai travaillé sur tout ce qui était clandestin, sur tout ce qui était migrants. Si on n’est pas là pour l’histoire de ces gens qui se noient dans la Méditerranée ou de ces gens qui sont obligés de se cacher jour et nuit... Dans mille ans, on pourra peut-être raconter de
manière artistique cette odyssée, parce qu’on parle d’odyssée!"

Rôle de la femme dans la société, corruption, développement économique sans progrès social, désoeuvrement de la jeunesse... les thèmes abordées sont innombrables. Mais comme le rappelle M. Bouzzine, il y a toujours ce fil conducteur "initiatique", même si on peut être "très moderne".

"Dans toute initiation, on apprend à nos prochains à être dans des valeurs qui soient toujours de belles valeurs, la loyauté, la bonté, la générosité, la parole due, la parole promise... Parce que s’il n’y a pas ça, très vite, la barbarie revient".

pgf/de/jlb


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